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L'allemand Isar Aerospace, pionnier européen des lancements orbitaux, teste mercredi sa fusée Spectrum, avec l'ambition de promouvoir la souveraineté spatiale européenne, un sujet prioritaire au regard des tensions avec les Etats-Unis et la Russie.
Sauf panne technique ou mauvaise météo, la fusée de 28 mètres, chargée pour la première fois de six satellites, décollera à 20H00 GMT depuis la base spatiale d'Andoya, en Norvège, au-delà du cercle polaire arctique.
Ce décollage sera le second, après un essai en mars qui a vu Spectrum voler pendant 30 secondes avant de retomber et d'exploser.
Isar, comme d'autres en Europe, veut suivre l'exemple d'Elon Musk et de SpaceX, qui ont révolutionné la mise sur orbite en en réduisant le coût. Le groupe allemand veut aussi s'imposer comme une alternative au français Arianespace, opérateur historique depuis la Guyane française.
Au-delà de l'aspect commercial, ce sont les tensions géopolitiques avec les Etats-Unis de Donald Trump qui dominent les esprits.
Entre surtaxes douanières, menace sur le Groenland et crainte d'abandon de l'Ukraine, l'Europe a tenté de bâtir une industrie souveraine dans des domaines clés comme la défense, l'espace ou l'intelligence artificielle.
- Sans l'espace, pas d'alerte -
D'autant que l'autre puissance spatiale historique, la Russie est perçue comme une menace stratégique terrestre et dans le cosmos.
Dans une récente rencontre avec des journalistes, le directeur général et cofondateur d'Isar, Daniel Metzler, a estimé que le secteur de la défense représentait en 2025 60% de l'intérêt exprimé par ses clients.
"Sans l'espace, il n'y a pas d'alerte antimissile, ni d'alerte tout court ", a-t-il souligné, "sans accès souverain à l'espace, il n'y a pas de capacité de défense souveraine".
Selon lui, le Vieux continent "s'est réveillé", confiant que des gouvernements le contactaient en raison de l'ambition de Donald Trump de conquérir le Groenland, territoire du Danemark, pourtant un allié membre de l'Otan.
Le lancement en mars de la fusée Spectrum, le premier depuis le continent européen (hors Russie), a permis, d'après M. Metzler, de simplifier la conception du lanceur. Quant au vol de mercredi, il essaye de ménager les attentes.
"Il s'agit vraiment de tester le système, d’essayer de le pousser aussi loin que possible ", a-t-il expliqué, ajoutant que la fusée atteindrait l'orbite "dans le meilleur des cas".
À titre de comparaison, SpaceX avait eu besoin de quatre lancements pour réussir. Et aujourd'hui, l'américain domine le secteur.
Des 330 lancements réalisés dans le monde en 2025, seuls huit ont été menés par l'Europe, plus de la moitié par des Américains. La Russie et la Chine se partageant l'essentiel du solde.
Les gouvernements européens présentent en tout cas leur indépendance spatiale comme une priorité dans un monde en fragmentation.
Le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius a annoncé à l'automne 2025 un programme de 35 milliards d'euros d'ici 2030 "pour développer une capacité de dissuasion et de défense" dans l'espace.
Le général allemand chargé des projets spatiaux, Armin Fleischmann, a lui dit au quotidien Handelsblatt que l'Allemagne vise la deuxième place mondiale, derrière les États-Unis, en matière de communications et de reconnaissance spatiales.
- Zéro pression -
Les États membres de l’Agence spatiale européenne ont, eux, promis fin 2025 plus de 900 millions d'euros pour le programme de développement de lanceurs European Launcher Challenge. Isar figure sur cette liste, tout comme un autre allemand, Rocket Factory Augsburg, le français MaiaSpace, le britannique Orbex et l'espagnol PLD Space.
L'espoir du directeur de l'Institut européen de politique spatiale, Hermann Ludwig Moeller, est donc que "dans quelques années, l'Europe sera capable d'opérer avec plusieurs fusées et depuis plusieurs sites".
Cela va exercer "une pression à la baisse sur les prix ", note-il, mais ces lancements sont essentiels "à un moment où la souveraineté est en jeu ", dit-il à l'AFP.
Daniel Metzler a parfaitement conscience de l'enjeu. "Beaucoup de regards seront tournés vers nous" pour le lancement de mercredi, admet le patron d'Isar.
Avant de glisser, plaisantin: "zéro pression".
M.Saito--JT