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Les échantillons prélevés sur l'astéroïde Ryugu renferment l'ensemble des bases de l'ADN et l'ARN, suggérant que ces éléments clés de la vie, déjà détectés sur l'objet céleste Bennu, abondent dans le système solaire.
Ryugu fait partie des corps les plus primitifs du système solaire, renfermant des indices précieux sur les premières années de son histoire et sur les conditions qui régnaient à l'époque où la vie aurait pu se former sur notre planète.
En 2014, la sonde japonaise Hayabusa-2 est allée à sa rencontre à quelque 300 millions de kilomètres de la Terre et en a rapporté deux échantillons de 5,4 grammes.
Une première étude, publiée en 2023, y a révélé la présence d'uracile, une des quatre briques de base de l'ARN. Si l'ADN, avec sa double hélice, porte l'information génétique, l'ARN, constitué d'un seul ruban, est un messager permettant la mise en œuvre des instructions contenues dans l'ADN.
De nouvelles analyses menées par une équipe japonaise et dévoilées lundi dans Nature Astronomy montrent que les échantillons contiennent en fait l'ensemble des bases azotées constituant l'ARN et l'ADN: uracile, mais aussi adénine, guanine, cytosine et thymine.
La présence de ces bases "ne signifie pas que la vie a existé sur Ryugu ou son corps parent", l'astéroïde primitif dont il a été éjecté après une collision, explique à l'AFP Toshiki Koga, biogéochimiste à l'Agence japonaise pour les sciences et technologies marines et terrestres (Jamstec) et principal auteur de l'étude.
Elle "indique plutôt que les astéroïdes primitifs pouvaient produire et conserver des molécules importantes pour la chimie liée à l'origine de la vie", poursuit-il.
Sans exclure une apparition de ces molécules dans les océans primitifs ou même dans l'atmosphère de notre planète, leur présence "généralisée dans tout le système solaire", renforce "l'hypothèse selon laquelle les astéroïdes carbonés ont contribué à l'inventaire chimique prébiotique (antérieur à l'apparition de la vie, ndlr) de la Terre primitive", note l'étude.
Ces résultats ne sont "ni surprenants ni nouveaux, et c'est précisément là que réside leur intérêt", a réagi auprès de l'organisme Science Media Center César Menor Salvan, astrobiologiste à l'Université d'Alcalá (Espagne), pour qui les scientifiques ont désormais une "idée très claire des matériaux organiques pouvant se former dans des conditions prébiotiques n'importe où dans l'Univers".
- Voie de synthèse méconnue -
Car ce n'est pas la première fois que ces briques élémentaires de la vie sont retrouvées sur des matériaux d'origine extraterrestre.
L'année dernière, des études avaient déjà révélé leur présence dans des fragments de l'astéroïde Bennu, rapportés sur Terre par la Nasa.
Des scientifiques en ont également retrouvé sur les météorites carbonées Orgueil et Murchinson, des fragments d'astéroïdes tombés sur Terre.
M. Koga et ses collègues ont mené des études comparatives et découvert des différences importantes dans la proportion de chaque base azotée dans ces échantillons.
Ryugu contient des quantités comparables de bases puriques (adénine et guanine) et de bases pyrimidiques (cytosine, thymine et uracile), qui s'assemblent par paires pour former l'ADN.
La météorite Murchison est plus riche en bases puriques, tandis que Bennu et Orgueil le sont davantage en bases pyrimidiques.
Selon les auteurs, ces résultats reflètent probablement les "histoires chimiques et évolutives distinctes" de leurs corps parents respectifs.
Les chercheurs ont également mis en évidence l'existence d'une corrélation entre le ratio bases puriques/bases pyrimidiques et la concentration d'une autre molécule azotée, l'ammoniac.
"Aucun mécanisme de formation connu ne prédit une telle relation, ce qui pourrait indiquer une voie de synthèse encore méconnue pour la formation des bases nucléiques dans les matériaux du système solaire primitif", souligne M. Koga auprès de l'AFP.
Une découverte qui "a des implications majeures pour comprendre comment les molécules biologiquement importantes ont pu se former à l'origine et favoriser la genèse de la vie sur Terre", estime Morgan Cable, maître de conférences en sciences spatiales à l'Université Victoria de Wellington (Nouvelle-Zélande), dans une réaction à l'ONG Australian science media center.
K.Abe--JT