The Japan Times - Guy Cuevas, l'ex-DJ "metteur en fête" des nuits parisiennes

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Guy Cuevas, l'ex-DJ "metteur en fête" des nuits parisiennes
Guy Cuevas, l'ex-DJ "metteur en fête" des nuits parisiennes / Photo: Sebastien SALOM-GOMIS - AFP/Archives

Guy Cuevas, l'ex-DJ "metteur en fête" des nuits parisiennes

Il fut, comme il le dit, "metteur en fête" des nuits parisiennes dans les années 70 et a fait danser Grace Jones ou Diana Ross: Guy Cuevas, exilé cubain devenu DJ vedette, aujourd'hui aveugle, publie ses mémoires.

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Rencontré par l'AFP pour la sortie jeudi d'"Avant que la nuit ne m'emporte" (Le Cherche Midi), le septuagénaire est toujours "extravagant, volubile, hyper-sensible", selon ses mots, comme à ses heures glorieuses derrière les platines.

Pendant l'interview, ses voisins l'entendront imiter, de sa voix tonitruante, Tom Waits, qui s'était produit en première partie de soirée au Palace, temple des bacchanales parisiennes. Guy Cuevas y exerçait comme DJ pour le reste de la nuit.

Il étouffera en revanche ses sanglots à l'évocation des années 2000, entre cécité et dépression, quand il songeait à enjamber le balcon d'un logement décati en région parisienne pour "rejoindre sa maman, ailleurs".

Sa vie a tout d'un film: à Cuba, l'adolescent découvre son attirance pour les hommes dans les années 60 et évite les rafles anti-homosexuels en raison de sa peau "cafe con leche" ("café au lait") car on le prend "pour un étranger". Fasciné par la Nouvelle Vague, il ne pense qu'à fuir à Paris.

- Castro, Barthes -

Lors d'un réveillon chez une amie, maîtresse de Fidel Castro, il saisit sa chance quand le "Lider Maximo" débarque à l'improviste. Du haut de ses 18 ans, il demande tout de go à Castro un permis de quitter l'île et rejoindre à Paris un cousin (bien réel mais qui ne l'aidera finalement pas).

"J'aurais pu finir en prison, mais, surpris, et parce que j'étais à côté de sa maîtresse, Castro s'est gratté la tête puis m'a donné un contact", se souvient-il, assis face à une photo de lui signée Jean-Paul Goude.

Il débarque à Paris en 1964, dans une France sans chômage. Il cumule les jobs alimentaires, passe l'aspirateur dans les grands magasins. Petite main dans une maison d'édition, il croise Roland Barthes, qui le prend en affection, lui obtient une bourse pour écrire un livre.

D'autres rencontres dans le monde de la fête, dont "un passeur de disques" -- on ne dit pas encore DJ -- qui devient son amant font basculer son destin.

De danseur extraverti au milieu des Parisiens timides, il passe derrière les platines dans le nightclub Le Nuage. Avec lui, on glisse de "la musique blanche" (les Beach Boys, par exemple) à la musique noire américaine, tel Barry White. "Barry White, ce n'est pas une voix qu'il avait, c'était un cas de divorce, comme me disait une amie", rigole-t-il.

- Saint Laurent, Kenzo -

Fabrice Emaer, bâtisseur de la nuit parisienne, le repère. Il devient le DJ star du Sept puis du Palace. Cuevas impose son style, mélangeant disco, opéra, entrecoupé de dialogues de films, du "Mépris" ou d'"Apocalypse Now".

Les fêtes sont démentes, le sexe surgit dans des endroits inattendus du Palace. Pour la drogue, Cuevas connaîtra "Corinne" (surnom de la cocaïne) mais repoussera "Hélène" (l'héroïne). Autour du dancefloor, Yves Saint Laurent ou Grace Jones. Il fera même danser Diana Ross.

Cette "parenthèse enchantée" se disloque dans les années 1980/90. Le monde de la nuit, déjà fissuré par le sida, plonge dans le cynisme commercial. Il n'est plus en cour, perd la vue et les amis de fête lui tournent le dos.

Il n'avait jamais songé à une couverture sociale: fauché, il échoue pendant 14 ans dans un hôtel borgne près d'un échangeur routier.

C'est le styliste Kenzo, vieil ami décédé en 2020, alerté par une connaissance commune, qui l'aide pour se reloger dignement à Paris il y a quelques années.

"Là, je profite, je sors mon livre, un disque ("Total Cuevas"), si ça pouvait durer encore un peu", conclut-il en joignant les mains.

pgr/may/abl

Y.Kimura--JT