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Donald Trump a menacé dimanche, insultes à l'appui, de s'en prendre aux infrastructures vitales iraniennes faute de réouverture du détroit d'Ormuz, tout en se félicitant du sauvetage "miraculeux" d'un aviateur américain sur le sol de l'Iran.
Au 37e jour d'une guerre qui a fait des milliers de morts dans l'ensemble du Moyen-Orient, Israël a aussi défié les dirigeants de Téhéran, tandis qu'un missile iranien a touché un immeuble de Haïfa (nord), où des blessés et des disparus ont été signalés.
Sur sa plateforme Truth Social, le président américain a menacé de frapper les centrales énergétiques et les ponts en Iran mardi si Téhéran ne rouvrait pas le détroit d'Ormuz, par lequel transitent habituellement un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.
"Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer - VOUS ALLEZ VOIR!", a écrit M. Trump, ajoutant: "Gloire à Allah."
La veille, le milliardaire républicain avait lancé un ultimatum, jusqu'à lundi 20H00 heure de Washington (00H00 GMT mardi), "avant de déchaîner les enfers". Mais dimanche, il a semblé le repousser de 24 heures, le fixant désormais à "mardi 20H00".
Mais dans les médias américains, l'imprévisible président a évoqué de "bonnes chances" de parvenir à un accord avec l'Iran. Sans exclure non plus l'envoi de troupes au sol.
- "Notre région va brûler" -
Le président du Parlement iranien a répondu à M. Trump sur le même ton: "Toute notre région va brûler parce que vous insistez pour suivre les ordres de (Benjamin) Netanyahu", le Premier ministre israélien, a affirmé Mohammad Bagher Ghalibaf.
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a lui appelé les Etats-Unis à "abandonner le langage des ultimatums" pour faciliter un "retour aux négociations".
Derrière la rhétorique incendiaire, les efforts diplomatiques se poursuivent: Oman, situé face à l'Iran dans le détroit d'Ormuz, a discuté avec Téhéran de sa réouverture, tandis que le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi s'est entretenu par téléphone avec ses homologues pakistanais et égyptien, qui jouent un rôle de médiateur.
Cependant, un accord entre Américains et Iraniens reste pour l'heure très hypothétique, estime Danny Citrinowicz, analyste en sécurité et ancien expert des services de renseignement israéliens, spécialiste de l'Iran. "L'ultimatum lancé par Trump à l'Iran a acculé" le président américain, a-t-il écrit sur X. "La perspective d'un accord négocié avec l'Iran, du moins dans les conditions actuelles, est quasi inexistante".
Alors que la quasi paralysie du détroit d'Ormuz fait flamber les cours du pétrole, la Russie, l'Arabie saoudite et six autres membres de l'Opep+ ont annoncé une nouvelle hausse de leurs quotas de production à partir de mai.
Mais ils ont prévenu que la remise en état des installations énergétiques endommagées lors des récentes attaques serait longue et "coûteuse".
En ce jour de Pâques, le pape Léon XIV a appelé de son côté "ceux qui ont le pouvoir de déclencher les guerres" à "choisir la paix".
Deux jours après que l'Iran a annoncé avoir abattu un chasseur-bombardier F-15E, l'aviateur américain dont le sort était incertain a été sauvé et est "gravement blessé", selon Donald Trump.
Selon le site d'informations Axios, citant un responsable américain, il a réussi à échapper à une capture dans les montagnes iraniennes pendant plus d'une journée, en gravissant une crête de 2.100 mètres.
Les forces armées iraniennes ont elles affirmé avoir "déjoué" l'opération et abattu des appareils américains, mais sans démentir le sauvetage de l'aviateur.
Parallèlement, dans le nord-ouest du pays, des frappes ont tué cinq Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, selon un média iranien.
- Population isolée du monde -
A Téhéran, des habitants tentent d'oublier la guerre. Dans un parc, des jeunes plaisantent autour d'un pique-nique. A quelques mètres, deux amis jouent au frisbee, avec en fond de la musique techno, tandis qu'un groupe de filles tapent dans un ballon de foot, cheveux dévoilés.
Une graphiste de 38 ans interrogée par l'AFP sous couvert d'anonymat se dit loin de partager cette insouciance: "Toute ma vie défile devant mes yeux, toutes les erreurs que j'ai faites année après année, de ne pas quitter le pays", confie-t-elle.
La population reste largement isolée du monde: selon l'ONG Netblocks, la coupure d'internet imposée par les autorités en Iran a battu les records de durée à l'échelle d'un pays, à 37 jours.
La République islamique a de nouveau lancé des attaques contre les pays du Golfe et Israël.
Les célébrations de Pâques ont été très perturbées à Jérusalem, avec des entraves à l'accès à la basilique du Saint-Sépulcre.
Les tirs iraniens ont endommagé des sites énergétiques aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et au Koweït, où un complexe ministériel et des usines de dessalement d'eau ont subi des dégâts.
Sur le front libanais, au moins quatre personnes ont été tuées et 39 blessées dans une frappe israélienne au sud de Beyrouth, d'après le ministère de la Santé. Une autre frappe a fait trois morts et trois blessés à l'est de la capitale, selon la même sorte.
Auparavant, sept personnes, dont six d'une même famille, avaient été tuées dans une frappe sur Kfar Hatta, près de Saïda dans le sud du pays.
Le chef d'état-major israélien Eyal Zamir a promis d"intensifier" les opérations contre le Hezbollah.
Et alors que trois Casques bleus ont été tués en moins d'une semaine, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a prévenu que les tirs du Hezbollah et d'Israël près de ses positions "pourraient entraîner des ripostes".
K.Inoue--JT