The Japan Times - En Argentine s'ouvre le procès sur la mort du "Dieu" Maradona

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En Argentine s'ouvre le procès sur la mort du "Dieu" Maradona
En Argentine s'ouvre le procès sur la mort du "Dieu" Maradona / Photo: Luis ROBAYO - AFP

En Argentine s'ouvre le procès sur la mort du "Dieu" Maradona

"Assassinat" ou mort inéluctable ? Quatre ans après la disparition de Diego Maradona, s'est ouvert mardi le procès de sept professionnels de santé, pour manquements ayant pu contribuer au décès de l'idole en 2020.

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Sept praticiens - médecins, psychiatre, psychologue, infirmiers - sont jugés à San Isidro, en banlieue de Buenos Aires, pour "homicide avec dol éventuel", caractérisé lorsqu'une personne commet une négligence tout en sachant qu'elle peut entraîner la mort.

"Justice pour Diego", clamaient tôt mardi à l'extérieur du tribunal des tee-shirts blancs à l'effigie de l'idole, portés par des dizaines de fans, agitant des drapeaux, entonnant des chants à sa gloire, a constaté l'AFP.

"Merci à tout le monde d'être venu, je ne peux pas parler", leur a glissé, réprimant des sanglots, Veronica Ojeda, ex-compagne de Maradona et mère de leur Dieguito (12 ans), se mêlant à eux, leur distribuant des tee-shirts.

- Regardez, ainsi est mort Maradona -

Légende du football mondial, icône en Argentine, Diego Armando Maradona est décédé à 60 ans d'une crise cardio-respiratoire, au matin du 25 novembre 2020, seul sur un lit médicalisé d'une résidence privée de Tigre, au nord de Buenos Aires, où il était en convalescence depuis deux semaines, après une neurochirurgie pour un hématome à la tête.

"Regardez, ainsi est mort Maradona ! Qu'ils viennent dire qu'ils n'ont pas perçu ce qui arrivait à Diego !". Premier moment choc, le procureur Patricio Ferrari dans sa déclaration préliminaire, a brandi au tribunal une photo de l'idole mort, sur son lit, le ventre atrocement gonflé.

"Ils vous mentent s'ils disent qu'ils n'ont pas participé à un assassinat !" a-t-il lancé, assurant que l'accusation démontrera qu'au sein de l'équipe médicale "personne n'a fait ce qu'il devait faire" dans le "théâtre d'horreur" qu'était devenu le lieu de convalescence.

Des avocats, tel Vadim Mischanchuk, défenseur de la psychiatre Agustina Cosachov, ont bondi, indigné qu'on prétende imputer une responsabilité de décès sur la base d'une photo peut-être "prise une demi-heure, deux heures ou quatre heures" après la mort. Il existe des "phénomènes cadavériques", a-t-il rappelé.

Selon l'autopsie, l'ancienne gloire de Boca Juniors, Naples, héros du Mondial 1986, est décédé "d'un œdème pulmonaire aigu secondaire et d'une insuffisance cardiaque chronique exacerbée".

Mais il souffrait de multiples pathologies: problèmes rénaux, au foie, insuffisance cardiaque, détérioration neurologique, dépendance à l'alcool et aux psychotropes, souligna une expertise.

Pour le parquet, l'équipe médicale a été "protagoniste d'une hospitalisation à domicile sans précédent, totalement déficiente et imprudente", et a commis une "série d'improvisations, de fautes de gestion et de manquements".

- "Entourage diabolique" -

Particulièrement véhément, Fernando Burlando, avocat de Dalma et Giannina, les filles trentenaires de Maradona, a dénoncé mardi "un entourage diabolique" autour de l'astre du football, un "résumé de l'horreur", une mise à mort "silencieuse mais cruelle", un "crime qui prétend se déguiser en négligence".

Les stratégies de défense sont apparues d'emblée, dans les déclarations préliminaires d'avocats. Soit se retranchant derrière une spécialité, un rôle segmenté, l'absence de contact - tel le coordinateur infirmier - avec Maradona, soit se dissociant du feu vert initial de convalescence en ce lieu, manifestement inadapté, sans défibrillateur par exemple.

Ou bien, à l'image du défenseur du psychologue Carlos Diaz, rappelant "qu'on sait tous que Maradona était un patient difficile" tant pour les médicaments que le psychique.

Ou encore, comme les avocats du neuro-chirurugien Leopoldo Luque et de la psychiatre, rappelant que la mort a été le produit "d'un événement cardiaque inattendu et imprévisible", une arythmie ventriculaire dont "quatre ans d'enquête n'ont pu déterminer la cause".

Outre les sept comparaissant libres, l'infirmière Dahiana Gisela Madrid a obtenu d'être jugée séparément, a priori en juillet.

- "Le peuple mérite justice" -

Le procès, a rappelé le procureur, entendra aussi des échanges de messages audio et écrits dont il a été beaucoup question lors de l'enquête.

Des échanges, a affirmé Mario Baudry, avocat de Dieguito, qui montrent qu'"ils (l'équipe médicale) savaient que si Diego continuait ainsi, il mourrait".

Et où ils parlent "d'essayer de s'assurer que les filles de Diego ne l'emmènent pas, car si elles l'emmenaient, ils perdaient leur argent".

"Y aura-t-il des coupables pour la mort de Maradona?", s'interrogeait cette semaine le quotidien Pagina 12, redoutant un procès avec plus de questions que de réponses.

Mais pour les Argentins vénérant "el Pibe de oro", il en faudra. "Toute la société, on a besoin de savoir (...) ce qui s'est vraiment passé, qui l'a abandonné, et que ceux qui doivent payer payent!", lâchait à l'AFP à la veille du procès Hilda Pereira, dans le quartier La Paternal, qui le vit "naître" footballistiquement, à 15 ans, au club d'Argentinos Juniors.

"Diego Maradona, ses enfants, ses proches et le peuple argentin méritent justice", a lancé le procureur mardi.

K.Nakajima--JT