The Japan Times - Ukraine : 24 heures dans l'hôpital de Dnipro, au rythme ordinaire de la guerre

EUR -
AED 4.190105
AFN 75.872425
ALL 93.736217
AMD 418.599954
AOA 1046.812979
ARS 1691.481841
AUD 1.631582
AWG 2.053693
AZN 1.949017
BAM 1.956556
BBD 2.297688
BDT 140.804403
BHD 0.430266
BIF 3407.016379
BMD 1.140941
BND 1.473269
BOB 12.405793
BRL 5.787883
BSD 1.140841
BTN 110.227589
BWP 15.546007
BYN 3.288471
BYR 22362.440244
BZD 2.294386
CAD 1.607779
CDF 2576.812762
CHF 0.929522
CLF 0.027149
CLP 1068.399932
CNY 7.719663
CNH 7.730387
COP 3673.487186
CRC 517.599987
CUC 1.140941
CUP 30.234932
CVE 110.30762
CZK 24.177392
DJF 202.767957
DKK 7.475638
DOP 66.405657
DZD 151.984782
EGP 58.531742
ERN 17.114112
ETB 184.131744
FJD 2.534942
FKP 0.853206
GBP 0.853253
GEL 2.989116
GGP 0.853206
GHS 13.250119
GIP 0.853206
GMD 83.288459
GNF 10009.867543
GTQ 8.702362
GYD 238.672217
HKD 8.946562
HNL 30.550804
HRK 7.533747
HTG 149.15763
HUF 363.920763
IDR 20426.491846
ILS 3.489853
IMP 0.853206
INR 110.148024
IQD 1494.477426
IRR 1568993.304025
ISK 143.393535
JEP 0.853206
JMD 181.059957
JOD 0.808917
JPY 186.148491
KES 147.740195
KGS 99.774761
KHR 4608.780709
KMF 492.886706
KRW 1686.208802
KWD 0.353589
KYD 0.950667
KZT 533.356074
LAK 25805.970731
LBP 102158.971472
LKR 383.678243
LRD 206.489782
LSL 18.801064
LTL 3.368902
LVL 0.690143
LYD 7.320829
MAD 10.710138
MDL 20.060751
MGA 4867.880818
MKD 61.603802
MMK 2395.231975
MNT 4094.849611
MOP 9.21306
MRU 45.574609
MUR 53.954958
MVR 17.62715
MWK 1978.164309
MXN 19.860117
MYR 4.662912
MZN 72.914803
NAD 18.801064
NGN 1567.56146
NIO 41.986222
NOK 10.960602
NPR 176.364142
NZD 1.962075
OMR 0.438683
PAB 1.140841
PEN 3.881
PGK 5.103972
PHP 70.523266
PKR 316.943658
PLN 4.330515
PYG 6914.671643
QAR 4.159007
RON 5.23623
RSD 117.408526
RUB 88.966005
RWF 1678.648585
SAR 4.2929
SBD 9.212714
SCR 15.25461
SDG 685.139379
SEK 11.071017
SGD 1.473303
SLE 27.781445
SOS 651.951897
SRD 43.053969
STD 23615.171605
STN 24.50947
SVC 9.981857
SZL 18.783257
THB 38.529496
TJS 10.552477
TMT 3.993293
TND 3.377105
TRY 53.857684
TTD 7.740991
TWD 37.028664
TZS 3012.081465
UAH 51.086138
UGX 4266.648518
USD 1.140941
UYU 45.777687
UZS 13748.311977
VES 840.086713
VND 30022.146498
VUV 136.293635
WST 3.128426
XAF 656.210542
XAG 0.019024
XAU 0.000276
XCD 3.08345
XCG 2.055994
XDR 0.81608
XOF 656.210542
XPF 119.331742
YER 272.171532
ZAR 18.717117
ZMK 10269.83597
ZMW 20.962099
ZWL 367.382481
  • AEX

    4.0600

    1100.81

    +0.37%

  • BEL20

    44.6500

    5697

    +0.79%

  • PX1

    74.4300

    8437.89

    +0.89%

  • ISEQ

    -45.1800

    13646.55

    -0.33%

  • OSEBX

    31.1400

    2002.1

    +1.58%

  • PSI20

    106.3900

    9277.62

    +1.16%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -20.2700

    4386.73

    -0.46%

  • N150

    39.2300

    4257.46

    +0.93%

Ukraine : 24 heures dans l'hôpital de Dnipro, au rythme ordinaire de la guerre
Ukraine : 24 heures dans l'hôpital de Dnipro, au rythme ordinaire de la guerre / Photo: Genya SAVILOV - AFP/Archives

Ukraine : 24 heures dans l'hôpital de Dnipro, au rythme ordinaire de la guerre

Le chirurgien esquisse un signe de croix, puis incise l'amas de chair, d'os et de sang. Neuf heures, déjà trois amputations : l'hôpital central de Dnipro, dans le centre-est de l'Ukraine, s'éveille.

Taille du texte:

Sous la lame, un soldat de 27 ans, les deux jambes déchiquetées par un drone russe.

Dans le bloc, Serguiï Ryjenko et son aréopage de médecins observent en silence. "Je ne m'y ferai jamais", souffle l'une d'elles en s'éclipsant.

Depuis l'invasion russe de 2022, le directeur de l'hôpital Metchnikov voit défiler un flot de blessés évacués du sud et de l'est du pays, où les combats font rage.

En quatre ans de guerre, les balles ont progressivement laissé place aux drones, aux missiles et aux bombes planantes, qui "déchiquettent les corps, arrachent les membres" des soldats comme des civils, résume le docteur Ryjenko.

Alors, chaque matin, il arpente les coursives pour coordonner "entre 50 et 100 opérations".

Portes battantes. Dans le couloir, une femme au visage ensanglanté. Puis une chambre : un civil et trois militaires.

"On parlera de votre bravoure à votre commandant", murmure-t-il à l'oreille d'un visage criblé d'impacts.

Il est dix heures. La visite s'achève.

- Tête fracassée et nouveau né -

Pain noir, cerises mûres, "un café", puis "des membres coupés". Onze heures. Dans la salle de repos, l'odeur d'antiseptique se mêle à celle de l'ail.

Pour les infirmières Olga et Rouslana, l'humour noir accompagne ces "matinées qui commencent de manière un peu morbide".

Entre leurs doigts, 83 % des patients arrivent inanimés ou mutilés.

"La dernière frappe... l'un avait les entrailles dehors, il les tenait dans ses mains. L'autre avait la tête fracassée", raconte Rouslana Vorobiova, assise sur un lit d'appoint.

Elle s'y effondre parfois durant ses 24 heures de garde.

Quand elle dort, il lui arrive de rêver de son travail ou des explosions.

À plus de cent kilomètres de la ligne de front, Dnipro vit aussi sous la menace permanente des frappes russes.

Et dans les blocs, Rouslana voit les conséquences physiques de la guerre, "ça la rend plus terrifiante encore", lâche-t-elle.

Alors, lorsqu'elle quitte sa maison, ce sont ses enfants qui occupent ses pensées.

De l'autre côté de l'hôpital, une famille se prend en photo, un nouveau-né dans les bras. "Je peux le prendre ?", insiste l'enfant auprès de sa mère.

Treize heures. Un Ukrainien est né. Olga Fandeïeva, obstétricienne, sourit béatement devant la scène. Faute de personnel, elle part souvent aider le service de traumatologie.

"Après avoir vu tant de jeunes mutilés, tenir les petits pieds d'un bébé vous remet à zéro. C'est fou", dit-elle.

Comme elle, des soignants viennent se ressourcer à la maternité car ici, "vous comprenez pourquoi vous vivez et travaillez", assure Olga.

D'autres choisissent de s'éclipser dans l'arrière-cour, où civils et militaires se mêlent le temps d'une cigarette.

Sur le béton, un poème griffonné au feutre noir : "Quiconque a été ne serait-ce qu'une fois en enfer y laisse son âme ; il n'en reste que le sang et la chair."

- Nuit "calme" -

Le soleil baisse, les cafés se multiplient et les opérations s'enchaînent.

Dix-huit heures, les cernes gagnent Rouslana.

Dans la salle des infirmières, elle saisit un lourd registre du rebord d'une fenêtre : "1958. On dirait une date."

C'est pourtant le nombre d'opérations traumatologiques depuis le début de l'année. Un chiffre "ordinaire" pour un pays en guerre, dit-elle.

À l'hôpital Metchnikov, les patients polytraumatisés sont désormais la règle, certains devant subir une vingtaine d'opérations en moins d'une semaine.

L'établissement s'est spécialisé dans la chirurgie réparatrice d'urgence. La multiplication des blessures de drones attire des médecins occidentaux venus se former à des traumatismes encore rares ailleurs.

Rouslana referme le registre.

À l'accueil, des ambulanciers en gilet pare-balles transportent un homme au visage emmailloté, des éclats de drones dans la gorge, les yeux et le cerveau.

Selon le directeur de l'hôpital, la guerre en Ukraine laisse désormais "des plaies béantes à la place des visages".

Minuit approche. À l'accueil, le médecin de garde éteint les néons, "pour reposer les yeux".

Sur le comptoir, la réceptionniste s'endort. Quelques ronflements résonnent dans les couloirs. Juste le temps qu'apparaisse un nouveau blessé venu du front.

Un médecin le prend en charge, des traces de drap sur la joue, une traînée de sang sur le sabot.

Jusqu'au petit matin, une demi-douzaine d'ambulances vont défiler.

S'y ajoutent des habitants de Dnipro, victimes de crises d'angoisse, autre conséquence de la guerre.

Une nuit "calme", selon les soignants.

Huit heures, les coursives s'animent. L'équipe de jour arrive, Rouslana rentre chez elle.

Les chirurgiens enfilent leurs blouses. Le Dr Sergiï Ryjenko commence sa tournée matinale.

Dans un bloc opératoire de l'hôpital Metchnikov, une nouvelle journée commence.

T.Sasaki--JT