The Japan Times - Face à Trump, Canada vigilant

EUR -
AED 4.210499
AFN 72.796213
ALL 94.461752
AMD 422.020011
ANG 2.052384
AOA 1052.326771
ARS 1679.881759
AUD 1.63659
AWG 2.066251
AZN 1.953303
BAM 1.955297
BBD 2.308106
BDT 140.663801
BGN 1.938299
BHD 0.432188
BIF 3421.780125
BMD 1.146325
BND 1.479519
BOB 7.918997
BRL 5.906215
BSD 1.146005
BTN 108.029372
BWP 15.573585
BYN 3.184181
BYR 22467.97
BZD 2.304717
CAD 1.624933
CDF 2613.621415
CHF 0.926076
CLF 0.026285
CLP 1034.512913
CNY 7.760166
CNH 7.776084
COP 3957.893401
CRC 519.866215
CUC 1.146325
CUP 30.377613
CVE 110.510194
CZK 24.17726
DJF 203.72533
DKK 7.470032
DOP 66.949832
DZD 152.856753
EGP 57.300762
ERN 17.194875
ETB 181.549268
FJD 2.562614
FKP 0.86629
GBP 0.867794
GEL 3.038209
GGP 0.86629
GHS 12.867544
GIP 0.86629
GMD 84.259302
GNF 10059.002282
GTQ 8.74175
GYD 239.719355
HKD 8.983611
HNL 30.589728
HRK 7.535022
HTG 149.691478
HUF 351.715881
IDR 20434.733348
ILS 3.402911
IMP 0.86629
INR 108.133415
IQD 1501.68575
IRR 1576196.875404
ISK 143.898619
JEP 0.86629
JMD 181.073402
JOD 0.81279
JPY 184.907999
KES 148.338813
KGS 100.246562
KHR 4596.763652
KMF 492.350937
KPW 1031.692901
KRW 1751.183826
KWD 0.352988
KYD 0.954929
KZT 559.241447
LAK 25282.198275
LBP 102653.40415
LKR 382.461576
LRD 208.803536
LSL 18.805507
LTL 3.3848
LVL 0.6934
LYD 7.307867
MAD 10.574893
MDL 20.237262
MGA 4814.565397
MKD 61.595297
MMK 2406.686258
MNT 4104.327632
MOP 9.251919
MRU 45.922214
MUR 54.852085
MVR 17.711155
MWK 1991.16692
MXN 19.883752
MYR 4.743383
MZN 73.262063
NAD 18.804002
NGN 1559.506815
NIO 41.96739
NOK 11.122344
NPR 172.851518
NZD 1.99898
OMR 0.441315
PAB 1.14601
PEN 3.879208
PGK 5.029788
PHP 69.600846
PKR 319.05095
PLN 4.257165
PYG 7037.250395
QAR 4.173201
RON 5.236532
RSD 117.120453
RUB 83.800079
RWF 1678.2198
SAR 4.296702
SBD 9.241012
SCR 15.685465
SDG 688.372376
SEK 10.992483
SGD 1.481515
SHP 0.855847
SLE 28.371969
SLL 24037.866288
SOS 655.128936
SRD 42.875425
STD 23726.613079
STN 24.531355
SVC 10.02742
SYP 126.705707
SZL 18.803912
THB 37.703052
TJS 10.628811
TMT 4.012138
TND 3.337812
TOP 2.760076
TRY 53.257148
TTD 7.771034
TWD 36.355741
TZS 3015.963923
UAH 51.481152
UGX 4170.926637
USD 1.146325
UYU 45.818209
UZS 13761.632008
VES 695.398184
VND 30159.81075
VUV 135.418733
WST 3.154451
XAF 655.788237
XAG 0.017686
XAU 0.000276
XCD 3.098001
XCG 2.065269
XDR 0.806666
XOF 647.674005
XPF 119.331742
YER 273.517259
ZAR 18.861706
ZMK 10318.306372
ZMW 20.541803
ZWL 369.116182
  • AEX

    -3.2400

    1078.16

    -0.3%

  • BEL20

    -1.1300

    5647.65

    -0.02%

  • PX1

    -46.5700

    8421.14

    -0.55%

  • ISEQ

    0.0000

    13785.73

    0%

  • OSEBX

    23.1300

    1950.43

    +1.2%

  • PSI20

    62.3800

    9102.6

    +0.69%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    42.0100

    4242.69

    +1%

  • N150

    3.3900

    4235.78

    +0.08%


Face à Trump, Canada vigilant




L’annonce de la capture de Nicolás Maduro a marqué un nouveau tournant dans la politique étrangère du président américain. Au début de janvier 2026, des forces spéciales américaines ont mené un raid nocturne à Caracas, ont neutralisé des installations militaires, coupé l’électricité et se sont emparées du chef de l’État vénézuélien et de son épouse avant de les transférer aux États‑Unis. Donald Trump a déclaré que Washington prendrait le contrôle du pays jusqu’à ce qu’une « transition sûre et judicieuse » soit organisée et a indiqué que de grandes compagnies pétrolières américaines seraient appelées à reconstruire l’infrastructure pétrolière du pays. Lors d’une conférence de presse en Floride, il s’est dit prêt à envoyer des troupes au sol et a affirmé qu’il n’y avait pas d’alternative à une administration américaine provisoire de Caracas.

Cette opération spectaculaire s’inscrit dans une doctrine bien plus large. Dans sa stratégie de sécurité nationale, la Maison‑Blanche a promulgué un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe qui affirme la primauté des États‑Unis dans l’hémisphère occidental. Cet esprit revanchard, qui rappelle l’impérialisme du début du XXᵉ siècle, s’est rapidement matérialisé. Début janvier, à Davos, Trump a annoncé avoir obtenu un « accès total et permanent » au Groenland dans le cadre d’un accord avec l’OTAN, exigeant que les alliés renforcent leur présence militaire dans l’Arctique face à la Russie et à la Chine. Quelques jours plus tôt, il avait menacé d’imposer des droits de douane de 10 % puis 25 % sur les importations provenant de huit pays européens (Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Pays‑Bas, Finlande et Royaume‑Uni) jusqu’à ce que ces États acceptent de vendre l’île arctique aux États‑Unis. Il a insisté sur le fait que le Groenland était essentiel pour la sécurité américaine et l’accès aux minéraux et n’a pas exclu l’usage de la force. Les dirigeants européens ont jugé cette démarche « complètement erronée » et ont rappelé que le territoire est déjà couvert par le pacte de sécurité de l’OTAN. Le premier ministre danois a réaffirmé que la souveraineté du Groenland était une ligne rouge et qu’aucune négociation ne pourrait la remettre en cause.

Ces épisodes illustrent une présidence qui bouleverse l’ordre mondial. Selon l’institut Stimson, Donald Trump est devenu « l’une des figures les plus transformatrices depuis Franklin Roosevelt » : les États‑Unis apparaissent à beaucoup comme un « acteur prédateur » et une force de déstabilisation, affaiblissant les alliances et le multilatéralisme qui étaient la marque de la politique américaine depuis 1945. Le rapport note que la militarisation des villes américaines, la dissolution du soft power (agences d’aide internationale, Voix de l’Amérique), les coupes dans la recherche et développement, l’abandon des institutions multilatérales comme le sommet sur le climat ou le G‑20 et la remise en cause du commerce mondial nourrissent l’inquiétude d’une Amérique en rupture avec les règles du système qu’elle a elle‑même créé. La même étude souligne que les conditions d’une crise économique sont réunies : des actifs surévalués, l’inflation alimentée par les droits de douane et des ménages fragilisés, tandis que le président n’offre pour seules solutions que des chèques ponctuels et l’abandon de ses propres taxes sur quelques produits. Cette combinaison de nationalisme économique, de militarisme et d’unilatéralisme accentue les tensions géopolitiques dans le monde.

L’agitation provoquée par les ambitions groenlandaises et l’intervention vénézuélienne ne s’arrête pas aux frontières américaines. L’Union européenne a convoqué un sommet d’urgence, considérant que les relations transatlantiques avaient « subi un grand coup ». La Première ministre danoise a appelé à une présence permanente de l’OTAN dans l’Arctique et le Premier ministre britannique a qualifié les droits de douane envisagés de « complètement erronés ». Les menaces américaines risquent aussi de faire dérailler des accords commerciaux naissants et de provoquer une réaction en chaîne sur les marchés. Dans le sud, l’Amérique latine craint que la capture de Maduro ne soit le prélude à d’autres interventions visant Cuba ou la Colombie.

Le Canada sur le qui‑vive
Face à cette frénésie, le Canada se sait vulnérable. La doctrine Monroe revisitée englobe désormais l’Amérique du Nord : Trump a déjà évoqué la suppression de la frontière au 49ᵉ parallèle et des rumeurs d’annexion ont circulé. Dans un climat où l’on a vu Washington capturer un chef d’État étranger et menacer une puissance alliée, cette perspective n’est plus prise à la légère. Selon le journal The Icebreaker, Ottawa prépare discrètement la possibilité que les États‑Unis deviennent une menace et recompose sa posture de défense dans un sens que Washington réclamait depuis des années. Ce n’est pas la peur d’une invasion imminente, mais la prise de conscience que l’hypothèse d’un voisin stable et bienveillant n’est plus garantie. Les propos sur l’annexion, le raid sur le Venezuela, les tentatives de contrainte sur le Groenland et la disponibilité à utiliser l’armée sur le territoire américain ont détruit une certitude vieille de deux siècles.

Les autorités canadiennes ont commencé à planifier des scénarios qui auraient relevé de la fiction il y a quelques années : propagation du chaos, cyber‑attaques, sabotage des infrastructures, afflux massif de migrants vers le nord et, dans les pires exercices, incursions militaires limitées. La généraux parlent d’une mobilisation de « toute la société » inspirée du modèle finlandais : construction d’abris, préparation civile et formation des citoyens. La cheffe d’état‑major, Jennie Carignan, appelle les Canadiens de 16 à 65 ans à être prêts à défendre leur pays en cas d’attaque ou de catastrophe naturelle. Le gouvernement envisage de consacrer jusqu’à 5 % du produit intérieur brut à la défense pour sécuriser la souveraineté de l’Arctique, tout en investissant dans des capacités autonomes de satellites et de surveillance pour ne plus dépendre exclusivement des fournisseurs américains.

Cette montée en puissance répond certes aux exigences de Washington, qui reprochait à ses alliés de « profiter » de la protection américaine, mais elle est motivée par la crainte de l’imprévisibilité américaine. Les responsables canadiens prennent exemple sur la Finlande, pays habitué à vivre sous l’ombre d’un voisin puissant, pour renforcer la résilience de leur société. Parallèlement, le pays s’efforce de réduire sa dépendance économique envers les États‑Unis en diversifiant ses échanges commerciaux et en développant une industrie de défense souveraine.

Se préparer sans céder
Une partie importante de la réponse canadienne consiste à maintenir l’unité nationale. Les analystes soulignent que la menace de l’extérieur peut avoir un effet centripète en resserrant les rangs du pays. Des politiciens allant du populiste Doug Ford à l’ancien gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney se retrouvent du même côté pour défendre la souveraineté. Même les revendications séparatistes de l’Alberta perdent de leur vigueur dans le contexte actuel. Face au « fascisme et à l’impérialisme », écrivait un professeur de l’Université de la Colombie‑Britannique, les Canadiens doivent rester forts et unis.

Le Canada, tout en renforçant sa défense, ne peut pas se permettre de rompre avec son plus grand partenaire commercial. Certains experts suggèrent de mener une politique de « patiente résistance » : tenir ferme lors de la renégociation de l’accord de libre‑échange nord‑américain (CUSMA), être prêt à s’en retirer si nécessaire, diversifier les marchés vers la Chine et l’Inde, développer des alternatives aux géants technologiques américains et investir dans des technologies propres que Washington néglige. L’enjeu est de préserver son autonomie tout en évitant l’affrontement direct.

Le monde en mutation
Au‑delà du Canada, l’attitude de Washington nourrit un sentiment de fragmentation globale. L’institut Stimson estime que l’ordre libéral international est en train de se dissoudre : la retraite américaine de sa position d’hégémon, officialisée par la stratégie de sécurité nationale qui affirme que « les États‑Unis ne porteront plus le monde comme Atlas », laisse un vide que les puissances rivales sont prêtes à combler. La Russie et la Chine renforcent leurs organisations alternatives et cherchent à « dédollariser » l’économie mondiale. L’Europe, forcée de s’armer, craint de se retrouver seule face aux menaces. Les crises économiques, les pandémies et le changement climatique s’ajoutent à ce tableau inquiétant.

Dans ce contexte, la présidence de Donald Trump constitue un facteur de risque majeur. Ses décisions récentes – intervention au Venezuela, pressions sur le Groenland, menaces tarifaires contre l’Europe – montrent une vision du monde où la puissance prime sur le droit. L’expérience canadienne souligne cependant qu’il est possible de se préparer sans succomber à la peur : renforcer la résilience intérieure, diversifier ses alliances, maintenir l’unité nationale et s’investir dans un ordre international qui repose sur des règles plutôt que sur la force.