The Japan Times - Dévasté par la guerre, le patrimoine ancien de Gaza trouve une planche de salut en Suisse

EUR -
AED 4.313234
AFN 75.750435
ALL 95.578696
AMD 433.594907
ANG 2.102159
AOA 1078.160336
ARS 1638.971773
AUD 1.625109
AWG 2.11404
AZN 1.999672
BAM 1.958437
BBD 2.373175
BDT 144.574668
BGN 1.95913
BHD 0.444976
BIF 3506.83234
BMD 1.174466
BND 1.49167
BOB 8.141894
BRL 5.790702
BSD 1.178287
BTN 111.063856
BWP 15.776243
BYN 3.329855
BYR 23019.541599
BZD 2.369771
CAD 1.603364
CDF 2720.064631
CHF 0.915033
CLF 0.026588
CLP 1046.41439
CNY 7.992303
CNH 7.987329
COP 4391.212453
CRC 540.500166
CUC 1.174466
CUP 31.12336
CVE 110.414612
CZK 24.310747
DJF 209.820735
DKK 7.472819
DOP 70.07077
DZD 155.423039
EGP 61.917074
ERN 17.616996
ETB 183.972419
FJD 2.568381
FKP 0.863023
GBP 0.864883
GEL 3.147732
GGP 0.863023
GHS 13.255849
GIP 0.863023
GMD 85.736074
GNF 10340.659465
GTQ 8.997345
GYD 246.52194
HKD 9.192848
HNL 31.323911
HRK 7.539253
HTG 154.323854
HUF 355.902081
IDR 20401.597252
ILS 3.418737
IMP 0.863023
INR 110.912846
IQD 1543.578414
IRR 1541956.947453
ISK 143.801193
JEP 0.863023
JMD 185.589895
JOD 0.832657
JPY 184.144002
KES 151.682245
KGS 102.672444
KHR 4726.162529
KMF 492.10156
KPW 1056.962147
KRW 1724.486599
KWD 0.361498
KYD 0.981922
KZT 545.674746
LAK 25857.596849
LBP 105154.351013
LKR 379.417652
LRD 216.227592
LSL 19.224422
LTL 3.467894
LVL 0.710423
LYD 7.452972
MAD 10.799449
MDL 20.272124
MGA 4892.316697
MKD 61.676845
MMK 2465.917641
MNT 4203.300853
MOP 9.503997
MRU 47.141268
MUR 54.988565
MVR 18.15135
MWK 2043.037861
MXN 20.275107
MYR 4.603321
MZN 75.050158
NAD 19.224586
NGN 1599.599736
NIO 43.357827
NOK 10.917372
NPR 177.688178
NZD 1.973409
OMR 0.451583
PAB 1.178287
PEN 4.081295
PGK 5.127664
PHP 71.115081
PKR 328.303558
PLN 4.229206
PYG 7211.649015
QAR 4.294993
RON 5.262191
RSD 117.382025
RUB 87.677284
RWF 1727.425963
SAR 4.439687
SBD 9.433617
SCR 16.55833
SDG 705.267211
SEK 10.875383
SGD 1.489822
SHP 0.876858
SLE 28.892668
SLL 24627.968842
SOS 673.406736
SRD 43.961469
STD 24309.083409
STN 24.531883
SVC 10.309882
SYP 129.83015
SZL 19.218878
THB 37.847764
TJS 11.011555
TMT 4.122377
TND 3.417889
TOP 2.827833
TRY 53.276327
TTD 7.970733
TWD 36.867679
TZS 3063.471122
UAH 51.592714
UGX 4406.933896
USD 1.174466
UYU 47.115446
UZS 14278.225498
VES 582.780873
VND 30901.385664
VUV 138.617742
WST 3.175865
XAF 656.805031
XAG 0.014574
XAU 0.000249
XCD 3.174054
XCG 2.123559
XDR 0.816855
XOF 656.841431
XPF 119.331742
YER 280.225528
ZAR 19.270765
ZMK 10571.61339
ZMW 22.446032
ZWL 378.177704
  • AEX

    -5.7100

    1013.68

    -0.56%

  • BEL20

    -23.5200

    5446.11

    -0.43%

  • PX1

    -73.0000

    8129.18

    -0.89%

  • ISEQ

    -166.9800

    12777.16

    -1.29%

  • OSEBX

    1.7800

    1980.83

    +0.09%

  • PSI20

    -83.1300

    9051.56

    -0.91%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -88.2800

    3998.61

    -2.16%

  • N150

    -13.4400

    4185.41

    -0.32%

Dévasté par la guerre, le patrimoine ancien de Gaza trouve une planche de salut en Suisse
Dévasté par la guerre, le patrimoine ancien de Gaza trouve une planche de salut en Suisse / Photo: - - AFP/Archives

Dévasté par la guerre, le patrimoine ancien de Gaza trouve une planche de salut en Suisse

Le "palais de Napoléon", détruit. Le site de l'antique Anthédon, ravagé. Le seul musée privé, incendié. Le patrimoine de Gaza paye un lourd tribut à la guerre, mais par un curieux retournement de situation, une partie de ses trésors reste à l'abri en Suisse.

Taille du texte:

Chaque jour, au gré de l'accès à l'électricité et internet, l'archéologue palestinien Fadel al-Otol reçoit sur WhatsApp des photos montrant en quasi temps réel l'état des lieux des sites anciens.

Adolescent, M. Otol étudiait les pierres, avant de travailler pour des missions archéologiques européennes.

Aujourd'hui, le quadragénaire formé à Genève et au Louvre, est la tour de contrôle d'un vaste réseau d'archéologues à Gaza: une quarantaine de jeunes formés pour fouiller le sol, recomposer le passé en 3D et préserver le patrimoine.

Dans la foulée de la campagne militaire lancée par Israël sur la bande de Gaza, en représailles à l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre, les sites archéologiques ont encaissé un coup dur, l'Unesco disant avoir confirmé jusqu'à présent des dommages sur 41 sites en se basant sur des images satellitaires. L'équipe de M. Otol, elle, travaille à ras de terre.

"Tous les vestiges archéologiques dans le nord de Gaza ont été touchés. Le site de Blakhiya (l'ancienne ville grecque d'Anthédon, NDLR) a été directement bombardé. Il y a un énorme trou. La partie du site que nous n'avions pas commencé à fouiller a été touchée", explique M. Otol à propos de ce site situé à proximité de casernes du Hamas.

Côté israélien, l'attaque du 7 octobre a entraîné la mort de plus de 1.170 personnes, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP à partir de données officielles israéliennes.

Dans la bande de Gaza, les représailles israéliennes ont fait plus de 33.700 morts, surtout des civils, selon le ministère de Santé du Hamas. Et entraîné des destructions énormes.

- "Du chamboulement" -

"Dans la vieille ville de Gaza, le palais al-Bacha est complètement détruit. Il y a eu des bombardements et les bulldozers sont passés dessus. Il y avait des centaines d'objets anciens et de magnifiques sarcophages", dit M. Otol, joint par téléphone, avant de partager des photos récentes des lieux en ruines.

Ce palais de pierre sable ocre avait été érigé à partir du XIIIe siècle et était connu par les Palestiniens de Gaza pour avoir hébergé à la toute fin du XVIIIe siècle Bonaparte lors de la campagne d'Egypte.

"Nos meilleures trouvailles avaient été exposées dans le Bacha. Quelqu'un a-t-il sorti des objets avant d'exploser le bâtiment? Nous ne savons que très peu de choses" à ce stade, souligne Jean-Baptiste Humbert, de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem (Ebaf).

En Israël et dans les Territoires palestiniens, l'archéologie est un sujet hautement politique, de nombreuses découvertes ayant été instrumentalisées pour justifier les revendications des uns et des autres.

Si Israël dispose d'un arsenal d'archéologues qui rend compte d'un nombre impressionnant de trésors antiques, ce secteur est resté davantage en friche à Gaza, et ce malgré un riche passé qui s'étire sur des millénaires et dont des vestiges étaient stockés à l'entrepôt de l'Ebaf et au musée du palais al-Bacha.

Les soldats israéliens sont entrés dans l'entrepôt de l'Ebaf dans la ville de Gaza, le directeur des Antiquités israéliennes, Eli Escusido, postant sur Instagram une vidéo de militaires entourés de vases et de poteries anciennes, ce qui a suscité de vives réactions palestiniennes accusant l'armée de piller le site.

"Mes collègues ont pu retourner sur les lieux. Il y a eu du chamboulement. Les soldats ont ouvert des caisses. On ne sait pas s'ils ont pris quelque chose", explique à l'AFP l'archéologue et chercheur à l'Ebaf, René Elter, disant toutefois ne pas avoir constaté une volonté de "pillage d'Etat".

"Tous les jours lorsque Fadel m'appelle, j'ai peur qu'il m'apprenne qu'un de nos collègues est décédé ou qu'il me dise que tel site a été détruit", dit-il.

- "Le sang du Christ" -

Seul mouillage offrant une protection naturelle entre le Sinaï et le Liban, Gaza a été pendant des siècles un carrefour des civilisations, un relais entre l'Afrique et l'Asie, une plaque tournante du commerce de l'encens, suscitant tour à tour les convoitises des Egyptiens, des Perses, des Grecs, des Romains, des Ottomans...

Au cours des dernières décennies, ce passé glorieux a été foré par les ouvriers de Jawdat Khoudary, un collectionneur privé. Dans les années 1990, après les accords d'Oslo et la création de l'Autorité palestinienne, Gaza a connu un boom immobilier.

Or, lorsque les ouvriers piochent le sol, ils découvrent des objets antiques. Magnat local du BTP, M. Khoudary accumule des objets dans sa résidence, un trésor qu'il ouvre aux archéologues étrangers sur place parmi lesquels le dominicain Jean-Baptiste Humbert, pilier des fouilles d'Anthédon.

En 2004, le Frère Humbert invite à Gaza son collègue Marc-André Haldimann, alors conservateur du Musée d'art et d'histoire de Genève (MAH), fasciné par des fouilles ayant permis d'exhumer à la cathédrale Saint-Pierre de Genève des amphores anciennes venant de Gaza, car au début de la chrétienté, rappelle-t-il, "c'était le vignoble le plus proche de Jérusalem et donc représentant le mieux le sang du Christ".

- Colonnes byzantines -

Arrivé à Gaza, dans les jardins de M. Khoudary, l'archéologue genevois n'en croit pas ses yeux. "On s'est retrouvé devant 4.000 objets dont une allée de colonnes byzantines", dit-il à l'AFP.

Une idée se concrétise alors: organiser une grande exposition du passé gazaoui au MAH, puis construire à Gaza un musée pour que les Palestiniens puissent s'approprier leur propre patrimoine.

Fin 2006, environ 260 objets de la collection Khoudary quittent Gaza pour Genève.

Et au printemps, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, y inaugure l'exposition regroupant la collection Khoudary et des objets anciens présentés des années plus tôt à l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris.

L'exposition est un succès. Mais la géopolitique change en cours de route. Juin 2007, le Hamas chasse l'Autorité palestinienne de Gaza. Et Israël impose son blocus.

Résultat: les objets gazaouis ne peuvent plus rentrer chez eux et restent coincés à Genève tandis que le projet de musée archéologique s'évanouit faute de relais politique à Gaza pour le mettre en oeuvre.

Mais M. Khoudary ne désespère pas. Il construit lui-même un lieu d'exposition qui prendra la forme d'un musée-hôtel, al-Mathaf ("musée", en arabe), situé sur le bord de la Méditerranée, au nord de la ville de Gaza.

Or, l'offensive israélienne menée après l'attaque du 7 octobre commence justement par le nord de Gaza. "Al-Mathaf est resté des mois sous contrôle israélien. Dès qu'ils sont partis, j'ai demandé à des gens de s'y rendre pour voir dans quel état étaient les lieux. Et j'ai été choqué. Il manquait plusieurs objets et le hall a été incendié", affirme à l'AFP M. Khoudary, qui a quitté Gaza pour l'Egypte.

Et sa maison de Cheikh Radwane, quartier du nord de la ville de Gaza théâtre de violents affrontements, a été détruite: "les Israéliens ont aplani le jardin avec des bulldozers (...). Je ne sais pas si des objets ont été enfouis (par les bulldozers) ou si les colonnes de marbre ont été brisées ou pillées. Je ne trouve pas les mots".

Interrogée, l'armée israélienne n'a pas commenté ces destructions spécifiques, mais plutôt accusé le Hamas d'utiliser des hôpitaux, des écoles et des sites patrimoniaux à des fins militaires. "Israël respecte ses engagements envers le droit international, notamment en garantissant la protection spéciale (au patrimoine, ndlr)", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

- "Lieu lumineux" -

Si une partie de la collection locale de M. Khoudary est perdue, celle en Suisse reste intacte. Une demande en 2016 de restitution à l'Autorité palestinienne des objets encore à Genève n'a pu se concrétiser malgré un travail pour y donner suite, explique à l'AFP Béatrice Blandin, actuelle conservatrice au MAH.

"On a fait un inventaire, on a rédigé un protocole d'accord précisant les conditions du retour. On a restauré certaines pièces en bronze qui étaient légèrement corrodées et on a tout remballé et mis en caisse. Il y avait 106 caisses qui étaient prêtes au départ", détaille-t-elle: "Il fallait juste avoir l'assurance que le convoi ne soit pas bloqué puisqu'il devait traverser le territoire israélien (...). On attendait ce feu vert mais on ne l'a pas eu encore".

Loin de la guerre qui fait rage à Gaza, "les objets sont toujours en bonne condition", assure Mme Blandin, précisant que des "discussions étaient en cours" pour sortir ce patrimoine de l'ombre et organiser une nouvelle exposition en Suisse.

Au bout du fil, en Egypte, M. Khoudary trépigne à l'idée: "la plus importante collection d'objets sur l'histoire de Gaza est à Genève. S'il y a une nouvelle exposition cela permettra au monde entier de connaître notre histoire".

"C'est quasiment une ironie de l'Histoire", renchérit M. Haldimann. "Une nouvelle expo Gaza permettrait de montrer à nouveau que Gaza est un lieu lumineux (...), que c'est tout sauf un trou noir", dit-il en se mobilisant pour permettre à son ami Fadel al-Otol de quitter Gaza pour gagner la Suisse.

T.Sasaki--JT