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Des affrontements localisés entre manifestants et forces de l'ordre ont fait trois morts jeudi en Iran, selon les médias locaux, les premiers depuis le début de cette mobilisation contre la vie chère.
Le mouvement est parti dimanche de la capitale Téhéran, où des commerçants ont fermé boutique pour protester contre l'hyperinflation, la dépréciation de la monnaie et le marasme économique, avant de gagner des universités et le reste du pays.
Jeudi, des heurts ont été signalés dans des villes moyennes de dizaines de milliers d'habitants.
A Lordegan (sud-ouest), deux civils ont été tués, écrit l'agence Fars.
Selon la même source, "des manifestants ont commencé à jeter des pierres sur les bâtiments administratifs, dont le gouvernorat, la mosquée, la mairie et des banques", et la police a fait usage de gaz lacrymogène.
Elle fait état "d'importants dégâts" et de l'arrestation de plusieurs personnes qualifiées de "meneurs".
Ces protestations ne sont toutefois pas comparables à ce stade avec le mouvement qui avait secoué l'Iran fin 2022, après la mort de Mahsa Amini, une jeune Iranienne arrêtée pour un voile prétendument mal ajusté.
- "En enfer" -
Plus tôt jeudi, un membre des forces de l'ordre avait été tué au cours d'affrontements cette fois à Kouhdasht (ouest).
Agé de 21 ans et membre du Bassidj, "il défendait l'ordre public", a précisé la télévision d'Etat, citant le gouverneur local, qui a fait état de "jets de pierres" et de 13 blessés parmi les policiers.
Les forces du Bassidj sont des milices de volontaires islamistes, affiliées aux Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique.
Le président Massoud Pezeshkian a sonné jeudi la mobilisation de son gouvernement: "d'un point de vue islamique (...), si nous ne résolvons pas le problème des moyens de subsistance des gens, nous finirons en enfer", a-t-il déclaré dans un discours retransmis à la télévision, en précisant que ce terme renvoyait à un châtiment religieux.
Mercredi déjà, un bâtiment gouvernemental avait été attaqué dans le sud de l'Iran à Fassa, alors que la quasi-totalité du pays avait été mis en congé, sur décision des autorités, qui ont invoqué le froid et des économies d'énergie.
Elles n'ont fait officiellement aucun lien avec les manifestations. L'Iran est au début d'un week-end prolongé qui s'achèvera dimanche.
- "Revendications légitimes" -
Le pouvoir a dès le début du conflit tenté de jouer l'apaisement, reconnaissant les "revendications légitimes" liées aux difficultés économiques. Et des médias iraniens parlent cette fois de manifestants alors qu'ils les avaient qualifiés d'émeutiers lors des précédents mouvements.
Mais la justice a mis en garde contre toute tentative d'instrumentalisation pour semer le chaos et promis la "fermeté".
"Toute tentative" visant à les transformer ce mouvement "en un outil d'insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en oeuvre de scénarios conçus à l'étranger sera inévitablement suivie d'une réponse (...) ferme", a prévenu le procureur général de la République islamique, Mohammad Movahedi-Azad.
Mercredi soir, l'agence de presse Tasnim a fait état de l'arrestation de sept personnes décrites comme affiliées aux "groupes hostiles à la République islamique basés aux Etats-Unis et l'Europe".
Tasnim a accusé ces personnes d'avoir pour "mission de transformer en violence les manifestations" dans le pays. L'agence n'a pas précisé quand ni où ces interpellations se sont produites.
La monnaie nationale, le rial, a perdu depuis un an plus d'un tiers de sa valeur face au dollar, tandis qu'une hyperinflation à deux chiffres fragilise déjà depuis des années le pouvoir d'achat des Iraniens, dans un pays asphyxié par des sanctions internationales liées au programme nucléaire iranien.
Le taux d'inflation était en décembre de 52% sur un an, selon le Centre de statistiques d'Iran, un organisme officiel.
S.Yamada--JT