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Les investigations à Paris autour de la galaxie Epstein avancent: l'ancienne mannequin suédoise ayant porté plainte pour viol contre le recruteur de mannequins Daniel Siad a été entendue jeudi par des enquêteurs spécialisés dans la lutte contre la traite d'êtres humains.
Ebba P. Karlsson, Suédoise de 56 ans, a porté plainte le 10 février pour viol en 1990 contre Daniel Siad, cité dans plus d'un millier de pièces dans les dernières archives déclassifiées du dossier Epstein. Depuis, au moins une deuxième plainte a été déposée contre Daniel Siad, pour trafic d'êtres humains, selon une source proche du dossier.
Son audition, révélée lundi à l'AFP par des sources proches du dossier, s'est "très bien passée", a commenté Ebba P. Karlsson.
"Je me suis sentie en sécurité" avec les policiers de l'Office français spécialisé dans la répression de la traite des êtres humains, l'OCRTEH, a-t-elle confié à l'AFP. Ce sentiment conforte "l'apaisement" ressenti le jour de sa plainte, déposée avec son avocate Anne-Claire Le Jeune, qui n'a pas souhaité s'exprimer.
La quinquagénaire ne connaissait pas l'identité de Daniel Siad avant de le reconnaître dans les archives Epstein. Elle a alors "eu envie de vomir".
Ebba P. Karlsson accuse Daniel Siad de l'avoir violée quand elle avait 20 ans puis de l'avoir exploitée sexuellement, en la présentant à Gérald Marie, ancien directeur de la prestigieuse agence de mannequins Elite, à qui elle reproche un autre viol.
- Siad veut aussi être entendu -
Les deux hommes, qui ont notamment eu écho de ces accusations dans la presse, nient vigoureusement.
"Daniel Siad ne peut se défendre utilement que dans le cadre d'une procédure pénale ouverte à son encontre", a réagi lundi auprès de l'AFP Ménya Arab-Tigrine, avocate de Daniel Siad. "Il souhaite être entendu au plus vite. Le droit de se défendre est un principe à valeur constitutionnelle qu'il ne faut jamais oublier".
Ebba P. Karlsson appartient au collectif "Victorious Angels - WE RISE" qui a adressé la semaine dernière une lettre à la procureure de Paris, demandant que la justice française enquête aussi sur Gérald Marie, dans le cadre de ces investigations sur l'entourage du criminel sexuel Jeffrey Epstein.
Les "allégations" visant Gérald Marie ont "déjà été examinées par la justice française" et ont abouti à un classement en février 2023 pour prescription, a rétorqué son avocate, Céline Bekerman.
Les faits dénoncés remontent à 1990.
Ebba P. Karlsson avait 20 ans lorsqu'elle a été "repérée" en Suède par Daniel Siad, lui proposant "un job à Monaco pour des maillots de bain".
Sauf que, sur place, l'offre a été pourvue.
Daniel Siad lui assure qu'elle aura une autre opportunité à Cannes. Mais personne ne les y attend.
Ebba P. Karlsson affirme avoir été hébergée dans un local à piscine. "Ce soir-là, dans ce cabanon, il m'a violée. Personne ne savait où j'étais. Je n'avais pas de téléphone. Je ne pouvais pas m'enfuir. J'étais comme paralysée".
Le lendemain, elle trouve "un faux passeport" dans le sac de M. Siad. Elle "le confronte". Lui balaie, assurant avoir décroché une place pour un casting dans la prestigieuse agence Elite, à Paris.
- "J'ai guéri cette jeune fille" -
Pourquoi l'avoir suivi, malgré l'angoisse ?
"Il m'avait promis un travail, j'avais déjà payé mon billet pour venir. J'avais l'impression de m'être mise seule dans cette situation et je pensais être assez intelligente pour m'en sortir seule".
Chez Elite, elle s'entretient avec le directeur, Gérald Marie. "Deux heures" d'échanges sur "mes aspirations". "Puis il a sorti des portfolios et m'a demandé: +Vous reconnaissez ces femmes ?+. Bien sûr, beaucoup étaient célèbres. Il s'est alors approché de moi et m'a demandé: +À votre avis, que font-elles pour gagner des sommes astronomiques ?+ Et il a glissé sa main entre mes jambes, vers mes parties intimes".
"J'ai eu l'impression qu'il m'avait tranché la tête, j'ai perdu toute force", raconte Ebba P. Karlsson, dont les yeux se brouillent de larmes.
Pour fuir, elle prétend accepter le travail, mais devoir retourner en Suède avant son installation. Elle ne reviendra pas. Et finira par se confier à son petit ami sur ces "dix jours" qui lui ont "fait perdre son innocence" d'enfant.
"J'ai guéri cette jeune fille", dit-elle aujourd'hui à l'AFP. "Mais quand j'en parle, les souvenirs reviennent très fort. Je dois me rappeler qui je suis aujourd'hui. J'ai le choix de me sentir comme une victime ou de me sentir forte grâce aux leçons que j'ai apprises".
K.Okada--JT