The Japan Times - Adaptation à la terre ferme: des fossiles chamboulent les théories

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Adaptation à la terre ferme: des fossiles chamboulent les théories
Adaptation à la terre ferme: des fossiles chamboulent les théories / Photo: YASUYOSHI CHIBA - AFP/Archives

Adaptation à la terre ferme: des fossiles chamboulent les théories

Les scientifiques ont longtemps considéré que les premiers animaux aquatiques à avoir conquis la terre ferme ressemblaient à des amphibiens qui se seraient métamorphosés à la façon des grenouilles actuelles.

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Mais l'analyse récente de dizaines de fossiles provenant de Mazon Creek, un site archéologique du nord des Etats-Unis connu pour la conservation exceptionnelle de spécimens datant d'il y a plus de 300 millions d'années, chamboule cette théorie.

Publiée jeudi dans la revue Science, l'étude comble des lacunes dans notre compréhension du développement des créatures à l'origine des premiers vertébrés terrestres, estiment les scientifiques.

On pensait jusqu'à présent que certains poissons avaient évolué il y a des millions d'années en amphibiens, et qu'une partie d'entre eux s'étaient mués en reptiles tandis que d'autres avaient évolué en mammifères.

Mais les fossiles de Mazon modifient le détail de ce scénario.

L'un d'eux est identifié comme étant probablement un bébé embolomère - un animal ressemblant au crocodile moderne et qui vivait principalement dans l'eau mais avait développé de petites pattes.

Or, ce jeune embolomère ne présente pas de caractéristiques de têtard, comme des branchies externes, contrairement à ce à quoi les chercheurs s'attendaient, explique à l'AFP Jason Pardo, co-auteur de l'étude.

Au contraire, son fossile montre plutôt des signes de développement direct, c'est-à-dire qu'il était constitué à peu près de la même façon qu'un embolomère adulte.

"Nous avons désormais des preuves fossiles directes" que "cette métamorphose, ce cycle de vie de type amphibien que nous supposions depuis 150 ans faire partie de notre histoire, n'en faisait en réalité pas partie", explique le chercheur du musée Field d'histoire naturelle de Chicago.

- "Premiers stades de vie" -

Pour John Long, paléontologue australien ayant également mené des recherches approfondies dans ce domaine, l'étude est tout simplement "remarquable".

"On ne savait pas grand-chose" des "premiers stades de vie" des tétrapodes, classe de vertébrés dont descendent notamment les reptiles, oiseaux et mammifères, relève-t-il auprès de l'AFP.

"Ce travail minutieux sur un ensemble de fossiles absolument splendides démontre qu'ils passaient directement à une phase juvénile, sans avoir besoin de passer par le stade têtard", abonde-t-il.

Pour Jason Anderson, de l'université canadienne de Calgary, cette étude met en lumière "le pouvoir des fossiles de répondre à des questions que l'on croyait impossibles à élucider".

Et en plus de nous renseigner sur l'évolution des tétrapodes, cette étude revèle l'aspect singulier de l'évolution des amphibiens.

"Au lieu d'être des reliques de stades antérieurs de l'histoire évolutive des tétrapodes, (les amphibiens) sont eux-mêmes des créatures hautement évoluées", pointe auprès de l'AFP Jason Anderson.

- "Lettre d'amour" -

Le fossile au coeur de l'étude faisait partie des collections du musée d'histoire naturelle de Chicago depuis longtemps lorsque le directeur de l'époque le montra à Arjan Mann, paléontologue co-auteur de l'article, qui fut immédiatement captivé.

Alors en doctorat au Canada comme Jadon Pardo, le jeune chercheur a continué des années durant de s'interroger à ce sujet.

Une analyse par microscopie électronique à balayage réalisée par le Musée canadien de la nature a finalement permis de confirmer qu'il s'agissait probablement d'un embolomère.

Le duo a étudié les caractéristiques juvéniles de ce fossile, ainsi que d'un autre embolomère plus petit et d'autres fossiles de bébés tétrapodes apparentés.

Aujourd'hui conservateur au musée Field, Arjan Mann rappelle que toutes ces découvertes n'ont été rendues possibles que grâce au travail réalisé par des scientifiques amateurs à Mazon Creek.

Ces passionnés ont arpenté le site des décennies durant et mis au jour de nombreux fossiles, dont ces spécimens analysés par leurs soins.

"Cet étude est, d'une certaine façon, une lettre d'amour à leur égard" car elle "illustre ce que nous pouvons accomplir en collaborant avec cette communauté", dit-il à l'AFP.

T.Maeda--JT