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"Avant de perdre connaissance, j'ai vu les gens brûler et crier", raconte Zarina Guiyassova, l'une des survivantes de l'explosion d'une bonbonne de gaz au Kazakhstan. Un énième drame dans ce pays d'Asie centrale mal raccordé au gaz de ville.
"Je me suis réveillée à l'hôpital. J'étais comme une momie, entièrement bandée de la tête aux pieds. C'est indescriptible, les douleurs étaient insupportables", raconte à l'AFP la jeune femme de 32 ans, brûlée à 65%.
Ce soir de février, Zarina Guiyassova travaille en cuisine dans un restaurant de Chtchoutchinsk (nord) quand l'incendie provoqué par l'explosion d'une bonbonne tue douze personnes et en blesse grièvement une vingtaine d'autres.
Le restaurant, dont la carcasse calcinée est recouverte de plaques métalliques, a été scellé.
"Je ne sais pas si je pourrai bouger mes mains ou non, quand je pourrai reprendre le travail, quand je pourrai revivre normalement", dit cette mère célibataire de deux enfants.
Cette tragédie nationale, l'une des plus graves depuis l'indépendance du Kazakhstan, a relancé le débat sur les difficultés énergétiques du pays, pourtant producteur de gaz.
Dans cette ex-république soviétique, plus d'un tiers des quelque 20 millions de Kazakhs n'ont pas accès à un réseau sécurisé et centralisé de distribution de gaz.
Cette situation touche particulièrement le centre, l'est et le nord de cet immense pays grand comme cinq fois la France et riche en gaz naturel.
- "un certain degré de risque" -
"On utilise des bouteilles de gaz. Ce n'est pas très sûr", souligne Iaroslav Voronov, 34 ans, vendeur dans un magasin d'électroménager.
"Il y a eu des cas d'explosions, tout le monde a peur, mais il n'y a pas vraiment d'alternative. On n'a pas de réseau de gaz centralisé", résume-t-il.
Conséquence, des centaines de personnes ont été blessées et tuées dans des accidents liés à des bonbonnes de gaz ces dernières années au Kazakhstan.
Le matériel souvent hors d'âge augmente le risque d'explosion: selon les autorités, environ 350.000 bonbonnes fabriquées dans les années 1970-1980 sous l'Union soviétique étaient encore en circulation fin 2024.
Après le drame de Chtchoutchinsk, le gouvernement a ordonné de prendre d'urgence des mesures pour la production nationale de bonbonnes, un projet encore flou.
Pour l'heure, Iaroslav Voronov doit "accepter un certain degré de risque", comme des millions de Kazakhs, et doit se ravitailler dans une station-service.
Il fait d'abord peser sa bonbonne sur une balance - dont l'inscription "fabriquée en URSS" trahit l'âge - vérifie divers paramètres techniques puis doit signer des documents, vus par l'AFP, pour attester qu'il est l'unique responsable en cas de sinistre.
L'opération n'est pas sans risque. Deux semaines après la venue de l'AFP, cette station-service a failli exploser, selon les secouristes.
Las de cette méthode, certains habitants de Chtchoutchinsk, comme Erik Bekentaïev, ont opté pour l'électricité, qui est "sans danger et plus pratique".
"Cela fait un an que nous n'utilisons plus le gaz. C'était contraignant: il faut prendre la voiture pour aller à la station-service puis monter au quatrième étage", explique-t-il devant sa plaque à induction.
- "optimiser" -
Mais cette solution reste rare et impossible à généraliser. Le réseau électrique kazakh sous-financé et usé à 76% selon les autorités ne peut supporter une forte tension.
Et l'électricité reste hors de portée pour la majorité des habitants.
"Il est très difficile de passer entièrement à l'électricité, cela va être cher, très cher", abonde Iaroslav Voronov, 34 ans, qui rappelle le cas d'incendies causés par la surtension de lignes électriques.
Le gouvernement kazakh, appuyé par l'allié russe qui fournit déjà du gaz, promet de construire des gazoducs pour atteindre d'ici 2030 65% de raccordement au gaz.
En mai, le dirigeant russe Vladimir Poutine en visite à Astana avait annoncé que l'entreprise russe Gazprom prévoyait "d'optimiser et d'étendre l'infrastructure nationale de transport de gaz pour garantir un approvisionnement énergétique stable" au Kazakhstan.
Ces projets de gazoducs restent compliqués à cause d'une viabilité économique incertaine - la faute aux immenses distances et à la faible densité de population kazakhe - et des aléas géopolitiques, car les intérêts de la Russie et de la Chine voisines peuvent diverger.
Et ces gazoducs doivent être alimentés: le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev, silencieux après l'explosion de Chtchoutchinsk, avait critiqué plus tôt cette année la "lenteur intolérable" de la mise en service de nouveaux gisements de gaz.
M.Matsumoto--JT