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L'Arcom, régulateur du numérique, a recensé les propos et stéréotypes sexistes circulant sur des grandes plateformes, les appelant à davantage de coopération pour modérer ces milliers de contenus problématiques, hors-la-loi ou en zone grise.
Entre août et mi-décembre 2025, l'autorité a comptabilisé quelque 19.600 messages écrits en français comme étant potentiellement sexistes ou vecteurs de stéréotypes sexistes, essentiellement sur X et YouTube, selon un rapport publié jeudi.
Ces messages, repérés grâce à l'intelligence artificielle et des signalements d'associations, peuvent être illicites ou non. En effet, sans enfreindre la loi, ils peuvent, par leur accumulation, leur viralité ou leurs modalités de diffusion, générer des "risques systémiques", c'est-à-dire avoir un effet négatif réel ou prévisible.
Les moteurs de recherche et plateformes sont tenus d'évaluer et atténuer ces risques dans l'Union européenne. Mais "le monde numérique se caractérise par une régulation naissante, des contenus innombrables" et "des acteurs qui ont une bonne volonté variable", a euphémisé le président de l'Arcom, Martin Ajdari, lors d'une conférence jeudi.
A titre d'exemple, Laurence Pécaut-Rivolier, membre du collège de l'Arcom, a cité cette phrase trouvée sur les réseaux sociaux: "Laisser une totale liberté aux femmes et elles deviennent des putes sociopathes".
Elle l'a comparée à un contenu "gris", pouvant devenir problématique en cas de répétition: ce message invitait à "maîtriser" son "énergie masculine", à "reprendre le pouvoir" sur ses relations et à faire preuve de "dominance subtile".
Dans le rapport de l'Arcom, plusieurs thématiques principales sont mises en évidence: masculinité et virilité, antiféminisme et critique des femmes progressistes, transphobie, pornographie, insultes sexistes, séduction et encore stéréotypes genrés en lien avec la nationalité et racisme, par ordre d'importance.
Ces contenus n'ont pas pour auteurs uniquement des hommes: 42% des messages ont été publiés par des comptes dont le détenteur se déclare être un homme, 32% par des comptes de femmes, et 26% par des comptes sans information sur le genre. Cela montre que les stéréotypes et injures sexistes "circulent largement comme des formes d'expression banalisées dans les échanges numériques", selon l'Arcom.
L'autorité indépendante, qui s'est penchée pour la première fois sur le sujet autour de la journée des droits des femmes, souhaite aider les plateformes à faciliter l'identification des contenus porteurs de risques, tout en préservant la liberté d'expression.
De plus, l'Arcom "encourage une meilleure coopération entre plateformes et autorités afin de partager les bonnes pratiques de modération", et le cas échéant de traiter les "contenus manifestement illicites".
S.Fujimoto--JT