The Japan Times - RDC: un an après sa chute, Goma vit dans la peur

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RDC: un an après sa chute, Goma vit dans la peur
RDC: un an après sa chute, Goma vit dans la peur / Photo: Glody MURHABAZI - AFP/Archives

RDC: un an après sa chute, Goma vit dans la peur

Ils ont été pris sous un déluge de feu, puis murés dans le silence et la peur imposés par leurs nouveaux maîtres: un an après la chute de Goma, grande ville de l'est de la RDC, aux mains du groupe armé M23, ses habitants vivent dans la peur et n'ont "nulle part où aller".

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Le 26 janvier 2025, un million d'habitants se terraient dans les maisons quand l'armée congolaise et ses alliés ont abandonné la capitale de la province du Nord-Kivu. Des centaines de soldats rwandais, alliés du groupe armé antigouvernemental M23, venaient de passer la frontière et de pénétrer dans la cité lacustre, au prix de combats intenses qui ont fait des milliers de morts.

Ce jour-là, Janvier Kamundu, habitant de Goma, est réfugié dans sa maison avec sa femme et ses enfants. Les balles et les obus pleuvent.

"Subitement, j'ai entendu mon épouse crier. Elle est tombée, touchée par une balle perdue", raconte-t-il. Malgré les tirs, ses voisins lui viennent en aide et trouvent un véhicule pour emmener sa femme à l'hôpital, lui sauvant la vie.

Les hôpitaux de la ville sont débordés. Des montagnes de cadavres enveloppés dans des sacs blancs s'entassent dans les morgues. Ils sont incinérés nuit et jour, empestant les rues désertes envahies de matériel militaire abandonné.

- "Beaucoup de plaies" -

Comme nombre d'habitants de Goma, M. Kamundu et son épouse se disent marqués dans leur chair. "Elle se remet petit à petit, mais elle a reçu beaucoup de plaies au niveau du ventre, et quand ça lui fait mal, elle repense aux événements", confie le mari.

Dans les semaines qui suivent, une chape de plomb s'abat sur la ville. Tous les soirs après 18H00, les rues se vident. La joyeuse rumeur des bars où les Congolais trouvaient un peu de répit, dans une région marquée par plus de 30 années de conflits, laisse place à un pesant silence.

Des bandits évadés de la prison, des miliciens et certains militaires ayant échappé à la capture sèment la terreur dans les quartiers à la nuit tombée. Ils pénètrent dans les maisons pour braquer leurs habitants et n'hésitent pas à les assassiner sur place.

La police et les magistrats ont déserté la ville. Chaque soir, les habitants, livrés à eux-mêmes, restent terrés chez eux, écoutant les rafales d'armes automatiques qui résonnent dans l'obscurité.

Les patrouilles du M23 tirent à vue sur les présumés criminels ou ceux qui ont le malheur de s'attarder dans les rues.

Face à l'ampleur du phénomène, le groupe armé finit par prendre des mesures radicales: les quartiers de Goma sont méthodiquement bouclés à la recherche de criminels.

Fin mai, ils sont ainsi plusieurs centaines d'hommes assis dans la sombre caillasse volcanique qui recouvre les rues du village de Murambi, à la périphérie nord de la ville, encadrés par des combattants du M23.

Les chefs de quartier et les familles sont sommés de désigner ceux qu'ils reconnaissent comme d'honnêtes citoyens du quartier. Les autres sont interpellés.

- Torture et exécutions sommaires -

Les combattants du M23 arpentent également les rues et interpellent ceux qu'ils jugent suspects. Les habitants murmurent qu'il suffit de porter des vêtements sales ou une barbe mal rasée pour être victime de ces rafles et conduit au stade de la ville, devenu une prison à ciel ouvert.

A plusieurs reprises, le porte-parole du M23 y invite la presse pour constater le résultats de ces opérations. Les détenus sont séparés en groupes: présumés miliciens, policiers, militaires, bandits...

A l'entrée, des familles espèrent pouvoir faire libérer leurs proches. Une mère s'effondre en larmes, sans nouvelle de son fils.

Ceux qui ne peuvent être dédouanés par des témoignages jugés fiables finissent dans des lieux de détention secrets. Des rapports d'ONG dénoncent tortures et exécutions sommaires.

La méthode, radicale, finit néanmoins par produire des résultats: habitants et observateurs s'accordent désormais pour saluer le retour d'une relative sécurité dans les rues de Goma.

En l'absence d'une justice indépendante, des opposants ont aussi été victimes de la répression, certains ayant été accusés par le M23 de complicité avec les milices pro-Kinshasa.

En octobre, le groupe armé, qui clame sa volonté de renverser Kinshasa et mettre fin à la corruption, commence à désigner ses propres magistrats. Mais les observateurs ne se font guère d'illusion sur leur impartialité.

- "Formation idéologique" -

La plupart des représentants des organisations de la société civile et des défenseurs des droits humains avaient fui avant l'arrivée du M23, connu pour réduire au silence les voix dissidentes.

Civils et ex-combattants gouvernementaux sont recrutés de force par le groupe armé, qui présente 7.000 nouvelles recrues en septembre.

En parallèle, le M23 commence à imposer des taxes pour financer son effort de guerre, dans une ville déjà à genoux. Car depuis un an, les banques sont fermées sur ordre de Kinshasa pour éviter de financer la rébellion. L'aéroport est toujours inaccessible. Les échanges commerciaux entre la ville et les zones sous contrôle gouvernemental ont été réduits à peau de chagrin.

Les fonctionnaires ont été parmi les premiers à subir les effets de ces coupures.

"Nous étions ici environ 200 agents, une vingtaine sont partis travailler" en zone gouvernementale et "les autres sont ici sans rien faire", déplore Claude Mumbere, agent à l'urbanisme. Certains ont refusé de se soumettre à une "formation idéologique" dispensée par le M23, selon lui.

Le mari de Madeleine Mubuto, mère de trois enfants, a aussi perdu son travail. "On avait gardé à la maison une petite somme d'argent qui nous a aidés dans un premier temps, mais après une année tout est quasiment consommé", s'inquiète-t-elle.

Pour pallier la pénurie de cash, les francs rwandais circulent désormais sur les marchés de la ville.

"Beaucoup de gens se demandent combien de temps cette situation va durer", s'interroge Janvier Kamundu. En attendant, "on s'adapte parce qu'on n'a nulle part où aller".

K.Okada--JT