The Japan Times - Pour la Corée du Sud, une autre menace venue du nord: le paludisme

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Pour la Corée du Sud, une autre menace venue du nord: le paludisme
Pour la Corée du Sud, une autre menace venue du nord: le paludisme / Photo: ANTHONY WALLACE - AFP

Pour la Corée du Sud, une autre menace venue du nord: le paludisme

Juste au sud de la frontière intercoréenne lourdement fortifiée, un dispositif de surveillance fonctionne 24 heures sur 24. Pas pour détecter des missiles ou des mouvements de troupes, mais pour attraper les moustiques porteurs du paludisme venus du nord.

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Malgré son système de santé hautement avancé et plusieurs décennies d'efforts, la Corée du Sud n'a jamais réussi à se faire certifier exempte du paludisme par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Et ce à cause des moustiques qui prolifèrent à sa frontière avec la Corée du Nord.

Séoul a lancé cette année la première alerte nationale à la malaria de son histoire. Selon les scientifiques, le changement climatique, qui entraîne des printemps plus chauds et davantage de pluies, amènera dans la péninsule plus de moustiques porteurs de malaria si les deux Corées ne coopèrent pas contre ce fléau.

Le coeur du problème est la zone démilitarisée (DMZ) large de quatre kilomètres qui court le long des 250 km de frontière. Une zone-tampon instituée à la fin du conflit coréen en 1953 pour séparer les deux pays toujours officiellement en guerre.

Densément boisée et marécageuse, infestée de champs de mines, la DMZ est quasiment vierge de toute activité humaine depuis plus de 70 ans.

Elle est devenue un sanctuaire pour la faune sauvage -oiseaux migrateurs, cervidés, reptiles et même ours noirs d'Asie- mais aussi un paradis pour les moustiques, lesquels ont un rayon d'action de jusqu'à 12 km.

La DMZ est peuplée "de nombreux animaux sauvages servant de sources de sang aux moustiques", qui y disposent en plus de vastes étendues d'eau stagnante pour pondre leurs oeufs, explique Kim Hyun-woo, scientifique à l'Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies.

En 1993, la Corée du Sud pensait avoir éradiqué la malaria, aucun cas local n'ayant été signalé depuis une dizaine d'années. Mais cette année-là, un soldat servant le long de la DMZ était infecté. Depuis, la maladie progresse. Un total de 747 cas ont été dénombrés en 2023, contre 420 en 2022.

- "République de maladies" -

"La DMZ n'est pas une zone où l'on peut lutter efficacement contre les nuisibles", explique à l'AFP Kim Dong-gun, professeur de biologie environnementale à l'université Sahmyook de Séoul.

Plus la population de moustiques augmente, et plus les soldats dans la zone frontalière se font piquer, "ce qui entraîne l'apparition continue de cas de paludisme dans la région", ajoute-t-il.

Séoul a installé 76 détecteurs de moustiques à travers le pays, principalement près de la DMZ. Depuis l'un d'eux, visité par des journalistes de l'AFP dans la municipalité frontalière de Paju, on aperçoit le drapeau nord-coréen flotter au loin.

En Corée du Nord, environ 4.500 cas ont été recensés par l'OMS entre 2021 et 2022.

"La Corée du Nord est une république de maladies infectieuses", déclare à l'AFP Choi Jung-hun, un médecin nord-coréen ayant fait défection en Corée du Sud en 2011. Il raconte avoir, au cours de sa carrière dans le nord, soigné de nombreux malades du paludisme, dont une militaire qui avait été basée près de la DMZ.

Selon le Dr Choi, le manque d'équipements médicaux modernes empêche un diagnostic précoce et précis du paludisme, la malnutrition et les mauvaises conditions d'hygiène rendent la population vulnérable, et le nombre de cas pourrait exploser après les inondations qui ont frappé le nord du pays cet été.

- Toilettes communes obsolètes -

"La Corée du Nord continue de s'appuyer sur un système de toilettes extérieures communes obsolètes. Par conséquent, en cas d'inondation, les eaux fécales débordent et toutes sortes de maladies infectieuses se propagent à toute vitesse", explique le Dr Choi.

Au cours des dix dernières années, 90% des Sud-Coréens atteints de paludisme ont été infectés près de la DMZ, selon des chiffres officiels.

Shin Seo-a, 36 ans, a attrapé la malaria en 2022 sans se souvenir de la moindre piqûre de moustique.

"J'avais l'impression qu'on me faisait frire dans une poêle vraiment chaude", se souvient-elle, évoquant des douleurs insupportables et une fièvre élevée. "J'ai même supplié une infirmière de m'assommer".

Le paludisme dans la Péninsule coréenne est causé par le parasite Plasmodium Vivax, réputé moins mortel que le Plasmodium Falciparum répandu en Afrique.

Mais après la malaria, Mme Shin a tout de même contracté une mycobactérie non-tuberculeuse, une infection pulmonaire qui frappe typiquement les individus au système immunitaire affaibli.

"La malaria est vraiment une maladie terrifiante", dit-elle, en espérant que des efforts seront faits pour l'éliminer de son pays.

Mais alors que la Corée du Nord a déclaré que le sud était son "principal ennemi", qu'elle a coupé tout contact avec Séoul et rejeté à plusieurs reprises des offres d'aide humanitaire étrangère, la perspective d'une coopération pour éradiquer le paludisme semble bien lointaine.

S.Yamamoto--JT