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Le Kremlin, accusé par Washington d'être une menace pour le Groenland, est resté pour l'heure évasif sur les ambitions de Donald Trump, qui réitère bruyamment depuis trois semaines sa volonté de s'emparer de ce territoire autonome danois.
Mardi, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a déclaré que le Groenland n'était pas "une partie naturelle" du Danemark mais une "conquête coloniale".
A l'inverse, quatre jours plus tôt, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, avait lui affirmé que Moscou partait du principe que le Groenland était une "partie du Royaume du Danemark".
"La situation est inhabituelle et je dirais même extraordinaire du point du vue du droit international", avait ajouté M. Peskov, alors que le président Vladimir Poutine n'a lui pas réagi publiquement sur le sujet à ce stade.
Donald Trump a justifié sa volonté de prendre le contrôle du Groenland pour des raisons de "sécurité nationale" face la menace posée, selon lui, par les ambitions de la Russie et la Chine dans l'Arctique.
"Le Danemark ne peut pas protéger ce territoire contre la Russie ou la Chine", a assuré M. Trump dans une lettre adressée au Premier ministre norvégien.
Lundi, Dmitri Peskov a déclaré "ne pas commenter" les "projets" de la Russie concernant le Groenland, tandis que Sergueï Lavrov a démenti toute ambition russe de "conquérir" ce territoire.
Jeudi, la diplomatie russe s'était pour sa part dite sérieusement inquiète de l'annonce de l'envoi de troupes supplémentaires de l'Otan au Groenland, dénonçant une "militarisation accélérée du Nord" sous "le prétexte imaginaire d'une menace croissante de Moscou et de Pékin".
- "Désarroi complet" -
Si le Kremlin, attentiste, ne semble pas avoir encore défini clairement sa position officielle à l'égard des velléités de Trump au Groenland, la division entre les Européens et les Etats-Unis, avec l'avenir de l'Otan en arrière-plan, semble jouer en sa faveur.
"La rupture de l'unité entre l'Europe et les États-Unis est bien sûr positive du point de vue des intérêts russes, car elle rend difficile la mise en œuvre d'une politique anti-russe unifiée", souligne auprès de l'AFP l'expert Vassili Kachine, de l'École supérieure d'économie (HSE) de Moscou.
Selon lui, le fait que Washington envisage "d'annexer" un territoire d'un membre de l'UE et de l'Otan, le Danemark, et d'imposer des sanctions économiques contre plusieurs pays européens s'y opposant, alimente l'idée d'une reprise d'un dialogue entre les Européens et Moscou pour faire contre-poids.
Néanmoins, il n'est selon lui pas certain que cette divergence aura "des conséquences positives immédiates pour la politique russe, par exemple en Ukraine", mais c'est un "mouvement dans la bonne direction" pour Moscou, qui souhaite l'affaiblissement, voire "l'effondrement" de l'Otan selon M. Kachine.
Pour sa part, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré lundi que Trump "entrerait dans l'Histoire" s'il prenait le contrôle du Groenland, tout en refusant de dire si ce serait "bien ou mal".
Les médias pro-Kremlin se sont entre-temps délectés du différend. Le tabloïd Moskovski Komsomolets s'est réjoui dimanche de voir l'Europe plongée dans un "désarroi complet" face à cette crise.
En mars 2025, Vladimir Poutine avait déclaré que les "projets sérieux" de Trump concernant le Groenland avaient "des racines historiques anciennes".
S'il avait assuré que la question du Groenland ne concernait pas la Russie, il s'était dit "préoccupé par le fait que les pays de l'Otan considèrent de plus en plus le Grand Nord comme un tremplin pour d'éventuels conflits".
T.Ueda--JT