The Japan Times - La fausse couche, une épreuve vécue au travail dans le secret

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La fausse couche, une épreuve vécue au travail dans le secret
La fausse couche, une épreuve vécue au travail dans le secret / Photo: Charly TRIBALLEAU - AFP/Archives

La fausse couche, une épreuve vécue au travail dans le secret

Banale pour un médecin, mais pas pour la femme qui le vit, la fausse couche reste vécue dans le secret, en particulier au travail, une épreuve à laquelle les pouvoirs publics veulent répondre en créant un arrêt de travail totalement rémunéré et un accompagnement psychologique.

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"L'échographe m'a annoncé le lundi soir que ma grossesse était interrompue et mardi matin j'étais au travail. J'avais encore tous les symptômes de la grossesse, mal aux seins, des nausées. Mais je me disais +si on ne me propose pas un arrêt de travail, c’est que je n’en ai pas besoin+. Je ne me sentais pas légitime à le demander", témoigne Sandra Lorenzo, auteure du livre "Une fausse couche comme les autres".

"L'échographe ne m'a rien dit de ce qui allait arriver. Je lui ai posé quatre fois la question avant qu'elle me réponde: +de grosses règles+", ce qui "minimise terriblement ce que nous vivons", ajoute-t-elle.

Selon un rapport publié en 2021 dans la revue médicale The Lancet, 15% des grossesses se terminent par une fausse couche, une épreuve qu'en moyenne une femme sur 10 traverse au cours de sa vie. En France, 200.000 femmes sont concernées chaque année, selon les estimations.

Les situations sont très variables: le processus d'expulsion peut se terminer naturellement ou nécessiter la prise d'un médicament chez soi ou une intervention chirurgicale. Mais les saignements peuvent durer longtemps.

Chaque femme le vit différemment. "Certaines ne veulent pas s'arrêter pour ne pas perdre de revenu. Ou craignent de révéler leur grossesse et qu'on se dise +elle veut un enfant, elle n'est pas fiable+. D'autres préfèrent rester dans l’action pour penser à autre chose", observe Mathilde Lemiesle, qui a vécu quatre fausses couches et a fondé avec Sandra Lorenzo le collectif "Fausse couche, vrai vécu".

"On s’est aperçu un vendredi que le cœur ne battait plus. Je me sentais incapable d’aller au travail, je ne voulais pas pleurer devant les collègues. J’ai demandé si j’avais un arrêt maladie, on m’a dit +pas besoin, ça va se passer dans le weekend+. Le lundi j'ai perdu l'embryon dans les toilettes au bureau. J'étais sous le choc", raconte Elsa (prénom modifié), une cadre de 35 ans.

En raison de complications, l'hôpital lui donne des rendez-vous à des horaires imposés. "Une collègue m’a dit +Tes rendez-vous médicaux, tu peux les prendre sur ton temps perso?+”.

- Honte, tristesse, culpabilité -

Sur le compte Instagram "Mes Presques Riens" de l'illustratrice de BD Mathilde Lemiesle, devenu un forum pour 25.000 femmes confrontées à cette épreuve, de nombreux témoignages racontent le même vécu: des médecins accusés de banaliser, des fausses couches qu'elles vivent parfois dans les toilettes à côté de l'open space, dans la solitude, un chagrin qui dure.

Des femmes évoquent des sentiments de "honte", "tristesse", "colère", de "culpabilité". "Physiquement et psychologiquement, il m’a fallu plusieurs semaines pour m’en remettre", raconte Sandra Lorenzo.

Dans le cadre du nouveau plan égalité que la Première ministre Elisabeth Borne détaillera mercredi à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le gouvernement annoncera l'instauration d'un congé maladie rémunéré, sans jour de carence pour les femmes concernées par ces arrêts naturels de grossesse au cours des cinq premiers mois de gestation.

Actuellement lors d'un arrêt maladie, les trois premiers jours ne sont en effet pas rémunérés.

Avec cette mesure, déjà dévoilée à l'occasion d'une interview de la cheffe du gouvernement au magazine Elle, le gouvernement va muscler, via un amendement, une proposition de loi discutée mercredi à l'Assemblée, précise la ministre de l'Egalité Hommes Femmes Isabelle Rome.

Ce texte d'initiative parlementaire veut créer un "parcours fausse couche" pour mieux former professionnels de santé et psychologues et mieux informer et orienter les femmes.

Il veut donner aux femmes, sur prescription de leur médecin ou d'une sage-femme, droit à des séances remboursées avec un psychologue agréé. Des consultations aussi proposées au partenaire.

"Si le couple vit mal cette épreuve, il y a d’énormes conséquences psychologiques: des dépressions, des angoisses, y compris chez le coparent", explique la députée MoDem Sandrine Josso, à l'origine de la proposition de loi.

“L’attachement maternel peut survenir très tôt dans la grossesse. Le deuil est d’autant plus difficile dans cette situation, car passé sous silence ou peu pris en compte par l’entourage", explique-t-elle.

S.Yamada--JT