The Japan Times - "Enfant des réseaux": la génération Z rajeunit la campagne des municipales

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"Enfant des réseaux": la génération Z rajeunit la campagne des municipales
"Enfant des réseaux": la génération Z rajeunit la campagne des municipales / Photo: BERTRAND GUAY - AFP/Archives

"Enfant des réseaux": la génération Z rajeunit la campagne des municipales

Mouna Benamar avance d'un pas décidé à l'ombre d'une barre d'immeubles de Montreuil, quand un adolescent l'interpelle: "Eh c'est vous sur TikTok ? Mais du coup j'ai pas compris, vous allez faire maire ?".

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Cette femme de 25 ans est bien candidate pour La France insoumise aux municipales des 15 et 22 mars, mais, en cinquième position sur la liste, elle ne compte pas devenir maire. Elle l'explique au garçon, qui fait une moue un peu déçue avant de lui souhaiter de gagner.

Sans être tête de liste, Mouna Benamar a acquis une notoriété locale en faisant campagne sur les réseaux sociaux, dont elle maîtrise parfaitement les codes et l'humour.

Chaque jour, elle publie des vidéos courtes et rythmées, sur TikTok, où elle frise les 15.000 abonnés, et Instagram. Elle y utilise volontiers l'humour pour attaquer le bilan du maire PCF, Patrice Bessac.

Son public n'est pas forcément féru de politique, et est avant tout issu de sa génération Z, née entre la fin des années 1990 et l'aube des années 2010.

Pour le toucher, elle explique s'exprimer comme dans son quotidien, "de manière très légère". Et en vulgarisant au maximum, parce que "les gens n'ont pas envie qu'on leur apprenne la vie".

La course n'est pas gagnée. Lors du scrutin de 2020, Patrice Bessac l'avait emporté dès le premier tour, et a réussi cette fois à unir derrière lui les autres formations de gauche.

Mais Mouna Benamar croit aux chances de sa liste, et espère que son contenu "rafraîchit un peu la campagne", dit-elle à l'AFP.

- "Parler comme le président" -

Cette diplômée en sciences politiques tient quand même à relativiser l'importance des réseaux sociaux. Pour elle, ils ne remplacent pas le terrain et l'épuisant travail de tractage, de collage d'affiches et de porte-à-porte.

D'autant que "l'algorithme, on ne sait pas où il nous mène". Elle dit recevoir parfois des messages d'habitants de Martinique, très loin de sa cible électorale.

Sa démarche l'expose aussi aux critiques féroces, comme ces insultes d'internautes lui reprochant d'utiliser "le patois de banlieue".

"Je pourrais parler comme le président de la République, mais j'ai pas envie" car l'objectif est de "démystifier la politique", justifie-t-elle.

Lamine Dia, 26 ans, a une démarche similaire. Lui se présente sur une liste citoyenne, sans étiquette mais orientée à gauche, à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine).

"Je suis un enfant des réseaux", dit-il, et c'est tout naturellement vers ce terrain qu'il s'est tourné pour battre campagne.

Ses publications spontanées et pas toujours sérieuses fonctionnent bien auprès des jeunes de son âge, assure-t-il, mais ne correspondent "pas du tout aux codes des gens qui font de la politique aujourd'hui".

Il affirme que cela lui a valu des critiques de candidats rivaux. Comme la fois où il a posté une photo depuis un fast-food durant un conseil municipal.

Lamine Dia assure vouloir rester "naturel et vrai" mais explique que les conseils de ses colistiers ont parfois été salutaires. A contre-coeur, il a aussi créé une liste réservée à ses "amis proches" sur Instagram, pour limiter la visibilité de certaines publications.

Mouna Benamar et Lamine Dia émettent l'espoir de créer des vocations chez d'autres jeunes.

Si la moyenne d'âge des maires sortants est d'environ 64 ans, les jeunes candidats, de tous bords politiques, sont nombreux à se présenter. Comme Margaux Taillefer, 26 ans, candidate RN à Pau, ou Hugo Biolley, devenu en 2020, à l'âge de 18 ans, le plus jeune maire de France à Vinzieux (Ardèche) et qui brigue un deuxième mandat.

Mais tous ne se prévalent pas de leur jeunesse. Comme Claire Colombani, 27 ans, tête de liste socialiste à Neuilly-sur-Seine, une ville cossue où les cheveux gris prospèrent davantage qu'ailleurs dans les Hauts-de-Seine.

Son âge, "si on me le demande dans la rue, je ne vais pas mentir", dit cette ingénieure agronome. Mais "je ne l'ai pas mis en avant", dans ses communications ou sa profession de foi.

Elle regrette que les jeunes soient souvent cantonnés aux "sujets spécifiquement jeunesse" alors "qu'on a plein d'autres choses à dire".

En souriant, Claire Colombani souligne que ce n'est pas tant son âge que son choix de porter "une initiative de gauche" dans un bastion de la droite qui surprend.

T.Shimizu--JT