The Japan Times - Les villes ukrainiennes sous le feu russe, nouveaux pourparlers en vue

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Les villes ukrainiennes sous le feu russe, nouveaux pourparlers en vue
Les villes ukrainiennes sous le feu russe, nouveaux pourparlers en vue

Les villes ukrainiennes sous le feu russe, nouveaux pourparlers en vue

La Russie pilonnait mercredi une série de villes ukrainiennes, dont Kharkiv, deuxième ville du pays, alors que de nouveaux pourparlers russo-ukrainiens semblaient se confirmer.

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Au septième jour de l'invasion lancée par Vladimir Poutine, des troupes aéroportées russes ont débarqué à Kharkiv, selon l'armée ukrainienne.

Après plusieurs bombardements au centre-ville mardi, qui ont fait au moins 21 morts selon le gouverneur régional, des frappes ont touché mercredi des bâtiments des forces de sécurité et de police, ainsi que l'université et la mairie de cette métropole de l'est de l'Ukraine, à 50 km de la frontière russe. Les services d'urgence ont recensé au moins quatre morts et neuf blessés.

"Il ne reste plus de zone à Kharkiv où un obus d'artillerie n'a pas encore frappé", a affirmé Anton Guerachtchenko, conseiller du ministre ukrainien de l'Intérieur.

La survie s'organisait dans le métro transformé en abri anti-aérien.

Dans la station Dorohozhychi, proche de la tour télé, l'AFP a vu des dizaines de familles. Beaucoup ont passé les six dernières nuits par terre, allongées sur des draps et des serviettes.

Antonina Pouzyi, retraitée descendue avec ses petits-enfants, préparait une soupe aux carottes et pommes de terre.

"C'est effrayant là-haut", dit-elle en pointant le plafond avec son couteau éplucheur. "Mes filles nous descendent à manger, et les voisins apportent des gâteaux pour les petits. Tout le monde essaie d'aider".

La tour domine le quartier du parc-mémorial de Babi Yar, où furent abattus en septembre 1941, sous l'occupation nazie, plus de 33.000 Juifs.

Si aucun monument en hommage aux victimes de ce massacre n'a été touché, le président Volodymyr Zelensky, d'ascendance juive, a accusé Moscou de chercher à "effacer" l'Ukraine et appelé les juifs "à ne pas rester silencieux".

"Ils ont l'ordre d'effacer notre histoire, d'effacer notre pays, de nous effacer tous", a-t-il lancé mercredi.

Le maire de la capitale, l'ex-boxeur Vitaly Klitschko, a fait état de combats dans des quartiers périphériques et appelé tous les habitants à la résistance : "Kiev tient et va tenir".

L'armée ukrainienne, qui dit avoir fait des dizaines de prisonniers depuis le début de l'offensive le 24 février, a elle invité mercredi les mères de soldats russes capturés à "venir les chercher, à Kiev".

Lors des guerres menées par Moscou contre les indépendantistes tchétchènes dans les années 90, les mères de soldats russes s'étaient mobilisées pour ramener leurs fils prisonniers ou morts, alimentant l'opposition au conflit.

Des bombardements ont également frappé la ville de Jitomir, à 150 km à l'ouest de Kiev. L'AFP a vu mercredi des habitants fouiller les décombres d'un petit marché et d'un quartier résidentiel. Au moins trois personnes ont été tuées et une dizaine blessées, selon des résidents.

- "Catastrophe humanitaire" à Kherson -

Dans le sud, l'armée russe a affirmé contrôler totalement la ville de Kherson. Son maire, Igor Kolykhaïev, a évoqué une "catastrophe humanitaire", demandant l'aide des médias pour obtenir un "couloir humanitaire" afin d'évacuer les victimes et acheminer médicaments et nourriture. "Sinon la ville mourra", a-t-il écrit sur Facebook.

A Marioupol, plus à l'est, plus d'une centaine de personnes ont été blessées mardi dans des tirs russes, selon la mairie.

Si elle prend le contrôle de ce port-clé, l'armée russe peut assurer une continuité territoriale entre ses forces venues de Crimée et celles venues des territoires séparatistes du Donbass plus au nord.

Dans ce contexte d'offensive généralisée, le porte-parole du Kremlin a annoncé qu'une délégation russe attendrait mercredi soir, dans un lieu indéterminé, "les négociateurs ukrainiens".

Les autorités ukrainiennes n'ont pas confirmé la tenue de pourparlers, le ministre ukrainien des Affaires étrangères accusant Moscou d'émettre des "ultimatums". Un négociateur ukrainien, David Arakhamia, a indiqué qu'elles auraient bien lieu, sans préciser de date ni d'endroit.

La télévision d'Etat bélarusse a elle dit que la rencontre doit avoir lieu mercredi au Bélarus.

De premières négociations lundi n'avaient donné aucun résultat tangible. Kiev réclamait l'arrêt immédiat de l'invasion, alors que Moscou semblait attendre une reddition.

- Poutine "isolé comme jamais"

Les frappes sur Kiev et Kharkiv ont suscité une vive émotion dans le monde, où manifestations anti-guerre et gestes de solidarité avec l'Ukraine se sont multipliés ces derniers jours.

Le président américain Joe Biden a estimé dans la nuit que Vladimir Poutine était maintenant "plus isolé que jamais du reste du monde".

Il a déclaré que le "dictateur" du Kremlin avait eu tort de "penser que l'Occident et l'Otan ne répondraient pas" à cette invasion. "Nous sommes unis", a-t-il martelé dans son premier discours sur l'état de l'Union.

Mais Vladimir Poutine semble déterminé à poursuivre l'offensive, malgré la pression internationale et des sanctions économiques inédites.

Parmi ces mesures, l'UE a confirmé mercredi que sept banques russes, dont la deuxième banque du pays VTB, seraient, à compter du 12 mars, exclues du système de messagerie Swift, rouage-clé de la finance internationale.

La mesure épargne cependant la première banque russe Sberbank - dont la filiale européenne a déposé le bilan mercredi - et Gazprombank, bras financier de Gazprom.

Les émetteurs américains de cartes de paiements Visa, Mastercard et American Express ont aussi annoncé des mesures pour empêcher des banques russes d'utiliser leur réseau. Et des géants de l'économie américaine - tels ExxonMobil, Apple, Boeing ou Ford - indiquaient couper les ponts avec la Russie.

Les autorités russes tentent d'éviter hémorragie financière et panique: le rouble a perdu en quelques jours plus d'un tiers de sa valeur en devises. Les avions russes ne peuvent plus atterrir que dans une poignée de pays. Emplois, salaires et prêts bancaires sont potentiellement menacés.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a reconnu "un sérieux coup" mercredi mais assuré que l'économie russe "resterait debout".

- Gaz et pétrole flambent -

Toute l'économie mondiale pâtit du conflit: les prix des hydrocarbures et de l'aluminium, dont la Russie est grosse exportatrice, flambaient, avec des cours du pétrole au plus haut depuis près d'une décennie. La décision des pays exportateurs de l'Opep+, emmenés par l'Arabie saoudite et la Russie, de ne pas augmenter plus que prévu leur production a alimenté l'envolée.

Les conséquences pour l'économie américaine sont "très incertaines", a estimé mercredi Jerome Powell, président de la banque centrale américaine. Les Etats-Unis et d'autres pays faisaient déjà face à une poussée d'inflation avant le conflit.

Outre les sanctions économiques, la Russie a été exclue d'une multitude d'événements sportifs et culturels, du Mondial de football 2022 à la Coupe Davis de tennis, en passant par le Festival de Cannes.

Alors que manifestations et actions de solidarité avec l'Ukraine se multiplient à l'étranger, en Russie, l'opposant Alexeï Navalny a, depuis sa prison, appelé ses concitoyens à manifester chaque jour, qualifiant Poutine de "petit tsar complètement fou".

La fermeture mardi de deux médias indépendants de renom, la radio Echo de Moscou et la télévision en ligne Dojd, illustre elle un nouveau tour de vis pour faire taire les dernières voix dissidentes et sources d'information alternatives sur le conflit.

- Exode massif

Les Ukrainiens sont toujours plus nombreux à quitter leur pays: plus de 874.000 personnes sont déjà parties à l'étranger depuis le 24 février, a indiqué mercredi le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés.

Ils fuient en majorité par l'ouest, vers la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie, tous pays membres de l'UE et de l'Otan.

Des milliers, venus notamment du grand port d'Odessa, sur la mer Noire, affluent aussi à la frontière moldave, a constaté l'AFP.

La Banque mondiale a annoncé une aide d'urgence de trois milliards de dollars pour l'Ukraine. Au moins 350 millions pourraient être débloqués cette semaine.

burs-cat/alf/sg

K.Abe--JT