The Japan Times - Russie: une disciple de Navalny combat Poutine et le cancer

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Russie: une disciple de Navalny combat Poutine et le cancer
Russie: une disciple de Navalny combat Poutine et le cancer / Photo: Wojtek RADWANSKI - AFP

Russie: une disciple de Navalny combat Poutine et le cancer

Le cancer, dit Khelga Pirogova, l'a percutée comme une "météorite". Auparavant, cette opposante à Vladimir Poutine se devait d'être "une valkyrie qui surmonte tout". Maintenant, elle affirme avoir "une raison de ne pas être forte".

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Face aux violences du pouvoir, de nombreux dissidents russes s'affichent toujours positifs, incassables. Jusqu'à sa mort en prison, le 16 février 2024, Alexeï Navalny était le champion de cette attitude, malgré des conditions de détention de plus en plus éprouvantes.

Comme d'autres opposants, Khelga Pirogova, 37 ans, estime que sa mort est un meurtre dont est responsable Vladimir Poutine. Une enquête révélée samedi, menée par cinq pays dont la France et le Royaume-Uni, a conclu qu'il avait été "empoisonné" avec une "toxine rare".

En septembre 2020, elle avait remporté une élection à Novossibirsk, en Sibérie, devenant élue municipale au sein d'une coalition soutenant Navalny. Un fait exceptionnel, même à l'époque.

C'était avant que les autorités n'écrasent les partisans de Navalny, puis, après l'invasion de l'Ukraine, tout le reste de l'opposition. Désormais affaiblie, minée par des divisions, cette dernière tente de survivre en exil. Comme Khelga Pirogova.

- "Vampire" -

En mars 2022, Khelga Pirogova était apparue au conseil municipal de Novossibirsk vêtue d'une chemise bleue et d'une couronne de fleurs jaunes, en signe de soutien au peuple ukrainien.

En juillet de la même année, enceinte, elle a fui la Russie avec son mari car les autorités menaçaient de l'emprisonner pour un tweet virulent où elle dénonçait les funérailles grandiloquentes de soldats russes tués au front.

Réfugiée à Vilnius, en Lituanie, elle a donné naissance à une fille et travaille pour le Fonds de lutte contre la corruption, créé par Navalny et réalisant des enquêtes sur les malversations des élites en Russie.

En janvier 2025, les médecins annoncent à Khelga Pirogova qu'elle a un cancer du col de l'utérus en phase finale (stade 4). "Ça signifie le cercueil!", dit-elle à l'AFP avec un rire déroutant.

Mais les médecins s'étaient trompés. Trois semaines plus tard, elle apprend qu'elle a en réalité un cancer de stade 3 avec des métastases limitées. Débute alors un très lourd traitement: chimiothérapie, radiothérapie.

Sur Instagram, Khelga Pirogova tient un carnet de bord composé actuellement de 23 vidéos qu'elle a surnommé, une fois, "le journal d'une vampire".

En pyjama ou en peignoir, le visage exténué, sans maquillage, elle parle de sa fatigue gigantesque ("J'ai l'impression de décharger des wagons toutes les nuits"), de sa lutte contre la perte de poids ("Les noix, c'est top, je deviens un écureuil") et des terribles effets secondaires des médicaments ("Presque toutes les odeurs me sont devenues insupportables").

"Cela me soulage et je reçois un immense soutien émotionnel de mes abonnés", explique cette femme aux yeux verts qui, avant, dansait beaucoup ("Swing, lindy hop et boogie-woogie").

Sa première "saison" de chimio et radiothérapie est terminée. Pas de rémission. Khelga Pirogova attend de nouveaux examens et "cohabite" avec son cancer.

- "Magie" -

Avec un regard entendu, l'opposante confie qu'elle aurait préféré qu'un "individu" coupable de "la mort d'autres personnes" tombe malade à sa place.

Selon elle, sa lutte contre Vladimir Poutine et le cancer ont en commun leur "gravité" et le fait que vaincre "un dictateur", comme la maladie, nécessite "des soutiens extérieurs".

Elle poursuit une immunothérapie ciblée qui attaque directement les cellules cancéreuses: un traitement coûteux financé "par magie", s'enchante-t-elle, grâce à un appel aux dons ayant rassemblé 65.000 euros.

Son métier l'aide à tenir. Ce jour-là, elle aura assez de forces pour aller travailler au bureau de son organisation à Vilnius. Dehors, il fait très froid mais un grand soleil brille.

Beaucoup de Russes sont "dépolitisés", note Khelga Pirogova. Mais elle observe aussi, malgré la répression, une "nouvelle génération" de militants qui "cherchent à parler" et évoquer, notamment, les difficultés économiques causées par la guerre.

"Ils soulèvent des problèmes locaux, de façon extrêmement prudente, sans jamais contester le pouvoir au niveau fédéral."

Etant déclarée "agent de l'étranger" par Moscou -- un statut imposant de sévères contraintes sous peine de sanctions -- Khelga Pirogova ne mentionne pas publiquement l'identité de ces militants. Elle pourrait leur attirer des ennuis.

Alors quand elle entend dire que la Russie serait historiquement condamnée à la dictature, elle s'indigne, appelle à la modestie, et rappelle que de nombreux pays démocratiques ont connu la tyrannie.

La mission de son équipe, dit-elle, est de couper le maximum de "tentacules" de la pieuvre au Kremlin et, si des élections libres reviennent un jour, de faire en sorte que ses concitoyens "n'oublient pas de s'exprimer".

Khelga Pirogova veut vivre plus longtemps que Vladimir Poutine. "Une corruption d'une ampleur monstrueuse a imprégné tout le pouvoir. Cela fait peur, mais je suis curieuse de savoir comment on pourra la combattre, lorsque Poutine disparaîtra."

S.Yamamoto--JT