The Japan Times - Le désarroi de locataires québécois face à l'essor des expulsions

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Le désarroi de locataires québécois face à l'essor des expulsions
Le désarroi de locataires québécois face à l'essor des expulsions / Photo: Alexis Aubin - AFP

Le désarroi de locataires québécois face à l'essor des expulsions

"Je vais être déraciné": comme de plus en plus de locataires québécois, Jean-François Raymond est contraint de quitter l'appartement dans lequel il habite depuis 22 ans et qui deviendra prochainement un hébergement touristique.

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Le 30 décembre, ce Québécois de 58 ans a eu "l'impression de tomber dans un trou", lorsqu'il a reçu un courrier l'informant que son logement allait être transformé en "hébergement touristique de courte durée".

Même situation pour son voisin du dessus, Joseph Picard, qui va devoir quitter le logement dans lequel il vit depuis 54 ans.

"Les propriétaires veulent faire plus d'argent", affirme ce locataire de 68 ans, lunettes rectangulaires et cheveux grisonnants, qui ne sait pas encore où il habitera après le 30 juin.

Symptômes de la crise du logement, les expulsions ont plus que doublé dans les villes de Montréal et de Québec entre 2021 et 2022, selon un rapport d'associations de locataires.

Et ce phénomène "alarmant" s'étend désormais au reste de la province, les expulsions bondissent en dehors de ces deux villes (+508%).

"La majorité des expulsions sont frauduleuses: elles ont simplement pour but de faire une opération spéculative", au détriment "des personnes les plus pauvres", s'insurge Martin Blanchard, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).

La ministre québécoise de l'Habitation, France-Elaine Duranceau, a récemment promis d'agir contre celles visant à créer des Airbnb.

Le débat sur la location à court terme a été relancé ces dernières semaines après la mort de sept personnes dans l'incendie d'un édifice de la fin du XIXe siècle qui abritait des Airbnb dans une zone interdite du Vieux-Montréal.

- Peu de recours possibles -

Dans le contexte d'une pénurie de logements, les expulsions sont aussi une façon d'appliquer des "hausses de loyer absolument folles" en signant un bail avec de nouveaux locataires, avance Martin Blanchard.

Dans la province francophone, la majorité des baux durent seulement une année, ce qui ouvre la porte à des revalorisations régulières.

Toujours moins élevés qu'à Vancouver ou Toronto, les prix des logements à Montréal ont grimpé de 7% en 2022 par rapport à l'année précédente, selon des chiffres du site d'annonces locatives Rentals, diffusés en mars.

"Les propriétaires sont autant pris à la gorge" que les locataires, réplique Marc-André Plante, porte-parole de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), évoquant la hausse des taxes municipales, des taux d'intérêts et des coûts de rénovation.

"Dans des bâtiments où les locataires sont là depuis 20 ou 25 ans, les prix des logements sont tellement bas par rapport au marché que les dépenses du propriétaire sont plus élevées que les revenus", souligne M. Plante.

Conséquence: "le parc locatif se détériore et on est obligé d'expulser les locataires pour le rénover".

Hors certaines exceptions, un propriétaire peut légalement expulser son locataire pour transformer le logement en location court terme, l'agrandir, le diviser, s'il souhaite le reprendre pour s'y loger ou pour l'un de ses proches.

Une fois que le propriétaire a obtenu les autorisations nécessaires, "le locataire n'a aucune défense. Il n'a quasiment pas d'autres choix que de partir", affirme Kimmyanne Brown, avocate en droit du logement.

Selon elle, les personnes vulnérables, avec de bas revenus, sont les principales victimes, et peu savent qu'elles ont 30 jours pour intenter un recours.

En perdant son appartement de trois chambres qu'il paye 910 dollars canadiens par mois (618 euros), bien en-dessous des prix du marché, Jean-François Raymond va probablement devoir quitter l'île de Montréal, où les logements sont devenus rares et trop chers pour lui.

S.Suzuki--JT