The Japan Times - Equateur: le "canal de la mort", décharge à cadavres à Guayaquil

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Equateur: le "canal de la mort", décharge à cadavres à Guayaquil
Equateur: le "canal de la mort", décharge à cadavres à Guayaquil / Photo: MARCOS PIN - AFP

Equateur: le "canal de la mort", décharge à cadavres à Guayaquil

Quand une personne disparaît en Equateur, sa famille contacte généralement police, hôpitaux et morgue. Mais à Guayaquil (ouest) ravagé par la violence criminelle, on cherche d'abord dans le "canal de la mort", où les cadavres sont balancés par centaines.

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Ce canal long de 45 kilomètres traverse Nueva Prosperina, considéré comme le district le plus violent du principal port commercial d'Equateur d'où part la cocaïne par centaines de tonnes vers l'Europe et les Etats-Unis.

Il avait été construit voilà une dizaine d'années pour l'irrigation agricole. Les riverains affirment que c'est depuis la pandémie et la hausse soudaine de la criminalité que le canal a commencé à se remplir de cadavres.

Un chemin de terre le longe, entre ordures, chiens errants et urubus, ces charognards noirs d'Amérique latine.

Ici ni éclairage, ni caméras de surveillance. Des hommes armés à moto contrôlent les accès, selon les habitants, qui dénoncent l'abandon des autorités. Les taxis rechignent à y entrer et les services essentiels manquent.

Depuis une colline, on voit des maisons sans fenêtres du quartier occupées par des groupes criminels.

"De là, ils nous mettent en joue avec des fusils", raconte sous couvert d'anonymat un policier qui a accompagné l'AFP jusqu'à ce repaire. "Rien ici ne se fait sans leur permission", affirme-t-il.

- "La mort nous rend visite" -

"On vit dans la peur, portes closes, impossible de les ouvrir car sinon la mort nous rend visite", décrit Juan Ordoñez, un habitant du quartier depuis 40 ans, qui raconte avoir vu des cadavres coincés dans les vannes à l'extrémité du canal.

Depuis 2023, la police médico-légale a retiré plus de 100 cadavres jetés dans le faible courant, certains dans des sacs en toile de jute ou dénudés.

En novembre, elle a aussi découvert dans la zone du Canal de la mort une fosse contenant neuf corps démembrés.

"C'est là qu'ils jettent les cadavres. Certains sont exécutés sur les rives en amont, puis sont entraînés par le courant", explique à l'AFP le lieutenant Christian Echeverria, de l'unité de police chargée d'enquêter sur les morts violentes.

Il dit ne plus savoir combien de cadavres il a vu sortir des eaux depuis trois ans qu'il est affecté à Guayaquil.

En 2025 en Equateur, selon les chiffres officiels, une personne était en moyenne assassinée chaque heure.

Georgina Bermeo, 38 ans, était immergée à plat ventre dans l'eau sale, lorsque ses proches ont trouvé son corps au mois de mai.

Avec son époux, José Cedeño, 43 ans, lui aussi retrouvé dans le canal, ils ont été victimes d'un vol avant d'être abattus.

"Le seul péché que nous ayons commis c'est d'être noirs", déclare par téléphone à l'AFP la sœur de Georgina Bermeo, qui préfère taire son nom d'épouse par peur de représailles.

Elle ne cherche pas à obtenir justice et porter plainte car, selon elle, "les policiers sont achetés par les délinquants".

- De mèche -

Jonathan Villon venait de servir le petit-déjeuner à ses trois enfants lorsqu'il a été arrêté lors d'une opération militaire à Guayaquil en 2024. Il est depuis porté disparu.

Dans son rapport sur l’Équateur publié en mars, le Comité des disparitions forcées (CED) du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme (HCDH), composé d'experts indépendants, a indiqué avoir recueilli depuis 2024 quelque 51 plaintes visant des policiers et militaires.

Elles se sont multipliées depuis l'Etat d'urgence quasi permanent décrété par le président de droite Daniel Noboa dans sa stratégie de lutte contre contre le crime organisé, soutenue par les États-Unis.

Le chauffeur du véhicule de transport de troupes qui ont arrêté Jonathan Villon a témoigné que M. Villon avait été abandonné vivant sur les rives du "canal de la mort".

La sœur de la victime, qui a demandé à ne pas être identifiée, a parcouru deux fois le canal tout du long.

Depuis qu'elle a dénoncé publiquement la disparition de son frère, l'accès au canal lui a été interdit. La dernière fois, elle a été chassée "par des tirs", affirme celle qui a également perdu son compagnon, assassiné l'année dernière.

Elle a reçu des menaces de mort et a décidé, avec sa mère, de fuir Guayaquil. "Les bandes criminelles travaillent avec les militaires", affirme-t-elle.

Les taux d'homicides restent désespérément hauts à Guayaquil, trois millions d'habitants, où plus de 900 assassinats ont été enregistrés entre janvier et mai, selon les chiffres officiels.

M.Saito--JT