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Le procès de l'un des plus grands détournements de fonds du Venezuela, impliquant banquiers, politiques et l'ex-homme fort du pétrole sous la présidence de Nicolas Maduro, laisse apparaître au fil des audiences à huis clos des dénonciations de mauvais traitements, selon avocats et proches des prévenus.
L'affaire "PDVSA Cripto", en référence à la compagnie pétrolière publique Petroleos de Venezuela, porte sur le détournement - 5 à 17 milliards selon les sources - de pétrole brut vendu entre 2019 et 2023 par le biais de cryptoactifs, un mécanisme mis en place pour tenter de contourner les sanctions américaines et l'embargo pétrolier.
Le procès, auquel la presse n'a pas accès, a débuté le 20 avril, deux ans après l'arrestation de Tareck El Aissami, 51 ans, proche de M. Maduro et de son prédécesseur Hugo Chavez (1999-2013).
Outre Tareck El Aissami, 63 autres personnes sont sur le banc des accusés. Parmi elles, l'ex-député du parti au pouvoir, Hugbel Roa, l'ex-ministre des Finances, Simon Zerpa, et l'ex-surintendant des Cryptoactifs, Joselit Ramirez, de même que d'autres hauts responsables d'entreprises publiques.
Ils sont notamment poursuivis pour contournement de procédures en matière d'appels d'offres, blanchiment et association de malfaiteurs. L'affaire est instruite par un tribunal compétent en matière de crimes liés au terrorisme.
"Selon l'acte d'accusation du parquet, les devises issues de la vente de brut ont été canalisées par le biais de cryptoactifs et d'opérations réalisées par 74 sociétés commerciales", a indiqué l'ONG Transparencia Venezuela.
Lors d'une audience le 12 juin, les co-accusés ont tous réfuté les accusations portées contre eux, selon un compte-rendu rédigé par des avocats de la défense et transmis à l'AFP.
- "Cacher la vérité" -
La plupart des prévenus sont incarcérés dans la prison Rodeo I, en périphérie de Caracas, que les familles de prisonniers politiques dénoncent comme étant un centre de torture.
Dès l'aube, leurs proches font la queue devant le palais de justice de Caracas pour décrocher l'un des quatre laissez-passer accordés aux parents directs.
Lors des premières audiences, Tareck El Aissami est apparu affaibli, assis sur une chaise roulante.
Des témoins ayant assisté à des audiences en juin, et qui ont demandé à garder l'anonymat, ont déclaré à l'AFP avoir entendu M. El Aissami dire à ses défenseurs qu'il se sentait "proche de la mort" faute de soins médicaux.
Selon ses avocats, il a besoin d'être opéré en urgence. Ils ont également affirmé que le principal accusé avait demandé "pardon parce qu'il se sent responsable que des innocents" aient été impliqués.
Un autre prévenu, le banquier Carmelo De Grazia, a déclaré lors d'une audience que des agents armés l'avaient obligé à enlever son uniforme de prisonnier et à enfiler un costume et une cravate devant un ordinateur. Lors d'un appel vidéo, il aurait été forcé de vendre ses actions de Compass Bank, une banque partenaire de la vénézuélienne Bancamiga.
M. De Grazia a également affirmé avoir été placé dans une "cellule punitive appelée la tombe", similaire à un cercueil avec seulement une fente pour respirer, selon le procès-verbal d'une des audiences.
"C'est du vol, il n'y a jamais eu ici de volonté de rendre justice. On essaie de cacher la vérité", a déclaré à la presse Marianna Parra, l'épouse du banquier.
Les prévenus dénoncent les audiences imposées par visioconférence depuis la prison, ponctuées de problèmes techniques. "La connexion est exécrable, le son est mauvais, l'image est pixelisée", ont décrit des avocats.
Selon les défenseurs, le juge justifie ces audiences à distance par le besoin de "garantir la sécurité des détenus", après un accident lors d'un transfert vers le tribunal.
Lundi, le juge a consigné qu'il n'existait pas de moyens pour enregistrer le procès en vidéo, seul le son étant enregistré.
M. El Aissami exige d'être conduit au tribunal, comme le prévoit la loi.
H.Hayashi--JT