AEX
5.1300
Pour économiser quelques pesos philippins, Eric Garcia règle au minimum la flamme sous ses plaques chauffantes, la faute aux coûts du carburant qui ont presque doublé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Les bols de "pares" préparés par le jeune homme de 20 ans, un ragoût de bœuf classique de la cuisine de rue aux Philippines, se vendent pour 65 pesos (0,93 euro) contre 60 auparavant.
La flambée des prix à la pompe a fait les gros titres depuis que la guerre a entraîné la fermeture partielle du détroit d'Ormuz. Mais, en parallèle, la hausse du prix du gaz de pétrole liquéfié (GPL) a aussi frappé les vendeurs de street food de l'archipel, très dépendant des importations.
M. Garcia commence à cuisiner chaque matin à 03H00 avant de livrer son ragoût à moto dans un quartier de Manille habité par la classe moyenne.
Pour ses préparations, il utilise une bonbonne de gaz de 11 kilos, qui dure généralement quatre jours. Elle lui coûtait autrefois 870 pesos (12,39 euros), contre aujourd'hui près du double, 1.600 pesos (22,78 euros), raconte-t-il.
Eric Garcia a vu son revenu quotidien moyen diminuer d'un quart. Il a donc choisi d'augmenter ses prix. "Je ne gagne plus que 1.500 pesos par jour, parce que le reste part" dans le GPL, regrette-t-il.
"C'est le prix du GPL le plus élevé que j'aie jamais vu depuis que j'ai commencé ici", assure de son côté Carlo Manalad, responsable d'un magasin vendant des bonbonnes de ce gaz, que les Philippines importent à hauteur de 90%.
"Si les prix de nos fournisseurs sont élevés, nous devons augmenter aussi nos prix. Notre bénéfice reste le même", explique à l'AFP cet homme de 64 ans.
- La clientèle diminue -
De nombreux vendeurs de rue, toutefois, ne peuvent pas se permettre ce luxe.
"Si nous augmentons nos prix, nos clients iront acheter à d'autres stands", désespère Ronilo Titom, qui tient depuis deux ans une cantine de rue fréquentée par les employés de centres d'appels et les chauffeurs de jeepneys, ces minibus emblématiques des Philippines.
Même en maintenant ses prix, M. Titom dit avoir remarqué que sa clientèle diminuait lentement depuis le début de la guerre, lancée le 28 février par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran.
"Beaucoup d'entre eux se sont mis à apporter des repas préparés à la maison", explique le restaurateur de 48 ans qui, comme M. Garcia, utilise maintenant son GPL avec parcimonie.
"Parfois, on laisse refroidir la soupe", admet-il, en ajoutant que le coût de ses ingrédients a également augmenté depuis le début de la guerre.
Les prix des denrées alimentaires ont bondi en mars à un rythme presque deux fois plus rapide que le mois précédent, selon des données du gouvernement sur l'inflation publiées mardi.
Près de l'étal de pares d'Eric Garcia, Allan Palong, chauffeur de moto-taxi, dit comprendre que le vendeur doive faire payer cinq pesos de plus pour un bol de ragoût, même s'il admet que la hausse des prix du carburant se répercute sur ses propres revenus.
"C'est très difficile pour nous maintenant, tous les prix ont augmenté (...) ces cinq pesos comptent beaucoup", reconnaît-il.
Il espère que le gouvernement va réduire drastiquement la taxe d'accise sur le carburant importé: "Ce qu'ils font n'est pas suffisant", lance-t-il.
T.Ueda--JT