The Japan Times - En Ukraine, un salon de beauté aide les soldats traumatisés à renouer avec la normalité

EUR -
AED 4.295165
AFN 74.252998
ALL 95.669362
AMD 433.177117
ANG 2.093015
AOA 1073.470824
ARS 1628.616302
AUD 1.628333
AWG 2.104844
AZN 1.983656
BAM 1.957227
BBD 2.356078
BDT 143.532222
BGN 1.950608
BHD 0.441896
BIF 3479.424146
BMD 1.169358
BND 1.493783
BOB 8.08286
BRL 5.762481
BSD 1.169833
BTN 111.402769
BWP 15.897526
BYN 3.311659
BYR 22919.412959
BZD 2.352676
CAD 1.592607
CDF 2707.063667
CHF 0.915286
CLF 0.026898
CLP 1058.61512
CNY 7.987123
CNH 7.983738
COP 4343.696499
CRC 532.179012
CUC 1.169358
CUP 30.987982
CVE 110.650435
CZK 24.380289
DJF 207.817935
DKK 7.472549
DOP 69.682762
DZD 154.857156
EGP 62.6975
ERN 17.540367
ETB 183.939159
FJD 2.567851
FKP 0.86399
GBP 0.863512
GEL 3.139759
GGP 0.86399
GHS 13.109123
GIP 0.86399
GMD 85.362938
GNF 10261.114696
GTQ 8.929359
GYD 244.737439
HKD 9.163146
HNL 31.095678
HRK 7.533358
HTG 153.099035
HUF 361.775864
IDR 20346.299579
ILS 3.43744
IMP 0.86399
INR 111.217329
IQD 1532.391353
IRR 1538874.869857
ISK 143.210976
JEP 0.86399
JMD 184.082676
JOD 0.829036
JPY 184.598916
KES 151.022297
KGS 102.225843
KHR 4692.083792
KMF 491.719704
KPW 1052.425758
KRW 1718.025101
KWD 0.360244
KYD 0.974807
KZT 543.5741
LAK 25696.637284
LBP 104715.991157
LKR 374.336598
LRD 214.635059
LSL 19.492736
LTL 3.452809
LVL 0.707333
LYD 7.407912
MAD 10.800481
MDL 20.190639
MGA 4872.532668
MKD 61.633552
MMK 2455.308347
MNT 4184.672079
MOP 9.442446
MRU 46.709266
MUR 54.901173
MVR 18.072383
MWK 2037.020948
MXN 20.320401
MYR 4.633575
MZN 74.707248
NAD 19.493699
NGN 1600.546616
NIO 43.05066
NOK 10.831644
NPR 178.244993
NZD 1.985809
OMR 0.449611
PAB 1.169848
PEN 4.101121
PGK 5.08671
PHP 71.845175
PKR 325.989266
PLN 4.247353
PYG 7088.13902
QAR 4.2757
RON 5.239073
RSD 117.385968
RUB 88.27924
RWF 1710.440098
SAR 4.387925
SBD 9.385112
SCR 16.08425
SDG 702.193463
SEK 10.848146
SGD 1.49151
SHP 0.873044
SLE 28.825025
SLL 24520.843989
SOS 668.584735
SRD 43.823999
STD 24203.34562
STN 24.517461
SVC 10.235289
SYP 129.249966
SZL 19.493069
THB 38.061897
TJS 10.93763
TMT 4.098599
TND 3.410487
TOP 2.815533
TRY 52.903382
TTD 7.929647
TWD 36.914321
TZS 3043.235488
UAH 51.408772
UGX 4416.145131
USD 1.169358
UYU 47.104353
UZS 14078.026219
VES 571.74902
VND 30781.005476
VUV 138.597583
WST 3.175895
XAF 656.432925
XAG 0.016057
XAU 0.000257
XCD 3.160248
XCG 2.108229
XDR 0.815785
XOF 656.432925
XPF 119.331742
YER 279.038007
ZAR 19.481571
ZMK 10525.62207
ZMW 22.080008
ZWL 376.532736
  • AEX

    9.5500

    1014.5

    +0.95%

  • BEL20

    87.7800

    5440.14

    +1.64%

  • PX1

    86.1400

    8062.31

    +1.08%

  • ISEQ

    -183.8600

    12409.08

    -1.46%

  • OSEBX

    3.6500

    2033.72

    +0.18%

  • PSI20

    -3.6700

    9164.62

    -0.04%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    20.6800

    3997.2

    +0.52%

  • N150

    27.8300

    4182.24

    +0.67%

En Ukraine, un salon de beauté aide les soldats traumatisés à renouer avec la normalité
En Ukraine, un salon de beauté aide les soldats traumatisés à renouer avec la normalité / Photo: Roman PILIPEY - AFP

En Ukraine, un salon de beauté aide les soldats traumatisés à renouer avec la normalité

Quand la tondeuse parcourt la tête grisonnante d'Igor, il ferme les yeux, détendu. Il y a quelques mois encore, le bourdonnement de l'appareil était pourtant synonyme de passage à tabac par des matons russes.

Taille du texte:

Soldat du bataillon ukrainien Kraken, Igor Chychko, 41 ans, avait été capturé le 22 mai 2022, trois mois après le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, pour n'être libéré que deux ans plus tard, en mai 2024, dans le cadre d'un échange de prisonniers.

Si la vue du rasoir rappelle à Igor sa détention, c'est que "chaque semaine, nous avions 10 minutes pour tondre les 15 personnes de notre cellule de 25m2".

Pour une tête mal rasée, les matons leur infligeaient des électrocutions ou des coups sur les mollets, raconte-t-il, lors d'une rencontre avec l'AFP le 29 août.

Parmi les 3.672 détenus ukrainiens libérés, nombreux sont ceux qui, comme Igor, souffrent de troubles de stress post-traumatique.

Selon un rapport des Nations-unies de mars 2024, la pratique de la torture et des mauvais traitements infligés en Russie aux prisonniers de guerre est "généralisée et systématique", entrainant des séquelles psychologiques et physiques.

Mais là, assis dans un fauteuil de coiffeur, Igor sourit, profitant d'un rare moment de détente durant lequel il va oublier les "flashs" des sévices subis.

Une parenthèse qu'il doit à un salon de beauté qu'organise chaque semaine le Centre de santé mentale Lissova Poliana (La Clairière) où il a été placé en convalescence durant l'été.

Ici, des soldats brisés combattent le traumatisme qui les ronge.

Cet ancien sanatorium soviétique de Kiev transformé en clinique traite une centaine de patients grâce à des ateliers de relaxation et de suivi psychologique. Une goutte d'eau, alors que 9,6 millions d'Ukrainiens sont en situation de traumatisme psychologique, selon l'OMS.

- "Je suis gris" -

Ciseaux en main et sourire contagieux, Ioulia Pouzanska ne compte plus les têtes qu'elle a coiffées, abîmées de l'intérieur par la mort trop longtemps côtoyée ou les tortures endurées. Pour elle, les soldats ne viennent pas "seulement pour la coupe de cheveux", mais surtout pour réintégrer "la normalité qui leur échappe".

"Se faire coiffer, c'est se rendre compte qu'on est toujours le même", raconte la visagiste de 33 ans.

"C'est un petit pas qui les rapproche de la vie d'avant" les traumatismes.

"Beaucoup d'entre eux ne parlent plus ou ne veulent pas parler", explique Ioulia à propos des patients nouvellement arrivés, "ils ont peur de ce monde".

En captivité, Igor a perdu 45 kilos, l'ouïe et ses cheveux sont devenus plus sel que poivre. Il a surtout perdu la fibre sociale et doit réapprendre la vie en famille, se "réhabituer aux autres", dit-il sombre.

"Je suis devenu plus gris, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur".

La faute aux sévices infligés par ses geôliers qui lui matraquait l'esprit avec la grandeur de la "Russie éternelle", prédisait l'annexion de la Pologne par Moscou ou voulait voir la France en "colonie russe", poursuit l'ex-prisonnier.

Si Igor les contredisait, il prenait, nu, une pluie de coups de matraques.

"Cette coupe va bien avec la forme de votre tête", lance Ioulia guillerette, tranchant avec la lourdeur de l'ambiance.

Entre ses mains, Igor se réhabitue au contact physique, à sentir les doigts sur sa tête et sur sa nuque: "des bonnes ondes", dit-il, "j'apprends à discuter".

Igor confie devoir réapprendre la normalité: "J'avais même oublié comment brancher un chargeur de téléphone".

- "Je dois survivre" -

Alors que la file de patients s'allonge pour passer entre les doigts magiques de Ioulia, l'ambiance monacale s'allège et les conversations se font plus vives.

Au milieu des barbes bourrues, les yeux sont fermés et apaisés malgré les néons blafards du hall et la techno crachée par des baffles bon marché.

"Dans la tranchée, on est des animaux, ici, on redevient des hommes", lance à l'AFP un des soldats traités à Lissova Poliana.

"Ils nous parlent de leur vie, car ils n’ont personne à qui le dire", explique Ioulia, "parfois certaines choses sont horribles."

Après la séance, sourires gênés, les soldats défilent pour offrir aux coiffeurs du café ou des gâteaux subtilisés à la cantine du Centre. Autant d'offrandes qui remplacent les mots bloqués dans les gorges, selon Ioulia. "Pour eux qui ont connu la faim au front, la nourriture a une grande valeur."

Si elle se considère un peu "psychologue", la jeune femme reconnaît pleinement ses limites, comme lorsqu’elle se souvient d'un jeune homme de 21 ans aux yeux éteints.

"Quand je lui ai demandé ce qu'il comptait faire après la guerre, il est resté silencieux et m'a juste répété +je dois survivre+".

La plupart des soldats que l'AFP a rencontré au salon de coiffure seront traités quelques semaines avant de repartir au front.

Y.Kato--JT