The Japan Times - Ukraine: en banlieue de Kiev, le nouvel an au rythme des coupures de courant

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Ukraine: en banlieue de Kiev, le nouvel an au rythme des coupures de courant
Ukraine: en banlieue de Kiev, le nouvel an au rythme des coupures de courant / Photo: Tetiana DZHAFAROVA - AFP

Ukraine: en banlieue de Kiev, le nouvel an au rythme des coupures de courant

À quelques heures du nouvel an, Daria Louchtchyk tente d’allumer son petit poêle à gaz. Dans son salon de beauté de Vychgorod, au nord de Kiev, le thermomètre peine à atteindre 15 degrés et il va falloir accueillir les clientes qui se préparent pour le réveillon.

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Vendredi, des frappes massives russes ont plongé cette ville de la banlieue nord de Kiev dans le noir, "sans courant, sans chauffage et sans eau", résume l’esthéticienne d’une trentaine d’années, bonnet vissé sur la tête.

"Nous étions toutes en stress total, mais nous sommes quand même allées travailler parce que nous avions des rendez-vous pour le nouvel an", explique Daria, qui assure que les dernières attaques ont "complètement détruit le système énergétique dans la région de Kiev".

Depuis le début de son invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie pilonne sans relâche les infrastructures électriques ukrainiennes avec drones et missiles.

Mais ces derniers mois, avec l’arrivée des températures négatives, les attaques se sont intensifiées.

"Cette année, c’était comme un effondrement", souffle Daria. "Nous avions déjà connu des coupures avant et nous nous étions un peu adaptés, mais ce qui s’est passé cette année était incroyable".

Pour continuer à travailler et pouvoir éclairer son studio malgré les délestages, elle avait investi dans des batteries de secours.

Mais les coupures constantes de la dernière semaine ont transformé son quotidien en "une sorte d'enfer".

Et si l’électricité revient timidement dans la ville mercredi, pour le dernier jour de l'année, les interruptions durent plusieurs heures. "Si on ajoute les alertes aériennes et les frappes nocturnes, on est complètement désorienté", glisse-t-elle, les larmes aux yeux derrière ses larges lunettes.

- Panique -

Devant son salon, le manteau neigeux s’épaissit à mesure que les températures chutent.

À l'intérieur, une cliente a affronté le froid pour se faire épiler les sourcils avant le réveillon, éclairée par une lampe sur batterie.

Durant les coupures, les clientes éclairaient le studio avec leur téléphone pour que les esthéticiennes puissent continuer leur travail.

"Il me semble que rien ne peut empêcher nos Ukrainiennes de venir se faire belles, peu importe ce qui se passe, combien d’heures on a dormi ou pas", dit Daria. "C’est comme si on se soutenait mutuellement".

Dans la rue, les services de secours montent des tentes chauffées. Les immeubles du quartier gardent les stigmates des récentes attaques, de nombreuses fenêtres ont été remplacées par des planches, soufflées par les explosions de munitions russes.

Car si Vychgorod a la chance d’avoir une vue imprenable sur le fleuve Dnipro, elle est aussi proche de la centrale hydroélectrique de Kiev, visée par les drones de Moscou.

Daria se souvient du passage de l’un d’entre eux au-dessus de son studio : "Tout le monde a paniqué, les clientes avaient les yeux fermés", dit-elle, en décrivant un son "irréel" qui "déchire les oreilles et la tête".

- Un nouvel an "sans joie" -

Dans son petit café hipster, Andrii Galmiz se remet à peine de "l’enfer" des coupures de ces derniers jours qui ont considérablement affecté son travail.

Grâce à des générateurs, il a pu continuer le service et avoir "du courant et internet, mais pas de chauffage".

Un refuge pour les habitants du quartier qui venaient chez lui recharger lampes et téléphones.

"Les gens venaient, se réchauffaient, travaillaient", explique le quadragénaire à la barbe blanche. "Il faut s’entraider".

Deux jours plus tôt, ses vitres ont été soufflées par une nouvelle explosion qui a touché le garage d’un de ses amis à proximité, calcinant les voitures qui s’y trouvaient.

Dans la rue, Néonila, qui n'a pas donné son nom de famille, se souvient de l’attaque qui a secoué la ville vendredi: "C’était une explosion si puissante... comme si c’était juste à côté".

"Le plus effrayant, c'est quand la nuit tombe : on a peur de s’endormir au cas où il se passe quelque chose", confie cette retraitée.

Aujourd’hui, elle s’est habituée à s’éclairer "à la bougie, avec la torche du téléphone" et s’apprête à passer le nouvel an "sans joie" au rythme des délestages. "Nous allons fêter ça à la maison, modestement, sans fioritures".

Pour 2026, elle n’a qu’un seul souhait: "Qu’il y ait de la lumière. Puis tout le reste suivra".

afptv-bur/blb/mm

M.Saito--JT