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A la lutte en Top 14, où il reste sur une défaite, Bordeaux-Bègles jouera une bonne part de sa saison dimanche en Champions Cup, sa compétition fétiche depuis deux ans, en recevant en demi-finale des Anglais de Bath aux souvenirs heureux en Gironde.
L'UBB version 2025-2026 affiche deux visages: irrégulier en Top 14, irrésistible en Champions Cup, sans qu'on sache vraiment si elle a donné la priorité à cette compétition plus condensée (8 matches pour remporter un titre) par rapport au marathon national avec ses phases finales, où priment souvent la fraicheur et la longueur de banc.
Ses difficultés en championnat (6e, dix défaites au compteur), où elle a rarement pu aligner ensemble toutes ses forces vives en raison des blessures, des doublons ou des plages de repos ou vacances imposées à ses internationaux, démontrent son peu de marge.
Cette saison, Pau (2e), Montpellier (3e) et le Stade Français (4e) l'ont battue à l'aller et au retour et la devancent désormais au classement, à quatre journées du terme.
- Plomb dans l'aile -
Son rêve de disputer une troisième finale de rang en Top 14 a ainsi pris du plomb dans l'aile, surtout après le passage samedi dernier à Chaban du MHR (21-23), "pas le plus beau à voir jouer" reconnaît le manager héraultais Joan Caudullo, mais d'une efficacité redoutable par sa force brute et son intensité défensive pour faire déjouer et limiter les munitions de la +Patrouille de France+.
Heureusement, les hommes de Yannick Bru n'ont pas eu le temps de trop cogiter cette semaine, aussitôt accrochés à leur bouée de sauvetage, la Champions Cup, qui sied parfaitement à leur ADN.
Cette compétition, ils ont appris à l'aimer - première participation en 2015, première demi-finale en 2021 - et ils ont fini par la dompter, avec 14 succès consécutifs depuis leur échec en quart de finale face aux Harlequins (41-42) en avril 2024.
Cet accroc frustrant leur a servi de déclic et dès que la petite musique de la Champions Cup retentit, l'UBB sait se sublimer. Toulouse peut en témoigner, après ses éliminations en demie l'an dernier et en quart cette saison. Les représentants de la Perfide Albion aussi.
Northampton, leader de Premiership, par deux fois, Leicester (3e), Exeter (4e) et Bristol (5e), ont tous été balayés par l'épouvantail girondin, à la force de frappe ayant peu d'égal sur le Vieux continent quand elle est bien alimentée par son huit de devant, qui sera privé dimanche du pilier gauche Jefferson Poirot, suspendu.
- Choc inédit -
Mais qu'en sera-t-il de Bath, actuel 2e de Premiership, revigoré depuis l'arrivée de l'ouvreur écossais Finn Russell, décisif dans l'obtention du titre de champion d'Angleterre et la Challenge Cup l'an dernier, et dont le mano a mano avec Matthieu Jalibert fait saliver?
Choc inédit dans la grande Coupe d'Europe - les deux formations se sont seulement croisées en Challenge Cup en 2013-2014 -, dirigé par le Géorgien Nika Amashukeli, déjà au sifflet lors de la finale victorieuse des Girondins face à Northampton (28-20) l'an dernier à Cardiff, cet UBB-Bath sera chargé d'histoires.
Une histoire à écrire pour les Unionistes, en quête d'une seconde finale de rang dans trois semaines à Bilbao, face au Leinster, vainqueur samedi de Toulon (29-25); une histoire à raviver pour les +Blue, Black and White+.
C'est à Bordeaux, au Parc Lescure anciennement nommé, désormais Chaban-Delmas, que Bath avait conquis il y a 28 ans la troisième Coupe d'Europe de l'histoire, la première remportée par des Britanniques, aux dépens de Brive, alors tenant du titre, au terme d'un scénario hitchcockien (19-18).
Un tel dénouement dimanche est rêvé par les joueurs du Comté de Somerset, qui ont reposé la majorité de leur cadres la semaine dernière et seront bien au complet, avec la présence du demi de mêlée et capitaine Ben Spencer, annoncé incertain. Mais il est redouté par l'UBB, aux ressources mentales incertaines pour rebondir ensuite en Top 14.
M.Sugiyama--JT