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Jordan Bardella a dénoncé mardi "les prémices d'une guerre totale" contre le RN au lendemain de la publication d'une enquête de Mediapart l'accusant d'avoir tenu des propos antisémites, une affaire qui vient percuter la campagne de la favorite des sondages à la présidentielle Marine Le Pen.
Le président du Rassemblement national a choisi sa ligne de défense : un démenti total et une riposte sur le front judiciaire avec l'annonce du dépôt de plusieurs plaintes contre le journal d'investigation, l'une en diffamation et l'autre pour faux et usage de faux "s'il y a des éléments écrits" publiés par Mediapart.
Et de brandir devant le groupe parlementaire de son parti à l'Assemblée, outre "les prémices d'une guerre totale" contre le RN, le risque d'une "tentative de déstabilisation de la campagne présidentielle".
Disant s'attendre à de nouvelles accusations, dans le cadre d'une opération "très certainement préparé(e) depuis plusieurs mois", il a aussi mis en avant une "tentative d'assassinat politique" pour "tuer (sa) carrière".
Le parti ne va pas "se laisser faire" et compte démontrer "qui est derrière cette manipulation", a assuré Marine Le Pen, exprimant sa "confiance absolue" dans celui à qui elle entend confier les clés de Matignon si elle est élue à la présidentielle.
"Maintenant, c'est à Mediapart, je crois, qu'il va falloir dire d'enfiler son costard en Kevlar parce qu'il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent", a-t-elle menacé.
Au lendemain d'un succès "historique" aux sénatoriales qui va permettre à l'extrême droite de créer un groupe pour la première fois de la Ve République à la chambre haute, Marine Le Pen comptait bien recueillir les bénéfices de ce qu'elle a qualifié d'"étape majeure" dans son accession au pouvoir.
La publication lundi par Mediapart de messages antisémites datant de 2013 qu'il attribue à Jordan Bardella, alors jeune militant du parti, a tout chamboulé.
"Les banques sont toutes détenues par des Juifs"; "Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur", aurait notamment écrit le futur président du RN.
- "Dédiabolisation" -
Marine Le Pen se heurte ainsi à une première crise dans sa campagne présidentielle, lancée le 7 juillet, avec cette affaire, une réminiscence des origines du Rassemblement national.
Dans l'immédiat, l'état-major du parti renvoie la responsabilité des révélations vers les personnes qui ont été exclues du RN, la "racaille antisémite qui a été purgée" dans les années 2010, a affirmé Jean-Philippe Tanguy, un des principaux lieutenants de Marine Le Pen.
Ou sur Mediapart directement, accusé d'être "un média d'extrême gauche".
"Soit Mediapart a monté cette manipulation, soit Mediapart lui-même s'est fait enfumer par des gens derrière assez puissants qui ont intérêt à déstabiliser cette campagne présidentielle", a résumé Jordan Bardella en arrivant à l'Assemblée nationale.
- "Un mort" -
Sans faire taire les critiques.
"L'extrême droite restera toujours l'extrême droite. Aucune agence de communication, aucun ravalement de façade n'y changera rien. N'oublions jamais qu'ils ont tous adhéré à un parti fondé par des antisémites fanatiques et des racistes revendiqués", a affirmé le candidat à la primaire sociale-démocrate Raphaël Glucksmann.
"Une cravate ne lave pas de l'antisémitisme", a commenté la cheffe des députés LFI Mathilde Panot. "C'est le fond qui remonte", a abondé François Ruffin, tandis que Jean-François Copé (LR) appelait à ce que "les masques tombent".
Comment Marine Le Pen, elle-même aux prises avec une condamnation pénale en suspens, va-t-elle assumer une telle crise ?
La patronne des Écologistes Marine Tondelier a demandé que Jordan Bardella démissionne "de toutes ses fonctions", et l'Insoumis Manuel Bompard a jugé qu'il ne pouvait "plus jouer un rôle majeur dans la vie politique française".
"Dans cette histoire, il va y avoir un mort. Mais lequel ? Soit Mediapart a dit vrai, et dans ce cas-là, je ne vois pas comment Jordan Bardella (...) pourrait continuer une carrière politique (...), soit tout ceci est une vaste +barbouzerie+, comme il le dit, et dans ce cas-là, Mediapart a pris un très gros risque", a estimé sur Radio J Julien Aubert, vice-président de LR.
H.Takahashi--JT