The Japan Times - Le Nil, de l'Egypte à l'Ouganda, chronique d'un assèchement annoncé

EUR -
AED 4.297278
AFN 74.292236
ALL 95.716382
AMD 433.389865
ANG 2.094044
AOA 1073.998061
ARS 1629.423594
AUD 1.62737
AWG 2.105879
AZN 1.99192
BAM 1.958189
BBD 2.357236
BDT 143.602767
BGN 1.951567
BHD 0.442118
BIF 3481.134249
BMD 1.169933
BND 1.494517
BOB 8.086833
BRL 5.769526
BSD 1.170408
BTN 111.457522
BWP 15.905339
BYN 3.313286
BYR 22930.677624
BZD 2.353832
CAD 1.593372
CDF 2708.393681
CHF 0.915671
CLF 0.026913
CLP 1059.209921
CNY 7.991048
CNH 7.988188
COP 4347.78517
CRC 532.440573
CUC 1.169933
CUP 31.003212
CVE 110.704868
CZK 24.388881
DJF 207.92036
DKK 7.47254
DOP 69.720855
DZD 154.93529
EGP 62.729868
ERN 17.548988
ETB 184.029563
FJD 2.567943
FKP 0.864414
GBP 0.863322
GEL 3.141309
GGP 0.864414
GHS 13.115101
GIP 0.864414
GMD 85.40504
GNF 10266.158158
GTQ 8.933748
GYD 244.857725
HKD 9.168352
HNL 31.110961
HRK 7.534715
HTG 153.174282
HUF 361.607371
IDR 20348.92901
ILS 3.439136
IMP 0.864414
INR 111.226541
IQD 1533.144508
IRR 1539631.212056
ISK 143.201928
JEP 0.864414
JMD 184.173151
JOD 0.829464
JPY 184.682625
KES 151.096115
KGS 102.276087
KHR 4694.391883
KMF 492.016789
KPW 1052.943015
KRW 1716.419906
KWD 0.360386
KYD 0.975286
KZT 543.841262
LAK 25709.267542
LBP 104767.458106
LKR 374.520581
LRD 214.740973
LSL 19.586364
LTL 3.454506
LVL 0.70768
LYD 7.424996
MAD 10.817099
MDL 20.200562
MGA 4874.92747
MKD 61.625915
MMK 2456.515107
MNT 4186.728804
MOP 9.447087
MRU 46.732223
MUR 54.928184
MVR 18.08129
MWK 2029.467649
MXN 20.321027
MYR 4.635855
MZN 74.770466
NAD 19.586699
NGN 1600.583006
NIO 43.071819
NOK 10.823022
NPR 178.332598
NZD 1.985475
OMR 0.44984
PAB 1.170423
PEN 4.103136
PGK 5.08921
PHP 71.856096
PKR 326.149487
PLN 4.247967
PYG 7091.62277
QAR 4.277801
RON 5.237322
RSD 117.389838
RUB 88.331824
RWF 1711.280762
SAR 4.390082
SBD 9.389724
SCR 16.35231
SDG 702.546521
SEK 10.83447
SGD 1.492016
SHP 0.873473
SLE 28.838674
SLL 24532.895741
SOS 668.913338
SRD 43.84558
STD 24215.241325
STN 24.529511
SVC 10.24032
SYP 129.313491
SZL 19.582895
THB 38.089479
TJS 10.943006
TMT 4.100614
TND 3.412163
TOP 2.816917
TRY 52.902483
TTD 7.933545
TWD 36.934186
TZS 3044.752832
UAH 51.434039
UGX 4418.315623
USD 1.169933
UYU 47.127504
UZS 14084.94543
VES 572.030029
VND 30796.134036
VUV 138.665702
WST 3.177456
XAF 656.755555
XAG 0.015995
XAU 0.000256
XCD 3.161801
XCG 2.109265
XDR 0.816185
XOF 656.755555
XPF 119.331742
YER 279.17512
ZAR 19.494294
ZMK 10530.825202
ZMW 22.09086
ZWL 376.717798
  • AEX

    9.5500

    1014.5

    +0.95%

  • BEL20

    87.7800

    5440.14

    +1.64%

  • PX1

    86.1400

    8062.31

    +1.08%

  • ISEQ

    -183.8600

    12409.08

    -1.46%

  • OSEBX

    3.6500

    2033.72

    +0.18%

  • PSI20

    -3.6700

    9164.62

    -0.04%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    20.6800

    3997.2

    +0.52%

  • N150

    27.8300

    4182.24

    +0.67%

Le Nil, de l'Egypte à l'Ouganda, chronique d'un assèchement annoncé
Le Nil, de l'Egypte à l'Ouganda, chronique d'un assèchement annoncé / Photo: BADRU KATUMBA - AFP

Le Nil, de l'Egypte à l'Ouganda, chronique d'un assèchement annoncé

Pour les Pharaons, il était la vie. Aujourd'hui, le Nil assure la survie de millions d'Africains. Mais avec le changement climatique, conjugué à son exploitation par l'homme, le compte à rebours a commencé pour le deuxième fleuve le plus long du monde.

Taille du texte:

Dans le delta où le Nil rejoint la mer, l'Egyptien Sayed Mohammed pourrait voir ses terres disparaître. A sa source en Ouganda, Christine Nalwadda Kalema craint de perdre l'électricité qui éclaire sa maison. Au Soudan, Mohammed Jomaa s'inquiète pour ses récoltes.

"Le Nil est ce que nous avons de plus précieux, il ne faut absolument pas qu'il change", se lamente cet agriculteur de 17 ans, dernière génération d'une famille de cultivateurs du village d'Alty, dans l'Etat d'al-Jazira, dans le centre du Soudan.

L'image du fleuve long de plus de 6.500 km, célébré comme un dieu aux temps pharaoniques avec ses felouques, ses papyrus et ses mythes, n'a déjà plus rien d'idyllique.

La transformation est en cours. En 50 ans son débit est passé de 3.000 m3 par seconde à 2.830 m3 - soit près de 100 fois moins que l'Amazone. Avec la baisse des précipitations et la multiplication des sécheresses annoncées en Afrique de l'Est, il pourrait diminuer de 70%, selon les pires prévisions de l'ONU.

Dans le delta, la Méditerranée a grignoté chaque année entre 35 et 75 mètres de terre depuis les années 60. Si elle monte d'un mètre seulement, elle engloutira 34% de cette région du nord de l'Egypte et neuf millions de personnes devront se déplacer. C'est le troisième endroit du globe le plus vulnérable au changement climatique.

Le lac Victoria, plus gros pourvoyeur d'eau du Nil hors précipitations, est menacé par le manque de pluie, l'évaporation et les lents changements d'inclinaison de l'axe de la Terre. Il pourrait disparaître un jour.

Ces prévisions aiguisent les appétits et les tentatives de capturer le débit du fleuve, et les barrages construits au fil des années n'ont fait qu'accélérer une catastrophe annoncée.

De la mer à la source, de l'Egypte à l'Ouganda, des équipes de l'AFP ont voulu rendre compte du dépérissement du Nil dont le bassin couvre 10% de la superficie de l'Afrique et constitue une ressource essentielle pour quelque 500 millions de personnes.

- Engloutie par la mer -

Vu du ciel, les promontoires de Damiette et de Rosette dans la Méditerranée ont disparu. Au sol, les vagues s'abattent violemment sur des terres agricoles qui inexorablement s'affaissent. Les barrières de béton censées les protéger sont à moitié recouvertes de sable et d'eau.

Dans le delta du Nil, la terre a été engloutie sur 3 km entre 1968 et 2009.

Le débit affaibli du fleuve ne peut plus repousser la Méditerranée, dont le niveau s'élève avec le réchauffement climatique (environ 15 cm au XXe siècle).

Et le limon, qui au fil des millénaires consolidait le terrain et faisait barrage naturel, n'arrive plus jusqu'à la mer.

Ces sédiments de terre et de débris organiques, normalement entraînés par les eaux et déposés sur le lit des fleuves, restent bloqués dans le sud de l'Egypte depuis la construction du barrage d'Assouan pour réguler les crues, dans les années 60.

Avant, "il y avait un équilibre naturel", explique à l'AFP le chef de l'Autorité de protection des côtes Ahmed Abdelqader. "A chaque crue, le Nil déposait du limon qui renflouait notamment les promontoires de Damiette et de Rosette. Mais cet équilibre a été perturbé par le barrage."

Si les températures augmentent encore, la Méditerranée avancera chaque année de 100 mètres dans le delta, selon l'agence de l'ONU pour l'Environnement (Pnue).

A 15 km de la côte à vol d'oiseau, le gros bourg agricole de Kafr Dawar, aux maisons de briquettes rouges, est encore préservé... en surface.

Sayed Mohammed, 73 ans et 14 enfants et petits-enfants à sa charge, y cultive maïs et riz au milieu de ses champs irrigués par des canaux de pierres de taille coincés entre le Nil et une route d'où résonnent les klaxons.

Mais le sel de la Méditerranée y a déjà pollué de nombreux hectares, affaiblissant les plants ou les tuant. Les agriculteurs le disent, les légumes n'ont plus la même qualité.

Pour compenser les effets de la salinisation des sols, il faut plus d'eau douce dans les champs et davantage pomper dans le Nil.

Depuis les années 1980, M. Mohammed et ses voisins utilisaient des pompes "friandes en diesel et en électricité qui coûtaient très cher". Les dépenses, raconte-t-il, étaient impossibles à couvrir pour la population de Kafr Dawar étranglée par l'inflation et les dévaluations.

Dans certains coins du delta, des champs ou des cultures ont été abandonnés.

Ces dernières années, le vieil homme, qui porte jellaba et calotte de laine, a pu bénéficier d'un programme d'irrigation à l'énergie solaire qui vise à augmenter la quantité d'eau douce et surtout à générer des revenus pour éviter l'exode rural.

Grâce aux plus de 400 panneaux financés par l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) dans ce bourg, il peut assurer chaque jour l'alimentation en eau de son demi hectare.

Avec le solaire, "les agriculteurs font des économies de 50%", assure à l'AFP Amr al-Daqaq, responsable provincial de l'Irrigation. En bonus, ils vendent l'électricité produites sur leurs terres à la compagnie nationale.

Aucun des descendants de Sayed Mohammed pourtant ne veut reprendre l'exploitation.

A terme, la Méditerranée pourrait avaler 100.000 hectares de terres agricoles dans le delta, situé à moins de dix mètres au-dessus du niveau de la mer, soit quasiment l'équivalent de la superficie de l'île de la Réunion, selon le Pnue.

Une catastrophe pour le nord de l'Egypte, d'où provient 30 à 40% de la production agricole nationale.

- Coupures de courant -

En Egypte, 97% des 104 millions d'habitants vivent le long du fleuve sur moins de 8% du territoire. La moitié des 45 millions de Soudanais vivent sur 15% du territoire le long du Nil qui assure 67% des ressources en eau du pays.

En 2050, la population de ces deux pays aura doublé. Ils auront aussi tous deux gagné deux à trois degrés et le Nil, lui, aura encore changé.

Les projections du groupe des experts climat de l'ONU (Giec) anticipent qu'avec le réchauffement, l'évaporation réduira son débit de 70% et la quantité d'eau disponible par habitant de 75% en 2100.

Les inondations et autres pluies diluviennes qui devraient s'abattre dans les décennies à venir sur l'Afrique de l'Est ne compenseront que 15 à 25% de ces pertes, assurent ces experts.

Or, dans les 10 pays qu'il traverse, le Nil assure cultures et énergie à des populations à l'entière merci des pluies et surtout de son débit.

Le Soudan, par exemple, tire plus de la moitié de son électricité de l'énergie hydroélectrique. En Ouganda, ce chiffre grimpe jusqu'à 80%.

C'est grâce au Nil que depuis 2016 Christine Nalwadda Kalema, mère célibataire de 42 ans, peut éclairer son épicerie et sa maisonnette d'un quartier pauvre du village de Namiyagi, près du lac Victoria, dans l'est de l'Ouganda.

Mais cette électricité qui a radicalement changé sa vie et celle de ses quatre enfants pourrait ne pas durer éternellement, s'inquiète Revocatus Twinomuhangi, coordinateur du Centre de l'Université Makerere sur le changement climatique.

"Si les pluies se raréfient, le niveau du lac Victoria et donc du Nil va baisser. Cela réduira la production hydroélectrique", prévient-il.

Déjà, poursuit l'expert, "ces cinq à dix dernières années, nous avons vu des sècheresses plus rapprochées et plus intenses, de fortes précipitations, des inondations et des températures de plus en plus chaudes".

Selon une étude réalisée en 2020 par six chercheurs d'universités américaines et britanniques se basant sur des données historiques et géologiques des 100.000 dernières années, le lac Victoria pourrait avoir disparu d'ici 500 ans.

Pour Mme Kalema, qui fait pousser dans son petit jardin des bananes, du café et du manioc pour nourrir sa famille, toutes ces données sur le changement climatique restent abstraites.

Ce qu'elle constate au quotidien, c'est que les coupures de courant sont déjà bien trop fréquentes.

"A cause des délestages, mon fils peine à faire ses devoirs: il doit tout finir avant la tombée de la nuit ou travailler à la bougie", raconte-t-elle drapée dans des vêtements en "kitenge", tissu bariolé prisé des tribus Baganda et Basoga. "Cela me coûte bien trop cher alors que je pourvois seule aux besoins de ma famille."

- Capturer le débit -

La vie sans électricité, c'est toujours le quotidien pour la moitié des 110 millions d'Ethiopiens, malgré une des croissances les plus rapides d'Afrique, et Addis Abeba compte sur son méga-barrage pour y remédier. Quitte à se brouiller avec ses voisins.

Le Grand barrage de la renaissance (Gerd), dont la construction a été lancée en 2011 sur le Nil Bleu - qui rejoint au Soudan le Nil Blanc pour former le Nil -, a un objectif annoncé à terme de 13 turbines pour une production de 5.000 MW. Depuis août, son réservoir contient 22 milliards de m3 d'eau sur les 74 milliards de sa pleine capacité.

Addis Abeba vante déjà le plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique: "Le Nil est un cadeau que Dieu nous a offert pour que les Ethiopiens l'utilisent", martèle le Premier ministre Abiy Ahmed.

Mais pour le Caire, c'est une source de tension qui remet en question un accord conclu en 1959 avec Khartoum, mais sans l'Ethiopie, qui accorde 66% du débit annuel du Nil à l'Egypte et en concède 22% au Soudan.

Pour protéger cet acquis, en 2013, des conseillers du président égyptien de l'époque, Mohamed Morsi, proposaient en direct à la télévision le bombardement pur et simple du barrage éthiopien.

Aujourd'hui, l'Egypte d'Abdel Fattah al-Sissi craint toujours une réduction drastique du débit du Nil en cas de remplissage trop rapide du Gerd. Mais le sujet provoque des débats au sein même de la communauté scientifique.

Des chercheurs s'accusent pour les uns d'exagérer les pertes hydriques de l'Egypte pour justifier une intervention musclée en Ethiopie, pour les autres de les minimiser et de "trahir" leur pays.

Dans leurs plantations, les agriculteurs égyptiens, eux, ont déjà vu les effets du super-barrage d'Assouan qui, comme les barrages hydroélectriques construits en Ethiopie, en Ouganda ou au Soudan, retient le limon, ce précieux engrais naturel.

- Privé de limon -

Dans les luxuriants champs verdoyants d'al-Jazira où il cultive concombres, aubergines et pommes de terre grâce à des canaux sortis du Nil qui crachent l'eau à gros bouillons, Omar Abdelhay en sait quelque chose.

Au fil des ans, le travail est devenu de plus en plus dur pour cet agriculteur soudanais de 35 ans dont la petite maison de terre battue donne directement sur le fleuve de couleur brunâtre.

Il y a huit ans, quand ce père de famille a commencé à cultiver les terres familiales, "il y avait du bon limon et le Nil nourrissait convenablement nos cultures", raconte-t-il.

Mais peu à peu, avec les barrages qui ne cessent de pousser en amont, "l'eau s'est éclaircie, elle n'a plus de limon et même lors des crues, elle n'en charrie plus", poursuit l'homme en jellaba grise.

Englué dans le marasme politique et économique, secoué par des coups d'Etat depuis des décennies ou des manifestations hostiles au pouvoir militaire, le Soudan peine à gérer ses ressources hydriques.

Chaque année, des pluies diluviennes s'y abattent, faisant encore cet été près de 150 morts et emportant des villages entiers, sans pour autant aider aux cultures, faute d'un système d'agriculture et de stockage ou de recyclage des eaux pluviales.

Aujourd'hui, la faim menace un tiers des habitants. Le pays a pourtant longtemps été un acteur majeur des marchés mondiaux du coton, de l'arachide ou de la gomme arabique.

Grâce aux petits canaux d'irrigation creusés à l'époque coloniale, un faible débit suffisait pour que l'eau s'engouffre et vienne nourrir ses terres fertiles. Le système, qui devait être développé avec le Grand plan d'irrigation d'al-Jazira, a fait long feu depuis longtemps.

Les champs cultivés sous la houlette de l'Etat dirigiste et clientéliste du dictateur Omar el-Béchir renversé en 2019 ne sont plus que jachère. A la place, les familles cultivent concombres ou poivrons sur de petites parcelles.

Comme le Soudan, les pays riverains du Nil - Burundi, République démocratique du Congo, Egypte, Ethiopie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Soudan du Sud et Tanzanie - sont tous en queue de peloton au classement ND-GAIN de la vulnérabilité au changement climatique.

Pour Callist Tindimugaya, du ministère ougandais de l'Eau et de l'Environnement, "l'impact du réchauffement va être énorme".

"Si nous avons des pluies rares mais drues, nous subirons des inondations, si nous avons de longues périodes sans pluie, alors nous aurons moins de ressources en eau."

Or, martèle le responsable, "on ne peut pas survivre sans eau".

T.Ueda--JT