The Japan Times - Face à Trump, Canada vigilant

EUR -
AED 4.213082
AFN 74.567841
ALL 91.373685
AMD 416.159681
ANG 2.053901
AOA 1053.126525
ARS 1737.432524
AUD 1.610553
AWG 2.064954
AZN 1.943249
BAM 1.952986
BBD 2.308972
BDT 140.697253
BGN 1.931238
BHD 0.432139
BIF 3446.721317
BMD 1.147197
BND 1.465002
BOB 11.263691
BRL 5.902094
BSD 1.146442
BTN 109.853166
BWP 15.547015
BYN 3.467904
BYR 22485.0586
BZD 2.305674
CAD 1.607728
CDF 2651.171707
CHF 0.944481
CLF 0.027901
CLP 1101.687803
CNY 7.683523
CNH 7.680558
COP 3645.550733
CRC 512.871652
CUC 1.147197
CUP 30.400717
CVE 110.174903
CZK 24.36371
DJF 204.149495
DKK 7.475476
DOP 67.663488
DZD 153.459821
EGP 59.596075
ERN 17.207953
ETB 187.258802
FJD 2.567083
FKP 0.856568
GBP 0.857816
GEL 3.026178
GGP 0.856568
GHS 13.207085
GIP 0.856568
GMD 84.321187
GNF 10078.845771
GTQ 8.748846
GYD 239.851768
HKD 9.00039
HNL 30.775297
HRK 7.533873
HTG 149.837469
HUF 364.01358
IDR 20461.403326
ILS 3.47475
IMP 0.856568
INR 109.895727
IQD 1501.858747
IRR 1576936.813137
ISK 139.200953
JEP 0.856568
JMD 181.028806
JOD 0.813352
JPY 180.195965
KES 148.573811
KGS 100.322612
KHR 4646.200519
KMF 490.99984
KPW 1032.477545
KRW 1587.020374
KWD 0.353577
KYD 0.955402
KZT 512.551919
LAK 25689.544231
LBP 102661.657535
LKR 379.469685
LRD 198.337807
LSL 18.638333
LTL 3.387374
LVL 0.693928
LYD 7.281918
MAD 10.862123
MDL 20.148172
MGA 4969.849209
MKD 61.502583
MMK 2408.680576
MNT 4125.259246
MOP 9.263544
MRU 46.12048
MUR 54.675311
MVR 17.724355
MWK 1987.939683
MXN 19.751185
MYR 4.678158
MZN 73.317643
NAD 18.638333
NGN 1526.517227
NIO 42.184768
NOK 10.812056
NPR 175.762204
NZD 2.006413
OMR 0.441098
PAB 1.146472
PEN 3.866329
PGK 5.102872
PHP 72.107046
PKR 317.75831
PLN 4.363524
PYG 6796.323747
QAR 4.190473
RON 5.262876
RSD 117.298568
RUB 96.594031
RWF 1684.093454
SAR 4.307802
SBD 9.178162
SCR 16.001957
SDG 690.036248
SEK 11.289519
SGD 1.463995
SHP 0.857557
SLE 28.278316
SLL 24056.135395
SOS 655.15282
SRD 43.530956
STD 23744.658973
STN 24.480194
SVC 10.031709
SYP 14915.853961
SZL 18.632438
THB 38.201828
TJS 10.574792
TMT 4.026661
TND 3.372442
TOP 2.762175
TRY 55.985117
TTD 7.7825
TWD 36.470305
TZS 3031.471142
UAH 51.220321
UGX 4522.262451
USD 1.147197
UYU 46.097682
UZS 13573.781572
VES 972.232254
VND 29852.356882
VUV 135.275798
WST 3.155121
XAF 655.957
XAG 0.017336
XAU 0.000263
XCD 3.100357
XCG 2.066192
XDR 0.811128
XOF 655.957
XPF 119.331742
YER 271.369755
ZAR 18.627837
ZMK 10326.147295
ZMW 22.53318
ZWL 369.396923
SSP 6552.804532
MXV 2.238808
  • AEX

    9.3100

    1104.37

    +0.85%

  • BEL20

    29.7100

    5743.06

    +0.52%

  • PX1

    64.5200

    8129.29

    +0.8%

  • ISEQ

    41.2100

    14252.47

    +0.29%

  • OSEBX

    2.1200

    2119.55

    +0.1%

  • PSI20

    34.3500

    9576.86

    +0.36%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -10.7300

    4652.42

    -0.23%

  • N150

    17.4300

    4269.37

    +0.41%


Face à Trump, Canada vigilant




L’annonce de la capture de Nicolás Maduro a marqué un nouveau tournant dans la politique étrangère du président américain. Au début de janvier 2026, des forces spéciales américaines ont mené un raid nocturne à Caracas, ont neutralisé des installations militaires, coupé l’électricité et se sont emparées du chef de l’État vénézuélien et de son épouse avant de les transférer aux États‑Unis. Donald Trump a déclaré que Washington prendrait le contrôle du pays jusqu’à ce qu’une « transition sûre et judicieuse » soit organisée et a indiqué que de grandes compagnies pétrolières américaines seraient appelées à reconstruire l’infrastructure pétrolière du pays. Lors d’une conférence de presse en Floride, il s’est dit prêt à envoyer des troupes au sol et a affirmé qu’il n’y avait pas d’alternative à une administration américaine provisoire de Caracas.

Cette opération spectaculaire s’inscrit dans une doctrine bien plus large. Dans sa stratégie de sécurité nationale, la Maison‑Blanche a promulgué un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe qui affirme la primauté des États‑Unis dans l’hémisphère occidental. Cet esprit revanchard, qui rappelle l’impérialisme du début du XXᵉ siècle, s’est rapidement matérialisé. Début janvier, à Davos, Trump a annoncé avoir obtenu un « accès total et permanent » au Groenland dans le cadre d’un accord avec l’OTAN, exigeant que les alliés renforcent leur présence militaire dans l’Arctique face à la Russie et à la Chine. Quelques jours plus tôt, il avait menacé d’imposer des droits de douane de 10 % puis 25 % sur les importations provenant de huit pays européens (Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Pays‑Bas, Finlande et Royaume‑Uni) jusqu’à ce que ces États acceptent de vendre l’île arctique aux États‑Unis. Il a insisté sur le fait que le Groenland était essentiel pour la sécurité américaine et l’accès aux minéraux et n’a pas exclu l’usage de la force. Les dirigeants européens ont jugé cette démarche « complètement erronée » et ont rappelé que le territoire est déjà couvert par le pacte de sécurité de l’OTAN. Le premier ministre danois a réaffirmé que la souveraineté du Groenland était une ligne rouge et qu’aucune négociation ne pourrait la remettre en cause.

Ces épisodes illustrent une présidence qui bouleverse l’ordre mondial. Selon l’institut Stimson, Donald Trump est devenu « l’une des figures les plus transformatrices depuis Franklin Roosevelt » : les États‑Unis apparaissent à beaucoup comme un « acteur prédateur » et une force de déstabilisation, affaiblissant les alliances et le multilatéralisme qui étaient la marque de la politique américaine depuis 1945. Le rapport note que la militarisation des villes américaines, la dissolution du soft power (agences d’aide internationale, Voix de l’Amérique), les coupes dans la recherche et développement, l’abandon des institutions multilatérales comme le sommet sur le climat ou le G‑20 et la remise en cause du commerce mondial nourrissent l’inquiétude d’une Amérique en rupture avec les règles du système qu’elle a elle‑même créé. La même étude souligne que les conditions d’une crise économique sont réunies : des actifs surévalués, l’inflation alimentée par les droits de douane et des ménages fragilisés, tandis que le président n’offre pour seules solutions que des chèques ponctuels et l’abandon de ses propres taxes sur quelques produits. Cette combinaison de nationalisme économique, de militarisme et d’unilatéralisme accentue les tensions géopolitiques dans le monde.

L’agitation provoquée par les ambitions groenlandaises et l’intervention vénézuélienne ne s’arrête pas aux frontières américaines. L’Union européenne a convoqué un sommet d’urgence, considérant que les relations transatlantiques avaient « subi un grand coup ». La Première ministre danoise a appelé à une présence permanente de l’OTAN dans l’Arctique et le Premier ministre britannique a qualifié les droits de douane envisagés de « complètement erronés ». Les menaces américaines risquent aussi de faire dérailler des accords commerciaux naissants et de provoquer une réaction en chaîne sur les marchés. Dans le sud, l’Amérique latine craint que la capture de Maduro ne soit le prélude à d’autres interventions visant Cuba ou la Colombie.

Le Canada sur le qui‑vive
Face à cette frénésie, le Canada se sait vulnérable. La doctrine Monroe revisitée englobe désormais l’Amérique du Nord : Trump a déjà évoqué la suppression de la frontière au 49ᵉ parallèle et des rumeurs d’annexion ont circulé. Dans un climat où l’on a vu Washington capturer un chef d’État étranger et menacer une puissance alliée, cette perspective n’est plus prise à la légère. Selon le journal The Icebreaker, Ottawa prépare discrètement la possibilité que les États‑Unis deviennent une menace et recompose sa posture de défense dans un sens que Washington réclamait depuis des années. Ce n’est pas la peur d’une invasion imminente, mais la prise de conscience que l’hypothèse d’un voisin stable et bienveillant n’est plus garantie. Les propos sur l’annexion, le raid sur le Venezuela, les tentatives de contrainte sur le Groenland et la disponibilité à utiliser l’armée sur le territoire américain ont détruit une certitude vieille de deux siècles.

Les autorités canadiennes ont commencé à planifier des scénarios qui auraient relevé de la fiction il y a quelques années : propagation du chaos, cyber‑attaques, sabotage des infrastructures, afflux massif de migrants vers le nord et, dans les pires exercices, incursions militaires limitées. La généraux parlent d’une mobilisation de « toute la société » inspirée du modèle finlandais : construction d’abris, préparation civile et formation des citoyens. La cheffe d’état‑major, Jennie Carignan, appelle les Canadiens de 16 à 65 ans à être prêts à défendre leur pays en cas d’attaque ou de catastrophe naturelle. Le gouvernement envisage de consacrer jusqu’à 5 % du produit intérieur brut à la défense pour sécuriser la souveraineté de l’Arctique, tout en investissant dans des capacités autonomes de satellites et de surveillance pour ne plus dépendre exclusivement des fournisseurs américains.

Cette montée en puissance répond certes aux exigences de Washington, qui reprochait à ses alliés de « profiter » de la protection américaine, mais elle est motivée par la crainte de l’imprévisibilité américaine. Les responsables canadiens prennent exemple sur la Finlande, pays habitué à vivre sous l’ombre d’un voisin puissant, pour renforcer la résilience de leur société. Parallèlement, le pays s’efforce de réduire sa dépendance économique envers les États‑Unis en diversifiant ses échanges commerciaux et en développant une industrie de défense souveraine.

Se préparer sans céder
Une partie importante de la réponse canadienne consiste à maintenir l’unité nationale. Les analystes soulignent que la menace de l’extérieur peut avoir un effet centripète en resserrant les rangs du pays. Des politiciens allant du populiste Doug Ford à l’ancien gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney se retrouvent du même côté pour défendre la souveraineté. Même les revendications séparatistes de l’Alberta perdent de leur vigueur dans le contexte actuel. Face au « fascisme et à l’impérialisme », écrivait un professeur de l’Université de la Colombie‑Britannique, les Canadiens doivent rester forts et unis.

Le Canada, tout en renforçant sa défense, ne peut pas se permettre de rompre avec son plus grand partenaire commercial. Certains experts suggèrent de mener une politique de « patiente résistance » : tenir ferme lors de la renégociation de l’accord de libre‑échange nord‑américain (CUSMA), être prêt à s’en retirer si nécessaire, diversifier les marchés vers la Chine et l’Inde, développer des alternatives aux géants technologiques américains et investir dans des technologies propres que Washington néglige. L’enjeu est de préserver son autonomie tout en évitant l’affrontement direct.

Le monde en mutation
Au‑delà du Canada, l’attitude de Washington nourrit un sentiment de fragmentation globale. L’institut Stimson estime que l’ordre libéral international est en train de se dissoudre : la retraite américaine de sa position d’hégémon, officialisée par la stratégie de sécurité nationale qui affirme que « les États‑Unis ne porteront plus le monde comme Atlas », laisse un vide que les puissances rivales sont prêtes à combler. La Russie et la Chine renforcent leurs organisations alternatives et cherchent à « dédollariser » l’économie mondiale. L’Europe, forcée de s’armer, craint de se retrouver seule face aux menaces. Les crises économiques, les pandémies et le changement climatique s’ajoutent à ce tableau inquiétant.

Dans ce contexte, la présidence de Donald Trump constitue un facteur de risque majeur. Ses décisions récentes – intervention au Venezuela, pressions sur le Groenland, menaces tarifaires contre l’Europe – montrent une vision du monde où la puissance prime sur le droit. L’expérience canadienne souligne cependant qu’il est possible de se préparer sans succomber à la peur : renforcer la résilience intérieure, diversifier ses alliances, maintenir l’unité nationale et s’investir dans un ordre international qui repose sur des règles plutôt que sur la force.