The Japan Times - Procès Paty en appel: entre six et 15 ans d'emprisonnement prononcés contre quatre hommes

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Procès Paty en appel: entre six et 15 ans d'emprisonnement prononcés contre quatre hommes

Procès Paty en appel: entre six et 15 ans d'emprisonnement prononcés contre quatre hommes

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné lundi en appel quatre hommes à des peines de six ans de prison à quinze années de réclusion criminelle pour leur rôle dans l'engrenage qui a conduit à l'assassinat du professeur Samuel Paty par un jihadiste tchétchène en 2020.

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Les peines les plus lourdes, respectivement dix et 15 ans de réclusion, ont été prononcées contre un parent d'élève, Brahim Chnina, 54 ans, et surtout le militant islamiste, Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, coupables d'associations de malfaiteurs terroriste.

Ils ont été les initiateurs de la campagne de haine en ligne, qui ne s'était arrêtée qu'avec la décapitation du professeur d'histoire-géographie par Abdoullakh Anzorov, parce qu'il avait montré des caricatures du prophète Mahomet lors de son cours sur la liberté d'expression.

Condamnés pour association de malfaiteurs mais sans que son caractère terroriste ne soit retenu, deux proches du tueur, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, ont vu leur peine réduite, condamnés à six et sept ans de prison, contre 16 ans de réclusion criminelle en première instance.

Les quatre hommes ont dix jours pour se pourvoir en cassation s'ils le souhaitent. Il est peu probable que ce soit le cas d'Azim Epsirkanov, Naïm Boudaoud et même Brahim Chnina, qui ont déjà fait plus de cinq ans de détention.

Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui s'étaient vu infliger 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Durant le procès, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui se sont parfois renvoyé la responsabilité première de la cabale en ligne et ont divergé dans leurs postures, le premier exprimant sa "honte" quand le second restait droit dans ses bottes militantes au risque de sembler manquer d'empathie.

Leur différence d'attitude explique peut-être en partie le verdict dont les motivations seront connues dans un délai de trois jours.

Azim Epsirkhanov et Naïm Boudaoud étaient poursuivis pour avoir véhiculé Anzorov et l'avoir aidé à se procurer des armes avant son crime, commis le 16 octobre 2020, près du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).

Ces deux hommes, qui ne présentent pas des profils d'islamistes radicaux, assurent n'avoir pas eu conscience de la dérive jihadiste ni du projet d'attentat d'Anzorov, qui avait été abattu par la police qu'il menaçait. Et ils ont cette fois convaincu la cour.

Prononcé en présence des proches de Samuel Paty, le verdict a été accueilli par des cris de soulagement des proches d'Azim Epsirkhanov et Naïm Boudaoud.

Abdelhakim Sefrioui a voulu prendre la parole, mais cela lui a été refusé par la présidente.

- Vies fracassées -

L'assassinat avait jeté l'effroi alors que se tenait à Paris le procès des attentats de janvier 2015.

Le jihadisme avait déjà frappé l'institution scolaire. A l'école toulousaine Ozar Hatorah, Mohammed Merah avait tué en 2012 trois enfants et le professeur Jonathan Sandler parce qu'ils étaient juifs. Anzorov a traumatisé les enseignants en ciblant Samuel Paty comme professeur.

Durant cinq semaines d'une tristesse infinie, les vies fracassées par le crime d'Anzorov se sont côtoyées. Celles de la famille Paty d'abord, écrasée de douleur, qui a dû défendre l'image de leur fils et frère face aux allégations de discrimination.

Il y eut aussi cet homme qui n'a jamais réussi à dire à son père, depuis décédé, que c'était lui ce policier municipal tétanisé face au tueur, incapable de réaliser que ce corps et cette tête n'étaient pas ceux d'un mannequin; ces collègues du professeur exprimant leurs regrets pour ce tennis annulé, pour ne pas l'avoir raccompagné en voiture ce jour-là; ce collégien devenu jeune majeur, silhouette désarticulée par la honte intacte d'avoir désigné Samuel Paty au tueur...

A chaque suspension, les proches se sont approchés du box des accusés pour un sourire, un signe, un regard, quelques mots. A l'annonce de réquisitions très dures, un sanglot s'est élevé de la famille Chnina; quand a plaidé une avocate de Naïm Boudaoud, son petit frère, portrait craché si stoïque jusqu'alors, s'est affaissé et a pleuré sans bruit.

Les débats ont été marqués par des incidents procéduraux exceptionnels: deux magistrates écartées après la mise en cause de leur impartialité; un ministre, Laurent Nuñez, qui écrit directement à la présidente de la cour pour rectifier son témoignage.

Souvent tendu, avec une défense pugnace et une accusation âpre, le procès a avancé sur une ligne de crête. Mais il est resté sur les rails, la dignité réclamée par la famille Paty a été protégée par la présidente, dont la "loyauté", l'humanité et la conduite maîtrisée des débats ont été saluées par les parties.

T.Sato--JT