The Japan Times - 20 ans après la guerre, Moscou traque toujours les Tchétchènes en Europe

EUR -
AED 4.240257
AFN 73.32143
ALL 96.053795
AMD 433.817139
ANG 2.066822
AOA 1058.764604
ARS 1597.949532
AUD 1.675026
AWG 2.078272
AZN 1.967396
BAM 1.955877
BBD 2.317892
BDT 141.205579
BGN 1.973561
BHD 0.434817
BIF 3418.53506
BMD 1.154596
BND 1.481959
BOB 7.981315
BRL 6.067751
BSD 1.150845
BTN 109.078309
BWP 15.865627
BYN 3.425635
BYR 22630.074075
BZD 2.314491
CAD 1.604715
CDF 2635.36902
CHF 0.917923
CLF 0.027055
CLP 1068.301597
CNY 7.980392
CNH 7.989998
COP 4229.267091
CRC 534.421114
CUC 1.154596
CUP 30.596784
CVE 110.269357
CZK 24.603629
DJF 204.928096
DKK 7.496448
DOP 68.502706
DZD 153.573067
EGP 60.780401
ERN 17.318934
ETB 177.904429
FJD 2.606389
FKP 0.869078
GBP 0.866456
GEL 3.094767
GGP 0.869078
GHS 12.609498
GIP 0.869078
GMD 84.867224
GNF 10090.398654
GTQ 8.807348
GYD 240.899518
HKD 9.036039
HNL 30.555207
HRK 7.557064
HTG 150.85596
HUF 390.276858
IDR 19617.503194
ILS 3.622683
IMP 0.869078
INR 109.51363
IQD 1507.559561
IRR 1516272.693223
ISK 144.047794
JEP 0.869078
JMD 181.147157
JOD 0.818654
JPY 185.066713
KES 149.485906
KGS 100.96983
KHR 4609.182101
KMF 494.167328
KPW 1039.139472
KRW 1741.130593
KWD 0.355512
KYD 0.959038
KZT 556.361981
LAK 25029.988892
LBP 103054.87152
LKR 362.514322
LRD 211.168343
LSL 19.761581
LTL 3.409221
LVL 0.698404
LYD 7.34629
MAD 10.755925
MDL 20.213799
MGA 4796.189489
MKD 61.642435
MMK 2423.302931
MNT 4123.225669
MOP 9.285467
MRU 45.949815
MUR 54.000874
MVR 17.838939
MWK 1995.478838
MXN 20.923702
MYR 4.530678
MZN 73.836825
NAD 19.761581
NGN 1597.337286
NIO 42.351673
NOK 11.20288
NPR 174.524895
NZD 2.015881
OMR 0.443458
PAB 1.150845
PEN 4.008858
PGK 4.973196
PHP 69.911197
PKR 321.19049
PLN 4.298271
PYG 7524.297272
QAR 4.195866
RON 5.111746
RSD 117.404638
RUB 93.863708
RWF 1680.566396
SAR 4.33291
SBD 9.285301
SCR 17.363686
SDG 693.912357
SEK 10.938258
SGD 1.49255
SHP 0.866246
SLE 28.345751
SLL 24211.30527
SOS 657.725986
SRD 43.413994
STD 23897.798134
STN 24.500968
SVC 10.069398
SYP 127.614745
SZL 19.759781
THB 37.518628
TJS 10.995934
TMT 4.041085
TND 3.392934
TOP 2.779989
TRY 51.310654
TTD 7.819309
TWD 36.998328
TZS 2969.117305
UAH 50.443693
UGX 4287.169379
USD 1.154596
UYU 46.58184
UZS 14034.554481
VES 540.268027
VND 30409.162038
VUV 137.841886
WST 3.204561
XAF 655.982917
XAG 0.0165
XAU 0.000257
XCD 3.120353
XCG 2.074082
XDR 0.815832
XOF 655.982917
XPF 119.331742
YER 275.490657
ZAR 19.766689
ZMK 10392.750198
ZMW 21.663856
ZWL 371.779317
  • AEX

    -10.5800

    960.22

    -1.09%

  • BEL20

    -21.0300

    4985.22

    -0.42%

  • PX1

    -67.6000

    7701.95

    -0.87%

  • ISEQ

    -51.7200

    11975.33

    -0.43%

  • OSEBX

    -6.5600

    1981.56

    -0.33%

  • PSI20

    -115.1700

    8882.11

    -1.28%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -13.4000

    3607.49

    -0.37%

  • N150

    -43.9600

    3778.5

    -1.15%

20 ans après la guerre, Moscou traque toujours les Tchétchènes en Europe
20 ans après la guerre, Moscou traque toujours les Tchétchènes en Europe / Photo: ALEX HALADA - AFP

20 ans après la guerre, Moscou traque toujours les Tchétchènes en Europe

Leur capitale Grozny a subi le même sort que Marioupol, écrasée sous les bombes russes. Plus de deux décennies après, les Tchétchènes réfugiés en Europe vivent toujours dans la peur de Moscou.

Taille du texte:

Ils sont des dizaines de milliers à avoir fui la petite république russe à majorité musulmane ravagée par deux guerres meurtrières. La dernière, déclenchée en 1999 par Vladimir Poutine, a abouti à la mise en place à sa tête du redoutable Ramzan Kadyrov, fidèle du Kremlin accusé de réprimer impitoyablement ses détracteurs.

L'Autriche, pays de 9 millions d'habitants, en accueille quelque 35.000, la plus grande communauté en diaspora par habitant, sur 250.000 en Europe.

A Vienne, ils vivent dans un quartier populaire du nord-est de la ville aux bâtisses d'après-guerre sans cachet et aux barres d'immeubles où les hommes sont souvent employés comme agents de sécurité pendant que les femmes élèvent les enfants.

Mais, sous ces apparences de tranquillité dans les rues aux pizzerias modestes, boutiques de robes de mariée typiques de là-bas ou commerces d'alimentation, des dizaines de réfugiés ont raconté à l'AFP être pris en tenailles.

Les uns craignent d'être renvoyés du jour au lendemain en Russie, au risque d'être torturés ou tués selon des organisations des droits de l'Homme, alors que les extraditions se sont accélérées au motif de la lutte antiterroriste depuis des attentats commis par des islamistes tchétchènes dans l'Union européenne (UE).

Les autres vivent dans l'angoisse d'être la cible des commandos de "Kadyrovtsy", ces hommes de main de Ramzan Kadyrov accusés par des ONG de traquer ses opposants sans relâche, y compris à l'étranger.

- Notice rouge -

Jusqu'en février dernier, Zorbek Nazouïev, grand-père trapu à la longue barbe grise exilé en Autriche depuis 18 ans, n'avait plus entendu parler de la Russie.

Après avoir rejoint pendant la première guerre (1994-1996) les "boïeviki", ces combattants tchétchènes qui ont affronté les troupes fédérales russes, il avait suite au deuxième conflit pris la fuite par crainte de représailles et reconstruit sa vie en Autriche avec ses nombreux enfants.

Et puis cette lettre du parquet autrichien est arrivée, l'informant de son inculpation pour meurtre et acte de terrorisme. Selon le document consulté par l'AFP, il est accusé d'avoir participé à des massacres de civils russes en 1995.

Lui nie avoir "tué des innocents" et rappelle qu'il "se défendait alors contre l'envahisseur" russe. "On réécrit l'histoire", s'emporte le quinquagénaire qui s'exprime sous un nom d'emprunt.

L'homme se demande si cette volonté de le juger n'est pas plutôt liée à la présence dans sa famille d'un jihadiste parti combattre en Syrie dans les rangs de l'Etat islamique.

En dépit des nombreuses requêtes de l'AFP, les autorités autrichiennes en charge de ce dossier ont refusé de s'exprimer. Il n'a pas été possible non plus de parler à des sources judiciaires et policières, silencieuses sur ce sujet sensible.

En 2006, l'UE a conclu un accord de réadmission avec le gouvernement russe facilitant le retour des personnes condamnées en justice ou faisant l'objet d'une notice rouge d'Interpol émise par Moscou.

- Vols charters -

Des Tchétchènes ont depuis été expulsés par centaines - aucunes statistiques officielles ne sont disponibles, ce dont s'insurgent régulièrement des organisations internationales.

Dans un rapport de 2017, le Conseil de l'Europe avait dénoncé "le détournement abusif du système" d'Interpol par certains États pour "persécuter des opposants politiques à l'étranger".

La notion de prévention des risques s'est installée en Occident.

Selon la communauté tchétchène, les pays de l'UE ont durci leur politique par crainte des attentats.

"Il y a très clairement une alerte qui est donnée au niveau des services" pour essayer d'empêcher de futurs passages à l'acte, estime Anne le Huérou, spécialiste des conflits post-soviétiques à l'université Paris-Ouest Nanterre.

Après l'assassinat en France de l'enseignant Samuel Paty en octobre 2020 par un réfugié tchétchène, l'Autriche a ainsi créé une force d'intervention pour lutter contre "les tendances extrémistes" et les "sociétés parallèles" au sein de cette communauté.

Frappé pour la première fois sur son sol un mois plus tard lors d'un attentat à Vienne et accusé de négligence dans la surveillance de la nébuleuse radicale, le pays alpin redouble depuis de prudence.

En décembre 2021, il a organisé un vol charter pour dix personnes, vantant une "coopération efficace en matière de rapatriement" avec la Russie.

Interrogé par l'AFP, le gouvernement affirme que "quatre ressortissants russes sont actuellement en détention en vue d'une expulsion". Malgré l'arrêt des liaisons commerciales avec la Russie en raison des sanctions liées à la guerre en Ukraine, les expulsions sont toujours d'actualité selon le ministère autrichien de l'Intérieur.

- Torturé à Grozny -

"Plutôt que d'y retourner, je préfère me tuer ici", lâche épouvanté Zorbek Nazouïev, handicapé, dit-il, après avoir été torturé à l'électricité pendant la répression en Tchétchénie.

S'il est reconnu coupable, il risque un retrait de son statut de réfugié et une extradition.

Aux autorités européennes, aux exilés tchétchènes renvoyés en Russie, Moscou promet systématiquement un bon traitement.

Pourtant, plusieurs d'entre eux ont disparu, ont été torturés ou condamnés sur des charges que des ONG considèrent comme "fabriquées" ou bien ont été tués.

Le 4 avril dernier, l'organisation russe Memorial a épinglé la France pour être restée sourde aux suppliques d'un jeune homme.

Daoud Mouradov, né en 2002, a été expulsé en décembre 2020 sur fond d'inquiétudes pour la sûreté de l'Etat. Fin 2021, il a été transporté vers une prison de Grozny où il a été torturé, selon l'emblématique ONG récemment dissoute par Moscou.

Ses proches ont été informés de sa mort en février. Ils n'ont pas obtenu les conclusions de l'examen médico-légal et n'ont pas pu récupérer son corps, a détaillé la même source.

- Abattu à Vienne -

Quand ils ne risquent pas l'extradition, les Tchétchènes craignent les commandos envoyés par Kadyrov, accusé de faire liquider ses adversaires là où ils se cachent.

Le rôle du dirigeant tchétchène, au pouvoir dans le territoire caucasien depuis 2007, a été spécifiquement pointé par la justice autrichienne dans l'assassinat par balles à Vienne en janvier 2009 de l'un de ses opposants qui avait témoigné publiquement de ses atteintes aux droits de l'Homme.

Ce dossier "empêche encore de dormir" son avocate, a-t-elle confié à l'AFP. Me Nadia Lorenz estime que "la correspondance entre les tribunaux autrichiens et le tribunal de Grozny a permis de localiser la résidence" de son client.

Quelques jours avant d'être abattu, Oumar Israïlov, jeune père de quatre enfants, avait demandé en vain une protection policière, remarquant qu'on le suivait dans la rue.

Le jugement a mis en lumière le mode opératoire de la Russie. Pour le parquet, Ramzan Kadyrov était le donneur d'ordres.

Selon la veuve de la victime, le dirigeant tchétchène avait appelé deux fois son mari avant le meurtre, pour exiger qu'il rentre immédiatement.

Kadyrov n'a jamais été inquiété: les demandes de coopération judiciaire adressées à Moscou sont restées lettres mortes.

L'activiste quadragénaire tchétchène Rosa Dounaïeva affirme que d'autres meurtres mis sur le compte des "Kadyrovtsy" ont eu lieu: à Istanbul en septembre 2011, à Lille (France) en janvier 2020, à Vienne encore en juillet 2020.

- Vie en sursis en Europe -

"On nous associe dans les médias seulement à la criminalité et à l'extrémisme religieux alors que la majorité des Tchétchènes, qui vivent dans l'angoisse, rasent les murs et ne font plus de politique", assure en marge de l'une des manifestations régulières qu'elle organise pour dénoncer les expulsions Mme Dounaïeva, vendeuse à mi-temps.

Il y a de multiples exemples d'intégration réussie en Autriche, comme le judoka Chamil Borchachvili, 26 ans, revenu des JO de Tokyo en 2020 avec une médaille olympique gratifiante pour le pays.

Ou comme Zelimkhan Kazan, 19 ans. Le jeune homme, cheveux noirs et veste à motifs camouflage, est né en Autriche. Il n'a jamais connu la Tchétchénie. Il poursuit ses études d'informatique, a déjà monté deux projets de start-up et paie des impôts.

"Je travaille et j'ai tout ce qu'il me faut mais je ne me sens pas à 100% en sécurité", regrette cet adepte des arts martiaux mixtes (MMA) en pleine séance de musculation près du canal du Danube.

"Pas question de faire des conneries qu'on passerait à un ado autrichien: pour moi, c'est l'arrêt de mort."

Zelimkhan Kazan, qui n'a pas de papiers officiels russes - juste un laisser-passer autrichien - ne peut pas se faire naturaliser dans ce pays où prévaut le strict droit du sang.

Compliqué, alors qu'à Vienne des policiers en civil le contrôlent "trois ou quatre fois par mois", poursuit le jeune homme qui préfère aussi rester anonyme. "Certains me traitent de tafiole, espérant une réaction violente."

Tous les réfugiés tchétchènes rencontrés par l'AFP disent être ciblés par les forces de l'ordre, le moindre geste envers un fonctionnaire pouvant mener à une condamnation puis à l'expulsion.

En juillet 2021, des policiers ont été condamnés après la révélation d'images de vidéosurveillance les montrant en train de tabasser un Tchétchène en se croyant à l'abri des regards.

Zelimkhan Kazan doit aussi se méfier des "Kadyrovtsy" qu'il reconnaît à leurs grosses voitures et à leur assurance. Quand il les croise, il ajuste sa capuche pour que l'on ne lui pose pas de questions.

Rosa Dounaïeva s'inquiète de l'emprise grandissante de Ramzan Kadyrov sur les jeunes nés dans l'UE. "Quand il ne les tue pas, il leur lave le cerveau, les dresse contre nous ou contre l'Occident".

Les Tchétchènes parlent des "deals" de cocaïne qui détruisent la vie de nombre d'entre eux, privés d'avenir et pris dans un système de clans mafieux. Des filles se plaignent, elles, d'être entravées dans leur liberté par des "grands frères".

Désabusés par les discriminations, certains tombent dans le piège de Ramzan Kadyrov, qui arrive à les séduire via les réseaux sociaux où il compte des millions d'adeptes et sème la division dans les familles.

"Le régime met en valeur les possibilités de carrière pour ceux qui, formés en Europe, regagneraient la Tchétchénie", explique la chercheuse Anne Le Huérou. "La propagande homophobe et la mise en valeur de la masculinité peuvent aussi faire recette".

Depuis le début de l'offensive de Moscou en Ukraine, un "millier" de volontaires envoyés par Ramzan Kadyrov se battent aux côtés des Russes. En face, certains sont partis prêter main forte aux Ukrainiens, selon plusieurs sources interrogées par l'AFP.

Et parmi les millions de réfugiés qui ont fui les bombardements, une jeune Tchétchène, venue avec son fils, a été arrêtée en Roumanie, selon la justice, qui a prononcé son extradition. Accusée de "participation à un groupe armé à des fins contraires à la Fédération russe", son appel a été rejeté mercredi.

S.Yamada--JT