AEX
-1.6800
C'est l'un des lieux les plus pauvres et réputé les plus dangereux d'Uruguay.
Dans le quartier de Casavalle, en périphérie de la capitale Montevideo, l'Église catholique et les évangéliques travaillent de concert, sans rivalité visible, à la venue du pape, une "formidable opportunité" pour ce "coin perdu du monde".
Léon XIV doit se rendre à Casavalle samedi, au deuxième jour de sa tournée latino‑américaine qui commence par l'Uruguay, pays considéré comme le plus laïque de la région.
Ce n'est pas une visite banale : Casavalle est un quartier miné par la consommation de drogues et la violence des gangs liés au narcotrafic.
– "Formidable opportunité" –
Le pape y est attendu avec une joie exultante par les catholiques, et plus discrète par une communauté évangélique grandissante, qui ne voit aucun inconvénient à sa visite.
"Nous allons être vus et entendus grâce à la venue du pape", se réjouit auprès de l'AFP Janet De Leon, catholique pratiquante, après avoir assisté à une messe à l'église Nuestra Señora de Guadalupe.
"Une personne qui s'est toujours sentie marginalisée, quelle que soit sa religion ou l'absence de religion, se sent importante, prise en compte à cette occasion", ajoute le père Pablo Coimbra, en charge de la paroisse, pour donner la mesure de la visite papale.
Léon XIV rencontrera la communauté devant le coquet édifice de briques. À quelques jours de l'événement, des ouvriers travaillent contre la montre à la construction de la scène qui accueillera le souverain pontife.
Le curé avoue avoir du mal à réaliser que le successeur de François vienne "dans un quartier aussi humble que celui‑ci, dans un coin perdu du monde".
À quelques rues de l'église, le pasteur évangélique Javier Roque souligne les vulnérabilités du quartier.
Alors qu'il rend visite à plusieurs membres de sa communauté religieuse, il estime que la venue du pape rapprochera peut‑être les gens de Dieu.
Ce sera en tout cas "une formidable opportunité" pour que le quartier bénéficie d'améliorations, assure‑t‑il.
– "Le même Dieu" –
Le curé comme le pasteur s'accordent à dire que de nombreux habitants trouvent dans leurs églises et temples "un refuge" et "une étreinte" nécessaires pour survivre dans une zone où les taux de pauvreté dépassent largement la moyenne nationale.
Selon les chiffres officiels du premier semestre de 2026, 14,8% des 3,5 millions d'habitants de l'Uruguay, considéré comme l'une des économies les plus stables d'Amérique latine, vivent sous le seuil de pauvreté.
Entre des ruelles étroites en terre et des habitations précaires, Laura Lemos affirme avoir trouvé dans l'église évangélique El Camino, dirigée par le pasteur Roque, un refuge lorsque la criminalité a menacé de détruire sa famille.
Âgée de 41 ans et mère de trois garçons de 24, 21 et 19 ans, elle se souvient de son angoisse lorsque le plus jeune a été emprisonné.
Mes fils "sont aujourd'hui en vie, grâce à Dieu et aussi grâce au soutien que nous avons reçu de l'église", assure cette vendeuse.
Mme Lemos rejette l'idée d'une rivalité entre catholiques et évangéliques. "C'est le même Dieu dans un endroit différent, non ?", lance-t-elle.
Un voisin, âgé de 29 ans, explique que la foi l'a sorti de la délinquance, même s'il ne va plus à l'église. "Dieu est avec chacun", veut croire cet homme, qui se présente et est connu dans le quartier comme "le Polonais Rodriguez".
La visite du pape "servira à rappeler que nous ne sommes pas aussi oubliés que nous le pensons", déclare à l'AFP ce jeune père de six enfants, qui vit de petits boulots informels.
– Coexistence –
Selon une récente enquête sur la religiosité, 35 % des Uruguayens se déclarent catholiques. Les "autres chrétiens", dont les évangéliques, représentent 13 %, et les autres religions 7 %.
De leur côté, les agnostiques ou athées sont 29 %, tandis que 15 % ne souhaitent pas répondre, selon l'institut de sondage Equipos Consultores.
Dans ce paysage très fragmenté, le père Coimbra met en avant la coexistence entre les Uruguayens, au‑delà de leur foi.
"Je fais partie de cette culture, de la culture laïque, et je me sens très identifié à mon pays et pas du tout mal à l'aise", dit‑il en soulignant qu'"il n’y a pas d'hostilité" à l’égard de son Église.
Pour Aidé Carrasco, 51 ans, qui dit pratiquer l'Umbanda (culte syncrétique venu du Brésil incluant des croyances d'origine africaine), la venue de Léon XIV "que ce soit pour le marketing ou par dévotion, aide le quartier, parce qu'elle l'améliore sur de nombreux plans".
"Tout ce qui est progrès, peu importe d'où il vient, mais qu'il vienne", souligne-t-elle.
S.Fujimoto--JT