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Coup d'envoi des festivités mardi soir pour le festival de Cannes avant dix jours de compétition qui verront 22 films se disputer la Palme d'or pour succéder à "Un simple accident", de Jafar Panahi, couronné en 2025.
"Les récompenses doivent être décernées à des oeuvres qui perdureront 50 ou 100 ans", a déclaré lundi à l'AFP le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook, qui préside le jury composé notamment de l'actrice américaine Demi Moore et de la réalisatrice chinoise Chloé Zhao.
Le premier président sud-coréen de l'histoire du jury cannois souhaite récompenser les oeuvres sur leurs "seuls mérites", sans considération de genre, de nationalité ou d'idéologie politique, a-t-il exposé.
"On demande souvent au festival de Cannes d'assumer un rôle, de réfléchir à des questions qui ne le concernent pas directement", a déclaré le délégué général du festival Thierry Frémaux lors d'une conférence de presse. D'après lui, l'institution ne doit pas se mêler de politique, en dehors de la défense du modèle culturel français.
En février, le festival de Berlin avait été secoué par les polémiques sur la portée politique de l'évènement et le soutien à la cause palestinienne.
- Place des femmes -
Mardi soir, la cérémonie d'ouverture, animée par l'actrice Eye Haïdara, sera l'occasion de remettre au cinéaste néo-zélandais Peter Jackson une Palme d'or d'honneur.
Jamais sélectionné par le festival, le cinéaste connu pour sa trilogie sur "Le Seigneur des Anneaux" "a transformé le cinéma d'Hollywood et sa conception du spectacle à tout jamais", a souligné Thierry Frémaux.
Autre moment fort de la soirée, les deux chanteuses françaises Theodora et Oklou reprendront une chanson des Beatles, dont Peter Jackson est fan. Les invités verront ensuite "La Vénus électrique", le film d'ouverture du Français Pierre Salvadori, avec Pio Marmaï et Anaïs Demoustier.
Après l'installation de l'affiche officielle sur le fronton du Palais accueillant l'évènement, le tapis rouge doit être installé mardi sur les marches mythiques du bâtiment.
Le choix du visuel, qui représente Thelma et Louise, les héroïnes du road movie féministe de Ridley Scott incarnées par Geena Davis et Susan Sarandon, a suscité l'agacement du collectif féministe 50/50.
Il a dénoncé une forme de "féminisme washing" alors que seules cinq réalisatrices apparaissent en compétition officielle, sur 22 films.
- Film sur Samuel Paty -
"En aucun cas, il ne doit y avoir une politique de quota", a répondu Thierry Frémaux lors d'une conférence de presse lundi, assurant que la parité était respectée dans "les jurys et les instances".
La sélection officielle, qui comprend d'autres sections comme Un certain regard ou Cannes Première, compte 34% de réalisatrices (contre 25% en 2025).
Pour le délégué général du festival, il faudra du temps pour atteindre la parité, même si de plus en plus de femmes se font une place dans le jeune cinéma, comme en atteste la sélection des courts-métrages (38% de réalisatrices).
A la veille de l'ouverture du festival, quelque 600 professionnels du cinéma ont par ailleurs signé une tribune, publiée dans Libération, pour dénoncer "l'emprise grandissante de l'extrême droite" sur le cinéma par l'intermédiaire du milliardaire Vincent Bolloré.
Les signataires, parmi lesquels figurent les acteurs Swann Arlaud, Juliette Binoche, le producteur Rémi Bonhomme, ou le réalisateur Arthur Harari, soulignent que le groupe Canal+, dont Vincent Bolloré est l'actionnaire de référence, "a acquis 34% du capital d'UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma françaises, avec la perspective d'acquérir 100% des parts d'ici à 2028".
Mercredi débuteront les premières projections avec "Quelques jours à Nagi" du japonais Koji Fukada, premier film de la compétition officielle. Suivra "La vie d'une femme" de Charline Bourgeois-Tacquet, avec Léa Drucker et Mélanie Thierry, sur une chirurgienne dont le quotidien se retrouve ébranlé par sa rencontre avec une romancière.
Hors-compétition, un premier film évènement sera projeté en soirée. "L'Abandon" met en scène les derniers jours du professeur d'histoire-géographie Samuel Paty, incarné à l'écran par Antoine Reinartz.
Sa soeur, Mickaëlle Paty, a participé à l'écriture du scénario et devrait elle aussi monter les marches.
Y.Hara--JT