The Japan Times - "Entre deux feux": être Ukrainienne en Russie

EUR -
AED 4.199348
AFN 73.181572
ALL 93.876793
AMD 420.372184
ANG 2.047251
AOA 1049.119899
ARS 1708.398165
AUD 1.649988
AWG 2.061084
AZN 1.94663
BAM 1.954276
BBD 2.303704
BDT 141.030021
BGN 1.933451
BHD 0.431264
BIF 3402.146925
BMD 1.143458
BND 1.476049
BOB 7.920823
BRL 5.929862
BSD 1.143808
BTN 108.968024
BWP 15.42697
BYN 3.318612
BYR 22411.782757
BZD 2.300406
CAD 1.62506
CDF 2568.207165
CHF 0.919387
CLF 0.026768
CLP 1053.513356
CNY 7.763056
CNH 7.758596
COP 3826.777602
CRC 521.093639
CUC 1.143458
CUP 30.301645
CVE 110.17908
CZK 24.191915
DJF 203.681165
DKK 7.474278
DOP 67.757161
DZD 152.493082
EGP 56.395134
ERN 17.151875
ETB 183.41277
FJD 2.584731
FKP 0.85633
GBP 0.856685
GEL 3.012999
GGP 0.85633
GHS 12.993867
GIP 0.85633
GMD 82.894538
GNF 10031.177448
GTQ 8.729193
GYD 239.253424
HKD 8.968379
HNL 30.614126
HRK 7.532988
HTG 149.603336
HUF 353.467544
IDR 20578.819096
ILS 3.428831
IMP 0.85633
INR 108.87444
IQD 1498.331565
IRR 1573341.453286
ISK 144.007743
JEP 0.85633
JMD 181.068798
JOD 0.810755
JPY 184.729692
KES 147.986065
KGS 99.992801
KHR 4580.428073
KMF 492.830105
KPW 1029.112874
KRW 1757.369039
KWD 0.354804
KYD 0.953257
KZT 540.908187
LAK 25826.859598
LBP 102425.725974
LKR 383.111241
LRD 207.59811
LSL 18.552532
LTL 3.376335
LVL 0.691667
LYD 7.331283
MAD 10.696359
MDL 20.11931
MGA 4849.218464
MKD 61.586973
MMK 2401.129041
MNT 4096.036573
MOP 9.239795
MRU 45.648402
MUR 53.799243
MVR 17.678157
MWK 1983.453256
MXN 19.990213
MYR 4.655365
MZN 73.078368
NAD 18.552532
NGN 1566.114609
NIO 42.087179
NOK 11.249461
NPR 174.349038
NZD 2.006644
OMR 0.441036
PAB 1.143808
PEN 3.892065
PGK 5.025081
PHP 70.283773
PKR 318.000316
PLN 4.292245
PYG 6954.576655
QAR 4.181239
RON 5.227321
RSD 117.285538
RUB 88.095632
RWF 1674.494189
SAR 4.294571
SBD 9.214606
SCR 15.397992
SDG 686.643948
SEK 11.03186
SGD 1.477342
SHP 0.853707
SLE 27.843319
SLL 23977.753094
SOS 653.690237
SRD 42.95509
STD 23667.278258
STN 24.480909
SVC 10.008195
SYP 126.388845
SZL 18.549535
THB 38.019579
TJS 10.602832
TMT 4.013539
TND 3.375767
TOP 2.753174
TRY 53.533742
TTD 7.751955
TWD 36.525475
TZS 3002.28474
UAH 50.941275
UGX 4174.744435
USD 1.143458
UYU 46.004125
UZS 13702.314608
VES 730.55925
VND 30068.37956
VUV 135.993314
WST 3.171015
XAF 655.445868
XAG 0.018287
XAU 0.000274
XCD 3.090253
XCG 2.061392
XDR 0.815164
XOF 655.445868
XPF 119.331742
YER 271.057067
ZAR 18.572553
ZMK 10292.499464
ZMW 21.016611
ZWL 368.193107
  • AEX

    10.4100

    1083.18

    +0.97%

  • BEL20

    24.8900

    5813.65

    +0.43%

  • PX1

    33.0500

    8508.07

    +0.39%

  • ISEQ

    33.3600

    13935.04

    +0.24%

  • OSEBX

    13.7000

    1943.93

    +0.71%

  • PSI20

    128.7900

    9328.28

    +1.4%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    88.6600

    4804.51

    +1.88%

  • N150

    47.5700

    4257.6

    +1.13%

"Entre deux feux": être Ukrainienne en Russie
"Entre deux feux": être Ukrainienne en Russie / Photo: - - AFP

"Entre deux feux": être Ukrainienne en Russie

En Ukraine, ses proches la considèrent comme une "traître". En Russie, sa vie est faite de "solitude". Maria, une Ukrainienne de 48 ans qui vit en Russie depuis plus de 20 ans, dit sa douleur d'être "entre deux feux" depuis le début de l'offensive.

Taille du texte:

Les parents de Maria, dont le prénom a été changé pour des raisons de sécurité, sont les seuls membres de sa très grande famille en Ukraine à avoir gardé le contact, dit-elle dans un entretien à l'AFP.

Son neveu, engagé dans l'armée ukrainienne, a été blessé tandis que son gendre, mobilisé côté russe, a été tué.

Après avoir terminé ses études en Russie il y a plus de 20 ans, Maria y est restée travailler. Elle rendait régulièrement visite à sa famille en Ukraine. "La nouvelle du début de la guerre a été un choc", se souvient-elle. Maria n'a pas vu ses proches depuis.

Elle n'a pas pu quitter la Russie, son passeport ukrainien ayant expiré. Et elle tente actuellement d'obtenir un passeport russe pour retrouver "un statut légal et pouvoir bouger". Munie d'un permis de séjour provisoire, elle est prise dans un cercle vicieux bureaucratique qui la "traite comme une ordure".

Selon elle, les Ukrainiens qui sollicitent la nationalité russe subissent de longs interrogatoires sur leur famille et leurs contacts en Ukraine, sur leur opinion concernant l'offensive russe.

Dans les territoires ukrainiens contrôlés par les forces russes, Kiev accuse Moscou de délivrer des passeports russes à des citoyens ukrainiens pour les priver de leur identité.

"Je m'inquiète beaucoup pour mes parents. Ma plus grande peur, c'est de ne plus jamais les revoir", dit-elle en sanglotant. Sa voix tremble.

Elle confie son effroi lorsqu'elle entend "des sirènes et des explosions" pendant les conversations téléphoniques avec sa mère. Ou lorsque les communications sont coupées et qu'elle apprend qu'il y a des frappes dans sa ville natale.

Près de 900.000 Ukrainiens vivaient en Russie avant 2022, selon les chiffres officiels russes qui n'ont pas été actualisés depuis.

Près de 8 millions de réfugiés, soit 18% de la population d'Ukraine, sont partis en Europe la première année du conflit, selon l'Onu.

Au moins 1,2 million de personnes ont quitté l'Ukraine, principalement l'est russophone épicentre des combats, pour la Russie, selon l'agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) qui ne précise pas combien d'entre eux se sont installés définitivement en Russie.

Kiev accuse Moscou d'avoir contraint des Ukrainiens à venir en Russie, ce que démentent les autorités russes.

- "Mouton noir" -

C'est par ses parents que Maria a appris que son neveu s'était engagé dans l'armée ukrainienne, puis qu'il a été blessé dans une attaque des forces russes.

Lorsque son gendre russe a, lui, été mobilisé, elle a eu "des sentiments mitigés": "Il a été mobilisé de force, j'avais de la peine pour lui. Mais en même temps j'étais en colère. Dans mon esprit, il y allait pour tuer mes proches".

Le neveu de Maria était au même moment sur le front. "J'avais très peur qu'ils se retrouvent face-à-face. Ils ne se connaissaient pas, mais cette pensée que mon gendre pouvait tuer mon neveu me terrifiait", confie-t-elle, ajoutant: "Je me suis retrouvée entre deux feux".

Son gendre a été tué.

"C'était très dur pour ma fille, c'était son premier amour. Nous avons eu du mal à y croire, car son corps n'a jamais pu être récupéré".

Maria a essayé de parler de sa douleur à ses parents. "Ils m'ont dit que c'était son choix et que cela ne leur faisait ni chaud ni froid".

"Je ne savais pas quoi faire. Je pleurais. Je suis tombée dans la déprime, puis la colère", dit-elle. "Mes proches en Ukraine ne voulaient pas de mon soutien, de ma compassion, ils ne voulaient plus entendre parler de moi. Je suis devenue un mouton noir", soupire Maria qui s'est finalement adressée à un psychologue.

"Mais ce n'est pas de ma faute! Nous ne sommes coupables de rien (les Ukrainiens vivant en Russie, ndlr). Nous souffrons aussi à chaque frappe, chaque bombardement", dit Maria.

- "Chansons ukrainiennes" -

Elle ne regarde plus les informations, ne lit plus les journaux en ligne, a quitté les réseaux sociaux. La guerre, "je ne veux plus en parler, je ne veux plus y penser", dit-elle.

"C'est trop dur de réaliser que je ne peux pas aider mes proches", explique-t-elle.

Depuis 2022, la clientèle de Maria, qui travaille dans un salon de beauté, s'est réduite comme peau de chagrin. "Beaucoup de mes clientes sont parties à l'étranger", dit-elle. "D'autres ont renoncé à mes services parce que je suis Ukrainienne et que je ne soutiens pas" l'offensive.

Son cercle d'amis a aussi diminué. Elle dit se sentir "plus tranquille" lorsqu'elle est seule: "Personne pour trahir, personne pour me dénoncer".

"Quand je suis entourée de gens qui ont une autre opinion que moi (sur le conflit), dans ma tête je chante des chansons ukrainiennes. C'est comme ça que je fais face à ma solitude", raconte Maria.

"Je ne sais pas ce que je vais faire ensuite, car je ne sais pas ce qui va se passer demain", avoue Maria. Partir en Europe? "Mais en quittant la Russie, je n'aurais ni statut de réfugié, ni aide", à la différence de ses compatriotes ayant fui l'Ukraine, dit Maria, dont la situation financière est précaire.

"J'aimerais beaucoup que la guerre finisse demain. Mais ce n'est pas réaliste. Chaque dirigeant a ses revendications et personne ne veut faire des concessions. Et tout le monde s'en fout des gens qui souffrent", conclut-elle.

K.Hashimoto--JT