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L'avocat d'Elon Musk a mis lundi le président et cofondateur d'OpenAI face à ses écrits de 2017 laissant penser qu'il voulait, avec Sam Altman, poursuivre sans le milliardaire la route vers ChatGPT et la fortune personnelle.
Greg Brockman, le plus intime des collaborateurs de Sam Altman, au point d'en partager la signature vocale, s'est défendu pied à pied, devant une juge fédérale d'Oakland, près de San Francisco.
Elon Musk les accuse d'avoir détourné les dons qu'il a faits à la fondation philanthropique initiale d'OpenAI, lancée fin 2015, pour bâtir leur colosse commercial, aujourd'hui valorisé plus de 850 milliards de dollars.
L'intelligence artificielle "va être le changement technologique le plus important de l'histoire de l'humanité", a déclaré Greg Brockman, tendu dans son inhabituel costume-cravate. Il a assuré que le virage commercial était la seule voie possible pour réaliser la mission de développer une IA "pour le bien de l'humanité".
Cette transformation n'a pas pillé la fondation, à laquelle OpenAI est toujours adossée, a défendu l'ingénieur de 38 ans, sous les yeux de Sam Altman: "Nous avons créé l'organisation à but non lucratif la mieux dotée de l'histoire, avec une valorisation boursière de plus de 150 milliards de dollars".
Le patron de SpaceX, qui a fini par monter xAI, son propre laboratoire rival d'OpenAI, demande à la justice de retransformer OpenAI en simple fondation. Une telle issue, tranchée d'ici fin mai, menacerait le développement de la société, en lice pour une introduction en Bourse retentissante.
OpenAI dénonce une manoeuvre d'un concurrent revanchard, qui a aussi souhaité la transformation commerciale, mais s'est éloigné après avoir échoué à en prendre le contrôle.
- "Gagner de l'argent" -
Lundi, l'avocat de Musk a fait admettre d'entrée à Greg Brockman qu'il possédait une participation dans OpenAI évaluée à 30 milliards de dollars, sans avoir investi un centime.
Steven Molo a brandi un courriel de 2015 dans lequel le cofondateur promettait de verser 100.000 dollars pour attirer d'autres donateurs de la Silicon Valley. "Je n'ai finalement pas fait ce don, c'est vrai", a reconnu Brockman. Mais "Je suis prêt à le faire aujourd'hui", a-t-il fini par ajouter.
L'avocat, d'une voix parfois menaçante, a étrillé Greg Brockman sur ses célèbres confidences, couchées dans un journal personnel en 2017.
Rester avec Elon Musk ou s'éloigner, se demande le trentenaire en août de cette année-là: qu'importe, "si j'arrive au milliard de dollars, je suis à l'abri", écrit-il. Maintenant qu'il en pèse 30, pourquoi les 29 supplémentaires n'ont-ils pas été reversés à la fondation, dont il était administrateur, avec une obligation morale, l'a bousculé Steven Molo?
"Cette question cache des présupposés. Je ne vois pas bien comment répondre", a-t-il répondu, en retrait.
Plus tard en 2017, Brockman et Altman venaient d'assurer à Elon Musk qu'ils renonçaient au tournant commercial : "Peut-être qu'on devrait simplement monter une structure à but lucratif - gagner de l'argent pour nous semble une excellente idée", écrit-il.
"C'était l'expression d'une frustration, pas d'un projet", s'est défendu Brockman, décrivant un moment de découragement alors qu'Elon Musk venait de menacer de couper son financement.
"Combien de fois avez-vous répété cette phrase?", a ironisé l'avocat adverse, soulignant face au jury la préparation millimétrée du témoin. Quelques minutes plus tôt, un expert convoqué par le camp Musk avait confirmé sous serment avoir été rémunéré 230.000 dollars pour une semaine de préparation.
- Détruire l'humanité -
Prenant les imprudentes confidences l'une après l'autre, l'avocat a tenté de faire admettre à Greg Brockman qu'elles démontraient l'intention d'évincer Musk après avoir utilisé son nom et son argent, tout en lui cachant ses conflits d'intérêts et une discrète compensation de 10 millions de dollars donnée par Altman.
"Ce n'est pas comme ça que je qualifierais les choses", s'est plusieurs fois limité à répondre Greg Brockman, lorsque que l'avocat adverse tentait de lui faire admettre une lecture défavorable de son journal.
La semaine dernière, Elon Musk s'était présenté, sur trois jours, en bienfaiteur désintéressé des débuts d'OpenAI, auxquels il a contribué par des dons à hauteur de 38 millions de dollars de 2016 à 2020.
Il assure que son projet était de contrebalancer la domination de Google et de placer cette révolution technologique, susceptible de détruire l'humanité, dans de meilleures mains, délivrées de la pression du profit.
En retour l'avocat d'OpenAI a contre-attaqué l'homme le plus riche du monde, peu connu pour sa philanthropie, en soulignant ses propres ambitions lucratives.
T.Sato--JT