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Une nouvelle épidémie d'Ebola a été déclarée vendredi en République démocratique du Congo (RDC), l'Ouganda voisin déclarant également dans la soirée l'état d'épidémie après un décès causé par le virus enregistré sur son territoire.
Jusqu'ici, l'épidémie était circonscrite à la province de l'Ituri, située dans le nord-est congolais et frontalière de l'Ouganda ainsi que du Soudan du Sud, selon l'Africa CDC.
Cette agence sanitaire de l'Union africaine (UA), basée à Addis Abeba, avait toutefois immédiatement mis en garde vendredi contre un "risque élevé de propagation", avec 246 cas suspects dont 65 décès signalés en RDC.
Dans la soirée, le ministère de la santé ougandais a annoncé que l'Ouganda était touché. Un homme de 59 ans, originaire de la RDC et admis lundi dans un hôpital de la capitale ougandaise Kampala, est décédé jeudi des causes du virus. Son corps a été rapatrié le jour-même.
"Il s'agit d'un cas importé de la RDC. Le pays n'a pas encore confirmé de cas local", a souligné le ministère ougandais.
Des tests ont révélé que l'homme était porteur du variant du virus Ebola appelé Bundibugyo. Il n'existe pas de vaccin contre ce variant. La souche Zaïre du virus est la seule pour laquelle un vaccin a été mis au point.
"Il s'agit d'une épidémie de grande ampleur", a déclaré lors d'un point presse Jay Bhattacharya, directeur par intérim des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) aux Etats-Unis.
Le gouvernement congolais ne s'est pas encore exprimé depuis la déclaration d'une nouvelle épidémie d'Ebola dans le vaste pays d'Afrique centrale de plus de 100 millions d'habitants.
- Cas suspects à Bunia -
Le dernier épisode en RDC de cette fièvre hémorragique hautement contagieuse, déclaré en août 2025 dans le centre du pays, avait fait au moins 34 morts. L'épidémie la plus meurtrière dans le pays avait fait près de 2.300 morts pour 3.500 malades, entre 2018 et 2020.
Le redoutable virus a entraîné la mort de 15.000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années. Lors des flambées épidémiques des années écoulées, le taux de mortalité a fluctué entre 25% et 90%, selon l'OMS.
La province aurifère de l'Ituri connaît quotidiennement d'intenses mouvements de population liés à l'activité minière. Par ailleurs, l'accès à certaines parties de la province, en proie à des violences menées par une myriade de groupes armés, est difficile pour des raisons sécuritaires.
Les cas signalés dans la région au cours des dernières semaines ont été recensés dans les zones de santé de Mongbwalu et Rwampara, qui comptent chacune près de 150.000 habitants. La zone de Mongbwalu est située à environ 90 km et deux heures de route de Bunia, capitale de l'Ituri. Celle de Rwampara est adjacente à l'agglomération de Bunia.
Des cas suspects ont été enregistrés à Bunia, dont la population est estimée à 300.000 habitants environ, selon l'Africa CDC.
- "Creuser des tombes" -
Dans les zones infectées, de premiers enterrements ont déjà eu lieu et l'inquiétude monte.
"Depuis quelques semaines, la commune de Mongbwalu enregistre des cas de décès en cascade, avec au moins cinq à six morts par jour", a décrit Gloire Mumbesa, un habitant de Mongbwalu, contacté par téléphone.
"Nous venons de creuser des tombes pour enterrer trois personnes", a confié Salama Bamunoba, membre de la société civile de Rwampara.
Selon une source sanitaire de la région de Mongbwalu, sous couvert de l'anonymat, un nombre de "décès exponentiel" a été constaté depuis mi-avril.
En RDC, l'acheminement de médicaments et d'équipements est souvent un défi, sur un territoire grand comme quatre fois la France doté de voies de communication limitées et en mauvais état.
"La région où l'épidémie survient est extrêmement instable en raison de la situation humanitaire en cours et des mouvements de population entre le Soudan du Sud, l'Ouganda et d'autres zones", a souligné Abdi Rahman Mahamud, directeur des opérations d'alerte et de réponse aux urgences sanitaires à l'OMS, lors d'une conférence de presse vendredi à Genève.
Mais "la République démocratique du Congo possède une grande expérience dans la gestion d’Ebola", a-t-il souligné.
Cette épidémie est la 17ème en RDC depuis que la maladie a été identifiée pour la première fois en 1976 au Zaïre, ancien nom de la République démocratique du Congo. D'autres pays du continent ont été touchés ces dernières années par des épidémies d'Ebola, notamment la Guinée ou la Sierra Leone.
La transmission humaine du virus se fait par les fluides corporels ou par exposition au sang d'une personne infectée, vivante ou décédée, avec pour principaux symptômes des fièvres, vomissements, saignements et diarrhées. Les personnes infectées ne deviennent contagieuses qu'après l'apparition des symptômes, après une période d'incubation pouvant aller jusqu'à 21 jours.
burs-cld/am
S.Yamada--JT