The Japan Times - Tour 1985: de Plumelec aux Champs, la 5e de Bernard Hinault, la der' d'un Français

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Tour 1985: de Plumelec aux Champs, la 5e de Bernard Hinault, la der' d'un Français
Tour 1985: de Plumelec aux Champs, la 5e de Bernard Hinault, la der' d'un Français / Photo: -/stf - AFP/Archives

Tour 1985: de Plumelec aux Champs, la 5e de Bernard Hinault, la der' d'un Français

Sur le podium, au côté du maire de Paris Jacques Chirac, il est tout sourire le Blaireau, maillot jaune sur le dos. En ce 21 juillet 1985, Bernard Hinault remporte son cinquième Tour de France, le dernier d'un Français.

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En ce milieu des années 80, même si "l'internationalisation" du vélo est en marche - pour preuve la deuxième place de l'Américain Greg LeMond -, le cyclisme français a encore le vent dans le dos. Hinault, qui devient à cette occasion l'égal de Jacques Anquetil et du Belge Eddy Merckx avec cinq succès, succède au palmarès à Laurent Fignon, vainqueur en 1983 et 1984.

Le Parisien a certes déclaré forfait pour cette édition 1985 qui s'élance de Bretagne le 28 juin. Mais, à 24 ans, le leader de l'équipe Renault incarne encore l'avenir.

Bernard Hinault, lui, revient de loin.

- Coureur du passé? -

Parti fâché et blessé un an et demi plus tôt de la formation de Cyrille Guimard, le Breton a sollicité un homme d'affaires ambitieux, Bernard Tapie, pour fonder sa propre équipe, La Vie Claire. Et sa saison 1984, la première après une délicate opération d'un genou, n'a pas totalement convaincu.

A 30 ans, le Blaireau est-il déjà un coureur du passé sur les Grands Tours?, s'interrogent les plus sceptiques.

Au moment du départ de la Grande boucle 1985, Bernard Hinault s'est déjà chargé de les faire taire. Après un début d'année plutôt laborieux, il a magistralement gagné un troisième Giro. Et la concurrence sur le Tour est loin de l'effrayer.

"Il n'y a aucun autre coureur qui sache suffisamment grimper, sprinter et rouler", tonne-t-il à la veille du prologue tracé à Plumelec, où le Breton joint les actes à la parole en matant la concurrence - seuls l'Irlandais Stephen Roche, l'Australien Phil Anderson et son équipier Greg LeMond limitent le casse. "C'est peut-être un de mes plus beaux succès dans la mesure où il a été obtenu devant mon public", savoure Hinault.

Les étapes suivantes, qui voient le Français céder son maillot jaune au jeu des bonifications, confirment l'impression d'une mainmise de La Vie Claire. Au soir de la 4e étape, le maillot jaune revient même dans l'équipe, sur les épaules du Danois Kim Andersen.

- Coup de massue à Strasbourg -

La 8e étape, un contre-la-montre de 75 km jusqu'à Strasbourg, est l'occasion d'un coup de massue: impérial, Hinault met tous ses rivaux à plus de deux minutes et récupère le maillot jaune.

Pour ne plus le lâcher?

La 11e étape, dans les Alpes, voit les grimpeurs hisser à leur tour le drapeau blanc, seul le Colombien Lucho Herrera parvenant à suivre le Blaireau qui, grand seigneur, lui laisse la victoire à Avoriaz.

A mi-parcours, l'affaire semble donc entendue: LeMond est à cinq minutes, les Irlandais Stephen Roche et Sean Kelly à plus de six. Certes, à Villard-de-Lans, le Breton a dû céder contre la montre face au rouleur belge Eric Vanderaerden, mais la faute en revient à un vent capricieux ayant pénalisé les derniers partants.

Lors de l'unique jour de repos, Hinault peut y aller de quelques coups de menton: "Jusqu'à présent, cela n'a pas été trop difficile. Je m'attendais à gagner le Tour, mais je ne prévoyais pas de le dominer de cette manière."

Une fois n'est pas coutume, le Blaireau perd une occasion de se taire, car la seconde partie du Tour va être une tout autre affaire.

- Sang à Saint-Etienne, sueur à Luz-Ardiden -

Dès le lendemain, à Saint-Etienne (14e étape), il est pris dans une chute dans le dernier kilomètre et franchit la ligne mâchoire serrée et maillot jaune ensanglanté. S'il est crédité du même temps que ses adversaires, le Breton souffre d'une fracture du nez.

Lors de l'étape du lendemain, le 14 juillet jusqu'à Aurillac, il se rassure. Mais Hinault tombe malade au moment d'aborder les Pyrénées trois jours plus tard. En difficulté dans le Tourmalet, il serre les dents derrière son équipier Niki Ruttimann. A Luz-Ardiden, l'addition est salée: 18e à plus de quatre minutes de Pedro Delgado, il voit LeMond revenir à environ deux minutes au général.

De son équipier américain, 3e du Giro, il a beaucoup été question avant et pendant ce Tour, et Hinault a cadré les débats. A 24 ans, LeMond est encore en apprentissage. L'an prochain, en revanche, Hinault l'a promis, il sera "à son service".

Mais avec son look et son accent, LeMond est une attraction médiatique et la caravane chuchote: "L'élève peut-il déjà dépasser le maître?"

Le Blaireau peste contre sa bronchite mais s'accroche dans l'Aubisque, où Roche s'impose en solitaire tandis que le Français ne cède qu'une poignée de secondes sur LeMond.

La plaine est de retour, et Hinault sur une voie royale... qui donnera toutefois lieu à un ultime crime de lèse-majesté.

A la veille des Champs-Elysées, le dernier chrono à Vassivière confirme la tendance: LeMond termine mieux. L'Américain remporte sa première étape sur le Tour, juste devant son leader, peu loquace mais officiellement beau joueur. "Je suis aussi content que si c'était ma propre victoire", assure-t-il. Déjà, le scénario du Tour 1986 s'esquisse.

Y.Ishikawa--JT