The Japan Times - La biopsie au bout du fusil: en Antarctique, chasse au mercure chez les grands mammifères

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La biopsie au bout du fusil: en Antarctique, chasse au mercure chez les grands mammifères
La biopsie au bout du fusil: en Antarctique, chasse au mercure chez les grands mammifères / Photo: JUAN BARRETO - AFP

La biopsie au bout du fusil: en Antarctique, chasse au mercure chez les grands mammifères

Un coup de feu interrompt le sommeil paisible d'un phoque léopard, allongé nonchalamment sur un petit bout de glace de l'Antarctique. Le chercheur Diego Mojica abaisse son fusil.

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Le mammifère, l'un des plus grands prédateurs du "continent blanc" après l'orque (il n'y a pas d'ours polaire en Antarctique), sursaute du fait de l'impact de la biopsie à distance.

Une fois l'animal parti, le biologiste marin colombien descend de son petit bateau à moteur pour récupérer la petite pipette rouge dans laquelle sont enfermés quelques centimètres de peau du phoque.

Une équipe de l'AFP l'accompagne pour cette journée autour et sur l'île de Livingstone, dans l'archipel des Shetland du sud. M. Mojica confie son excitation car il est rare, explique-t-il, de pouvoir se retrouver à quelques mètres d'un léopard des mers, espèce habituellement solitaire et plutôt agressive se nourrissant de manchots.

Le chercheur de la fondation colombienne Malpelo (spécialisée dans la protection et l'étude de la faune marine) soupçonne que le mercure utilisé par l'homme à des milliers de kilomètres de là, dans des activités telles que l'exploitation minière artisanale et industrielle, pourrait avoir atteint les frontières de l'Antarctique et affecter les grands mammifères.

Ce métal lourd, nocif pour leur santé, a pu atteindre la mer avec le courant des fleuves ou parce qu'il s'est "volatilisé dans l'atmosphère et s'est ensuite retrouvé" dans les océans "par le biais des précipitations", explique M. Mojica, l'un des membres de l'équipage de la 10e expédition scientifique de la marine colombienne en Antarctique.

Les raisons de cette hypothèse ne manquent pas. Au cours de la dernière décennie, des scientifiques de l'université espagnole de Murcie ont trouvé du mercure dans les plumes de manchots à jugulaire sur l'île du Roi George, le point de l'Antarctique le plus proche des Amériques.

La pollution semble s'étendre vers le sud jusqu'à l'île Livingston et le détroit de Gerlache, un canal naturel, au large du continent blanc, qui regorge d'animaux sauvages et où travaille également M. Mojica.

- D'un maillon à l'autre -

Le partenariat global pour protéger des effets du mercure, initié par le Programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP), a averti que les mammifères marins, parce qu'ils sont "au sommet de la chaîne alimentaire, sont particulièrement sensibles à la contamination" par ce métal qui se transforme en liquide à température ambiante.

De temps à autre, M. Mojica quitte le pont de l'ARC Simon Bolivar, le navire de la marine colombienne qui emmène les chercheurs colombiens et autres en Antarctique, pour inspecter sur son zodiac des paradis de glace et de neige immaculée quasi inexplorés par l'homme.

Lors d'une de ces excursions, il se retrouve entouré de baleines à bosse. Lorsque les gigantesques cétacés sortent leur dos ou leur queue de l'eau, le chercheur sort à nouveau son fusil, en prenant soin de bien viser en raison de la forte ouleu fort mouvement provoqué par les vagues.

Cette fois-ci, les échantillons de peau et de graisse sont récupérés à l'aide d'un filet dans l'eau. Les baleines à bosse consomment de grandes quantités de krill, petit crustacés susceptibles d'être contaminés par le mercure.

Une fois analysés en Colombie mais également en France, ces fragments permettront de déterminer "si cette bio-accumulation (du métal) s'est effectivement transformée en un effet de bio-amplification, c'est-à-dire si ce mercure s'est transmis d'un maillon à l'autre" de la chaîne alimentaire, explique M. Mojica.

Selon l'UNEP, si un animal consomme du mercure, il peut souffrir "d'un échec de la reproduction, de changements comportementaux et peut même" en mourir.

En 2013, 140 pays ont signé la convention de Minamata sur la protection de la santé humaine et de l'environnement contre le mercure à Kumamoto, au Japon. Les signataires, dont plusieurs disposent de bases scientifiques en Antarctique, ont fixé l'échéance de 2032 pour mettre fin à l'utilisation du mercure dans l'exploitation minière.

"Nous voulons faire notre part du boulot pour pouvoir, dans la mesure du possible, proposer des mesures crédibles pour la conservation et la protection de ces mammifères emblématiques", plaide M. Mojica.

K.Yoshida--JT